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Histoire et photos célèbrent l?aviation

12 mars 2005, 20:00

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Deux géants de l?industrie aéronautique mondiale, l?Américain Boeing et l?Européen Airbus, nous font l?honneur de se disputer l?insignifiante part de marché que peut représenter la capacité de notre compagnie aérienne nationale de renouveler sa flotte. On peut difficilement prétendre pourtant que l?importance, que semblent accorder à Air Mauritius les deux principaux fabricants aériens, pourrait intéresser davantage la masse des Mauri-ciens que la création d?un énième groupuscule politique ou encore l?identité de Boss 007.

Il s?agit pourtant d?un nouveau chapitre de l?histoire de l?aviation à Maurice et d?une compagnie aérienne pouvant servir d?exemple à bien des cons?urs africaines. Tristan Bréville, l?auteur d?un bel album à la fois historique et photographique, intitulé Mémoire d?une nation, l?aviation mauriciennne, et publié avec l?aide d?Airports of Mauritius Ltd, que dirige depuis peu Vijay Poonoosamy, va plus loin en situant la saga de l?aviation civile à Maurice par rapport au bolom-matelassier, autrement dit les astronautes et autres cosmonautes qui, revêtus de leur combinaison Bibendum, voltigent dans l?apesanteur, à des milliers de kilomètres au-dessus de nos têtes.

À l?heure de la conquête spatiale,plus ou moins mise en veilleuse, il n?est jamais superflu de regarder en arrière et de mesurer l?espace parcouru depuis le premier atterrissage d?un avion venu d?ailleurs. C?est l?épopée que veulent nous narrer les textes et photos de Marie-Noëlle et Tristan Bréville, et que sponsorise Vijay Poonoosamy.

Ce que Bréville et ses photos-nostalgie ne disent pas assez, c?est que nous devenons chaque jour plus blasés. Autrement dit, il devient de plus en plus difficile d?émerveiller les masses que nous formons, ayant pu assister en direct, par exemple, le 11 septembre 2001, à la destruction d?un gratte-ciel mythique par un Boeing-kamikaze.

Le 10 septembre 1933, 68 ans plus tôt, c?est une île Maurice enthousiaste qui afflue sur la plaine de Mont-Choisy pour ovationner deux pionniers de l?aviation civile des Mascareignes, qui ont osé traverser l?océan séparant deux îles s?urs à bord de leur cerf-volant motorisé. Ils se nomment Maurice Sammat et Paul- Louis Lemerle.

Ne nous laissons aller à aucune exagération pour autant. Combien sont-ils à congratuler ces héros des temps modernes, venant de poser leur drôle d?oiseau d?acier sur l?herbe de Mont-Choisy ? Tout au plus quelques milliers. Pour ceux, ne faisant pas partie du gratin des privilégiés, une dose d?aventurisme et un esprit de visionnaire sont de mise, pour anticiper que le moindre spectateur, présent au moment de l?atterrissage, participe à l?épopée au point de pouvoir, des lustres après, se vanter d?avoir été là où se fait l?Histoire.

Les personnes présentes, les participants à l?atterrissage du coucou du tandem Samat-Lemerle, sont des acteurs à part entière. Nous sommes devenus des téléspectateurs inertes, passifs, sinon obèses, devant notre téléviseur, peut-être même incapables de faire la différence entre fiction filmée ou effets spéciaux et la réalité pouvant à l?occasion se transformer en tsunamis meurtriers, génocides, pandémies, boat people, traites humaines, camps de concentration, matraquage policier, etc.

Pérenniser un enrichissement culturel et personnel

L?album Mémoire d?une nation : l?aviation mauricienne est avant tout un de ces joyaux de l?édition mauricienne. Il y a ceux qui ne possèdent pas ces véritables trésors patrimoniaux à usage personnel et familial, qui ne veulent même pas savoir que ces joyaux culturels existent et sont à leur disposition pour quelques centaines de roupies , et il y a à Maurice ceux qui les possèdent, les considèrent comme la prunelle de leurs yeux et qui un jour les légueront à leurs enfants et aux enfants de leurs enfants afin qu?ils puissent, pendant encore des décennies, les consulter à leur guise et découvrir par eux-mêmes la chance inespérée qui est la leur de savoir leur cordon ombilical enterré quelque part dans le sol mauricien.

Et c?est tout à l?honneur d?Airports of Mauritius et de Vijay Poonoosamy d?avoir eu l?intelligence de parrainer une si louable initiative, réalisant, une fois de plus, l?heureuse et la fructueuse conjugaison du savoir, de l?avoir et du pouvoir, capable de la réalisation des plus beaux miracles, capables surtout de pérenniser un enrichissement culturel et personnel inestimable et d?assurer un mieux-être, une sérénité, un sentiment de plénitude capable de rendre supportable et même profitable les pires épreuves, capable de transfigurer les calvaires les plus éprouvants.

Leurs plus beaux spécimens

Le livre demeure à ce jour un moyen privilégié de s?approprier, sur le plan personnel et familial, une part appréciable de tout patrimoine et de communier intensément avec ceux qui ont ?uvré pour que nous puissions devenir ce que nous sommes. L?Histoire peut aussi bien raconter au jour le jour ou par synthèses l?évolution et le développement, dans le temps et dans l?espace, d?un peuplement, d?un peuple, d?une nation, d?un pays, comme elle peut cantonner une démarche identique aux frontières d?un secteur, comme elle peut se limiter à une simple biographie. Les Bréville choisissent Mont-Choisy où commence la merveilleuse histoire de l?aviation mauricienne.

