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Lettre à un « travayer Sinwa »

13 mars 2005, 00:00

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Cher Kamarad,

Je te présente toutes mes excuses pour le racisme dont tu es victime chez nous, toi qui as quitté ton pays et les tiens pour tenter de rendre le quotidien de tes proches plus vivable? Tu n?as pas dû tout saisir de ces propos lancés par des passants, tes collègues, qui sait. Crois-moi, c?était bien du racisme.

Comment, te demandes-tu alors, les Mauriciens peuvent-ils être racistes, alors que tous les tour-opérateurs étrangers vantent leur accueil légendaire ? Peut-être, en fait, ne te fais-tu aucune illusion, toi qui connais l?arrière du décor des hôtels et des palaces. Même si tu ne viens qu?offrir tes bras pour participer à l?enrichissement national. Rien de moins.

Cher Kamrad, tu trouves que les Mauriciens sont incohérents, qu?ils disent privilégier le dialogue avec toi et les tiens, mais qu?il déploie un effectif policier musclé ? Tu n?as pas tort. Ils ont, du dialogue, une définition pour le moins étran-ge. D?ailleurs, s?ils voulaient vraiment dialoguer, n?auraient-ils pas fait l?effort d?apprendre ta langue ? Parmi ces flics-matraqueurs, il n?y avait personne pour pouvoir dire trois mots de la langue de Mao. C?est pas sorcier pourtant ; il n?y a qu?à voir les marchands ambulants comme ils se débrouillent.

Je te demande donc pardon pour mes compatriotes présents qui encourageaient ouvertement, mardi à Grande-Rivière, les gard-baton à « donn enn leson sa bann sinwa-la ». Faut-il en pleurer? ou en rire ? Car la meilleure, tu sais, c?est que plusieurs d?entre eux ont très certainement des proches qui travaillent à l?étranger, en France ou en Italie, et qui ont longtemps été des clandestins, des sans-papiers. T?en fais pas : il y avait de la jalousie dans l?air. Pardon enfin, j?ai honte de le dire, pour ces vols de portables dont tes compatriotes féminins ont été lâchement victimes ou encore de ces lâches agressions alors qu?elles tentaient de fuir les gard-baton. Penses-tu, un 8 mars ! Certains mâles n?auront pas pu s?empêcher de rappeler ki mari?

Mon cher Kamrad, une question demeure sans réponse : si toi et tes amis détenaient, disons, un passeport européen, les autorités dites compétentes, les employeurs et mes compatriotes auraient-ils agi de la sorte ? C?est assez incroyable que nous te traitions ainsi, nous qui sommes une nation composée de descendants d?exploités, de coolies et d?esclaves !

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