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L?envie de gagner

13 mars 2005, 00:00

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Derrière sa grande table, animant ses rituelles conférences de presse et livrant ses sermons hebdomadaires, le Premier ministre, Paul Bérenger, est loin de projeter l?image d?un leader qui a envie de gagner une joute électorale. S?il avait de la hauteur, même dans ses exercices médiatiques, il aurait eu une influence sur les événements qui lui aurait permis de profiter de la perception d?un homme au-delà de la contingence. Mais tel n?est pas le cas. Il est toujours ancré dans la matérialité des choses. Il veut incarner un leader au-dessus de la mêlée, mais n?y parvient pas parce qu?il n?a pas su jusqu?ici transcender les aléas de la vie politique. Pour lui, il suffit d?inviter l?opposition à présenter davantage de femmes sur sa liste électorale pour devenir un grand chef d?État. Les choses ne sont pas aussi simples. L?électorat n?a pas peut-être pas de modèle local, mais il sait ce qu?est un homme politique qui s?émancipe des pratiques corsetées pour exprimer des idées nouvelles. Aujourd?hui, même si cet électorat est loin d?avoir arrêté son choix, il veille sur les mouvements et discours des principaux leaders. C?est son unité de mesure. Pour lui, le Premier ministre prend trop de plaisir à être Premier ministre, et il n?est pas encore ce politicien qui témoigne d?une envie de gagner. Ce qui est paradoxal dans le cas de Bérenger parce qu?aujourd?hui, même s?il est celui des leaders qui a le moins à perdre, il est en revanche celui qui est le plus près de passer à côté de l?Histoire.

Et lorsqu?on connaît son goût pour elle?

Son adversaire direct, Navin Ramgoolam, ne souffre pas de telles ambiguïtés. Il est en effet celui qui affiche la plus grande envie de vaincre. Il est lion à nouveau. C?est ce qui indique d?ailleurs qu?il n?a pas beaucoup changé, comme veulent le faire croire ses collaborateurs. Donc, il ne rumine toujours pas, mais il a recommencé à rugir. De la même manière, il s?écoute à nouveau parler et y prend plaisir. Il est une nouvelle fois Premier ministrable et ce n?est pas une mince affaire ! Déjà la perspective de reprendre le pouvoir fait peur. Parce qu?il faudra assumer des responsabilités. Il faudra être sérieux, appliqué et volontaire dans l?action. Pour les six premiers mois d?une nouvelle législature, cela ne pose pas de problème. On est fraîchement installé au pouvoir et on veut changer le monde. On pourrait même ainsi distribuer les terres de l?État, augmenter la pension de vieillesse ou encore faire baisser les impôts? Mais après il faudra revenir à la réalité des choses et assumer les responsabilités qui sont celles d?un chef d?État. Et lorsqu?on n?a pas pu être un Premier ministre comme il se doit, être un chef d?État? !

Alors autant profiter de l?euphorie actuelle. Cela a au moins le mérite de garantir une certaine griserie. Il va venir à bout du grand Capital ! Grâce à une idéologie conservatrice, il va faire la révolution. Il est donc sobre et serein parce qu?à nouveau sur ses épaules pourrait peser le destin de toute une nation. Il joue bien le jeu car c?est quelque chose qu?il sait bien faire. Il projette, par conséquent, comme nul autre ne peut le faire, l?image d?un leader qui veut gagner. Vaincre et après? on verra. C?est la devise de ceux qui n?ont de projet que la conquête du pouvoir.

Entre un Premier ministre qui semble ne plus vouloir gagner et un leader de l?opposition qui n?est animé que par la seule obsession de vaincre, pour se racheter à ses propres yeux, il y a l?électorat. Un peu désabusé. Par un Premier ministre devenu trop prévisible, incapable d?incarner de nouveaux rêves et trop sûr de lui, et un leader de l?opposition symbole de cette île Maurice amateur qui se reconnaît en lui, cet électorat est en quête d?un choix. Aujourd?hui, c?est cet électorat qui a le plus à perdre à la différence de ces leaders qui, au-delà de l?envie de gagner ou paradoxalement de perdre, n?ont pas grand-chose à proposer.

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