L?Histoire devient encore plus instructive et vivante quand elle peut s?accompagner de photos d?époque ou d?estampes. Mettant en pratique la sage maxime voulant qu?une bonne image vaut mille mots, ils n?ont de cesse d?accumuler, dans leur Musée de la photo, en quête autant d?aide et de soutien que de liberté et de pérennité, des trésors et autres joyaux photographiques. Ils en ont, non sans peine, sélectionné leurs plus beaux spécimens pour nous aider à mieux comprendre le contexte historique et sociologique des années 1930.

Tristan Bréville sait trouver les mots qu?il faut pour mauricianiser le mythe d?Icare même si ce dernier ne hante plus autant notre imagination que celle de nos devanciers. Si sa chute nous fait sourire, nous confessons, avec Édouard Maunick, qu?adolescents d?instinct, nous avons, au bruit du moindre vrombissement, scruté le ciel en quête de « l?oiseau sorcier de métal ». Bréville raconte donc la saga des avions de Samat, de Lemerle, de Hilly-le-Mauricien. Guettant ces aéronefs, il prend quand même le temps de rappeler le ballon aérostatique de M. Cailleau s?élevant au-dessus de notre champ de Mars, le 19 juin 1784, neuf mois seulement après la montgolfière des frères Montgolfier s?élevant au-dessus des jardins royaux de Versailles, le 19 septembre 1783.

Il rappelle les survols de l?aéroplane du major anglais Honnet, oubliant de préciser que l?engin est arrivé à Maurice en pièces détachées à bord d?un navire pour y être remonté et pour y effectuer des baptêmes de l?air à partir du parcours de golf du Gymkhana aux Vacoas. Bréville s?appesantit, à juste titre, sur le double drame de la disparition en mer de Hilly et de Lemerle en octo-bre/novembre 1934. De quoi faire son deuil pour un bon bout de temps de toute autre entreprise aérienne.

La Seconde Guerre mondiale entrave et accélère à la fois la reprise des activités aéronautiques à Maurice. Pas question bien sûr de reprendre aucune liaison aérienne avec une île s?ur devenue pétainiste par la grâce de son gouverneur Aubert et qu?il faudra reconquérir au nom de la France Libre, Hector Paturau et le « Léopard » aidant.

Elle contraint ou invite bon nombre de jeunes héros mauriciens à être mobilisés ou à s?enrôler volontairement et à aller combattre sur plusieurs fronts ainsi qu?au sein de la glorieuse Royal Air Force. Ils deviendront des pilotes, des sans-filistes, des mécaniciens, des navigateurs d?occasion et retourneront à Maurice pleinement familiarisés avec les activités aéronautiques et faciliteront d?autant la mise en place d?une aviation civile et des industries touristiques et hôtelières.

Comparés à l?épopée de Samat, Lemerle et Hilly, les premiers pas de l?aviation civile à Maurice peuvent donner l?impression de manquer de grandeur et de lyrisme. Le monde tourne dorénavant plus vite qu?auparavant. Une innovation chasse l?autre. Une modernité propulse la précédente dans les oubliettes. Les points de repère sont moins visibles dans ce dédale d?avions d?Air France, de Qantas, de la South African Airways, de Constellation, de Comet, de Caravelle, de Supercons-tellation, de Boeing.

C?est alors que l?album Histoire de l?aviation à Maurice peut, par moments, laisser son lecteur sur sa faim. On sent son auteur partagé entre le désir de faire léger et de se contenter d?effleurer certains sujets. Il en dit peut-être déjà trop pour le simple lecteur, déjà au bord de la saturation devant toutes les précisions chronologiques et techniques qu?on lui demande de digérer.

Le frontispice de l?histoire

Mais ce sera toujours insuffisant pour les amateurs d?histoire, ne comprenant pas, par exemple, pourquoi ce silence sur les différents avions d?Air Mauritius, depuis le Piper Navajo jusqu?aux prochaines options proposées par Boeing et par Airbus. Ces omissions et imprécisions sont d?autant plus amèrement ressenties que l?auteur sait, à l?occasion, émailler son récit de souvenirs historiques pas directement liés à l?histoire de l?aviation mauricienne.

Ces réserves, pour peu qu?elles puissent être valables, sont certainement peu de chose comparées au bel échantillon de photographies offertes mais qu?on aurait peut-être préférées agrandies afin de mieux faire ressortir certains détails. Elles deviennent sûrement insignifiantes quand Marie-Noëlle et Tristan Bréville nous gratifient d?un échantillon de toute la philosophie cimentant la constitution de leur Musée de la photo.

Oui ! vous avez raison de soutenir que d?humbles ouvriers gravent souvent le futur sans le savoir ou le vouloir, au frontispice de l?histoire, qu?on s?instruit dans la proportion d?être curieux, que pour les amateurs d?Histoire, demain est déjà hier, que la houle peut devenir le sépulcre d?aviateurs et que les héros savent se détourner de la vie molle et béate des médiocres, ici-bas.

L?essentiel est atteint. Grâce à Marie- Noëlle et Tristan Bréville, grâce à Vijay Poonoosamy, si quelqu?un à Maurice refuse de connaître et de revivre en ses moindres détails les premiers décollages de l?aviation mauricienne, il n?a qu?à s?en prendre à sa paresse et à sa médiocrité.

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