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La prévision

13 mars 2005, 00:00

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Connaître en effet signifie prévision. Aristote dans La Politique, note que Thalès passait pour un contemplateur, ne considérant que le domaine de la connaissance. Ayant observé les astres, il sous-loue tous les pressoirs à huile de la région en plein hiver. Tout le monde pense que Thalès est fou. Puis six mois après, conformément à ses prévisions, l?été est exceptionnel, la récolte d?olives extraordinaire. Il loue au plus offrant les pressoirs à huile et devient le premier spéculateur de l?histoire. La spéculation ?spéculum : est la connaissance pour mieux agir. La connaissance ne semble donc pas dispenser de l?action, mais pense celle-ci. Elle n?est pas séparée de l?action. Les problèmes posés par l?action ne font-ils pas évoluer les connaissances ? Comment a été découverte la géométrie par les prêtres égyptiens ? Il s?agissait de calculer au plus près la terre alluviale du Nil devant être divisée en autant de parcelles que d?habitants. L?arpentage conduit à la géométrie à partir de la considération d?un obstacle de l?expérience d?un peuple. Connaître pour prévoir, prévoir pour agir comme le disait Auguste Comte : la connaissance ne serait-elle qu?une forme d?action, et si oui quelle forme ? Forme signifie le déroulement concret d?une entreprise, le suivi des actes qui la composent. Mais c?est aussi le moteur invisible qui les produit comme la forme produit l?ordre de la matière. D?une part la forme serait la figure extérieure, d?autre part elle serait le moule intérieur. L?homme d?action « en train d?agir » ne se représente que le but qu?il veut atteindre et non le mouvement qu?il accomplit pour y parvenir. Il ne connaît pas la forme extérieure de son action1. Il reste en revanche que ses actes s?y rapportent selon une forme privilégiée, une norme intérieure qui atteste du degré de liberté de l?agent. Quand un agent se lance dans une entreprise, il conçoit la liberté de son action comme une stratégie en reconstituant la forme de celle-ci : la forme de l?action peut rester la même lorsque les agents changent ; la forme et la fin sont indissociables. Quand les opérations de cette forme sont explicites, on appelle celle-ci un calcul. La forme de l?action est indissociable de la fin poursuivie. Dans l?action humaine, la forme est une norme dont l?actualisation ne se fait pas spontanément, mais nécessite une connaissance.

La forme intérieure d?une action réside en l?homme : elle n?est pas la conformité à un mode de vie rigide, mais la capacité de dépasser des normes.

La fin de l?action n?est pas double ; d?un côté l?acte, de l?autre la connaissance. Elle n?a de consistance que quand l?homme actualise sa forme, satisfait des exigences qu?il ne découvre pas en lui-même mais comme une révélation survenant à chaque instant3. Aucun de nous ne connaît l?attitude qu?il aura dans l?action de façon purement réflexive. La forme de l?individu, puisqu?elle ne s?atteste que dans l?action est inséparable de sa fin : la forme est ainsi la manifestation.

  1. Bergson : L?Évolution Créatrice.

  2. Canguilhem : Le Normal et le Pathologique.

  3. Conrad : Le Nègre du Narcisse.

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