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CÉLÉBRER LE VÉCU MAURICIEN

12 mars 2005, 00:00

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En matière d?économie, de culture ou de sports, un pays ne programme pas son identité. Il le construit comme il conçoit son avenir. C?est ce que fait la République mauricienne depuis des décennies avec, ici, des avancées notables, et, là, des reculades tout aussi dommageables. Mais le processus est enclenché et certains signes ne trompent pas.

Fait significatif en ce mois de mars 2005, l?Association of Mauritian Manufacturers (AMM) et le ministère de l?Industrie en collaboration avec la Small and Medium Industries Development Organisation (Smido) et la National Handicraft Promotion Agency (NHPA) proposent salons et conférences pour mettre en scène le label mauricien et l?esprit d?entrepreneuriat de nos compatriotes. La qualité des produits locaux et le sens d?initiative des entrepreneurs, c?est une autre manière de faire valoir ces traits d?un peuple qui veut s?inscrire dans le concert des nations comme un pays innovateur et appliqué.

Le Salon de l?industrie de l?AMM le fait d?ailleurs nettement ressortir à travers son slogan Achetez Mauricien. Ce n?est ni l?expression d?une volonté protectionniste, ni celle d?un manque de confiance des industriels mauriciens. C?est davantage un combat incessant pour convaincre de la qualité des produits mauriciens. Le SME Fair du ministère de l?Industrie est une autre occasion d?encourager le «réflexe, l?attitude mauriciens».

«On ne peut pas parler de patriotisme sans parler de l?entrepreneuriat. La mondialisation se décline aussi à travers l?internationalisation de l?entrepreneuriat et c?est ainsi qu?on évite le piège du nationalisme», confirme, à cet effet, Vasan Appanah, directeur de la Smido. C?est également une manière de valoriser les ressources humaines et leur sens d?initiative. «Avec 150 exposants au SME Fair, on constate l?intérêt des entrepreneurs pour la création d?une industrie mauricienne forte. C?est à nous de créer les conditions nécessaires pour encourager cela», enchaîne Vasan Appanah. Les ambiguïtés dramatiques qui ont ponctué l?itinéraire du pays n?entament en rien les aspirations d?une création mauricienne qui se décline dans toutes les sphères de la vie du pays.

C?est ainsi que la langue créole a également bénéficié d?une dynamique de légitimation. La «grafi larmoni» témoigne, à cet effet, d?une initiative qui permet à une langue de passer de son statut de langue minorée à celui d?une langue vivante à part entière. Avec une langue, c?est un univers qu?on construit, qu?on invente. «Dans les années 70, il y avait un discours précis pour valoriser les symboles de l?identité mauricienne. Il y a eu ensuite un mouvement en arrière. Aujourd?hui, les choses se stabilisent», fait remarquer le linguiste Rada Tirvassen qui a aussi participé à la conception de la «grafi larmoni».

Même si la langue créole continue à avoir des valeurs ambiguës, il n?en demeure pas moins qu?elle a connu une reconnaissance certaine en tant que langue courante, une valorisation en tant que langue des médias et en tant qu?outil permettant d?affiner l?efficacité du système académique. «On opère depuis quelque temps dans une dimension nationale et une dimension ethnique en rapport avec la langue créole. Pendant longtemps encore, nous serons engagés dans la gestion de cette ambiguïté. Mais, de manière générale, la ?grafi larmoni? est une excellente initiative qui ne pouvait être prise que par l?Etat. On progresse dans le bon sens. La société se débarrasse des images dévalorisantes liées au créole. On assume mieux sa langue et il faut savoir que la langue créole est l?un des rares instruments d?unification nationale. C?est une ressource dans la construction de l?identité nationale qu?il ne faudrait pas dilapider», prévient Rada Tirvassen.

La langue créole est définitivement un marqueur d?identité. Il y en a d?autres. Sur le plan sportif et au niveau de la créativité artistique, des résultats et des initiatives viennent confirmer une dynamique nouvelle. C?est ainsi que des sportifs sont devenus des modèles pour toute une génération de jeunes. «Il y a aussi plus d?artistes qui s?expriment, qui créent. De nouveaux styles se développent. En fait, on assiste à une sorte de démocratisation de la culture. Il y a une recherche au niveau du style. En fin de compte, on peut dire que la culture populaire passe par une certaine légitimation. C?est l?art pour l?inclusion», fait ainsi ressortir Marcel Poinen, président de la Mauritius Society of Authors (MASA).

A travers la culture, l?entreprise, le sport, entre autres, c?est l?aspiration à une autre liberté qui se dit. «Par exemple, on ne peut plus seulement évoquer le créole quand on évoque les langues utilisées par les Mauriciens. Après la revendication, on passe à une autre étape. Les créateurs expriment aussi leurs rêves, leurs réalités à travers le français, l?anglais ou le hindi», précise Marcel Poinen.

C?est un processus qui est en cours. Le «penser, vivre, créer, produire? mauricien» se raconte au quotidien. Entre ceux gagnés par la fièvre de l?optimisme et les pyromanes de la République, il y a surtout le vécu mauricien qui est, lui, bien réel mais moins ostentatoire.

«Le penser, vivre, créer, produire... mauricien» se raconte au quotidien. Le processus est en cours.

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