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Ramgoolam a encore...des questions
Navin Ramgoolam n?est pas content. Son exaspération vient, semble-t-il, du fait que le public n?est toujours pas plus éclairé sur ce qu?il qualifie de «fraude massive» à la Mauritius Commercial Bank (MCB). Face à ceux qui mettent en doute ses allégations et ceux qui refusent d?éclairer le public, Ramgoolam choisit de poser des questions...
L?air sérieux, assis à son bureau à la rue Desforges, Navin Ramgoolam débute sa conférence de presse. Il n?est pas d?humeur à échanger des propos aimables avec les membres de la presse, nombreux dans son bureau. «Zordi mo pou koz zis lor bann koverup», annonce-t-il solennel. Ce terme ? qu?utilisent souvent l?opposition et son leader au Parlement ? provoque des rires discrets des membres présents de son parti.
Ramgoolam sourit. Puis reprend, plus sérieusement. «Parlons des faits. Ce que personne ne peut remettre en cause. Il y a plus de deux ans, nous avons pris connaissance de la plus grande fraude qu?il y ait eue à Maurice - l?affaire MCB-NPF. Deux ans plus tard, un assassinat est commis en plein jour et Rs 51,8 millions disparaissent de la banque. Encore un fait.»
Ramgoolam pèse ses mots. Il avance ses arguments point par point. Son discours, il l?a bien préparé. Il trouve inacceptable que malgré le fait que le Premier ministre a annoncé au Parlement qu?il y a eu quatre différentes enquêtes menées par la Banque de Maurice, l?Icac, la police et la firme N?Tan, «personn touzour pa kone kisanla benefisier, komien larzan finn perdi, sipa larzan inn kokin zour krim ou bien avan.» Il affirme aussi trouver étrange que la Banque de Maurice BoM n?ait pas cru bon de mener sa propre enquête à la MCB après le «hold-up» pour connaître le montant exact de la somme volée. «Kouma nou kone Rs 51,8 millions la vremem sa ?» se demande-t-il.
Ramgoolam revient sur le rapport N?Tan. Le rapport, dit-il, fait état de «other substantial and significant fraud and irregular transactions that have taken place». «Ma question est : Vrai ou faux ?» en ajoutant que ces réponses intéresseraient aussi le grand public. Ramgoolam fait aussi mention de «tampering. Que s?est-il exactement passé ? Quelqu?un aurait découvert une anomalie et aurait tout arrêté ? Qui est cette personne ?» demande-t-il.
Le leader des rouges ironise sur «la nouvelle définition de fraude. Un journaliste l?appelle un jeu d?écriture» dit-il, faisant référence à un article paru dans l?express. «C?est très bien, n?est-ce pas ? On se permet de transférer de l?argent sans l?autorisation du client mais, tant qu?on a l?intention de rendre l?argent, tout va bien. Pa kas latet, normal sa !» Durcissant le ton, Ramgoolam prend le dictionnaire Oxford à témoin. «Selon ce dictionnaire, a fraud is a criminal deception, a dishonest trick. En droit, qu?il y ait eu vol ou pas n?est pas essentiel. Il y a eu intention. Tampering is a fraud», clame Ramgoolam.
<B>DEMANDE DE PLUS D?INFORMATIONS</B>
«Mais il semblerait que dorénavant tout le monde à Maurice peut «emprunter» de l?argent d?une caisse s?il a l?intention de le remplacer par la suite !» ajoute un Ramgoolam sarcastique. «Ou trouv sa normal ki enn direkter MCB amenn enn som Rs 51,8 milliards en liquide, pa met dan liv me tous lintere lor la ? Paul Bérenger affirme que l?employé en question s?est confessé. J?ai une autre question pour le Premier ministre. Est-ce que 16 clients de la banque ont oui ou non été victimes de transferts illégaux de leur argent ? Si c?est vrai, quelles en seront les conséquences ?»
L?autre cible de Navin Ramgoolam est la BoM. Le leader du parti travailliste se demande si ceux qui ont dispensé des conseils légaux à la Banque centrale ont été mis en présence du rapport N?Tan. «Est-ce vrai que ces conseillers ont dit à la BoM de ne pas aller de l?avant ?» veut-il savoir.
«Koverup lor koverup ! Tout le monde doit savoir ce qui s?est vraiment passé et Bérenger doit arrêter de mentir. De l?Estrac inn tret li de menter, Ahnee inn tini mem langaz, nou tou kone linn lir raporla», ajoute Ramgoolam. Le gouvernement est l?actionnaire de la Banque de Maurice et celle-ci opère sous la responsabilité politique du Premier ministre, dit le leader de l?opposition. «Alor kifer Bérenger refiz asimm so responsabilite ?»
Selon Ramgoolam, N?Tan aurait demandé davantage d?informations, de documents et aussi à interroger d?autres personnes. Mais on aurait refusé d?accéder à la demande des consultants. «Bérenger a démontré qu?il est unfit to govern. Il faut qu?il arrête de mentir mais, au lieu de présenter des excuses, li ena toupe dir mwa aret koze?» s?offusque Ramgoolam.
Le leader de l?opposition a conclu que, si en Angleterre, un rapport sur la banque Barrings a été rendu public et que, si aux Etats-Unis, le rapport sur les actes terroristes du 11 septembre a été rendu public, «pourquoi pas ici? ?»
NOTE DE LA RÉDACTION
<B>Fraude ou irrégularités, peu importe le nom?</B>
La vérité sur l?affaire des Rs 1,5 milliard de la MCB, telle que décrite par l?express, n?arrange pas tout le monde. Jeudi, nous avons apporté des précisions sur des irrégularités commises à la MCB et constatées par le cabinet N?Tan. Nous expliquions alors que le rapport fait référence à un passement d?écriture pour contourner le plafond de crédits imposé par la Banque centrale entre 1987 et 1991. La veille, dans un éditorial paru dans «le Mauricien», Gilbert Ahnee commente les «opérations frauduleuses» de la MCB en ces termes : «Il s?agissait uniquement, croit-on comprendre, de contourner les règlements de la Banque de Maurice par rapport au ?Credit Ceiling? et en matière de Reserve Ratio.»
Si ces explications s?avèrent fondées, écrivions-nous, la Banque commerciale a eu «tort» d?avoir contourné une directive de la Banque de Maurice et elle serait alors «à blâmer pour avoir commis ces jeux d?écriture à l?insu de ses clients».
Cet éclaircissement prend à contre-pied le leader de l?opposition qui, lors de sa PNQ de mardi dernier, avait qualifié l?affaire de «fraude massive» et de «scandale concernant les comptes de 16 clients», laissant entendre qu?il y a eu vol au détriment des épargnants. Ramgoolam riposte en puisant des ressources dans le dictionnaire Oxford pour entraîner le débat sur le terrain de la sémantique. Il ne conteste pas notre information, ni ne réitère-t-il ses insinuations faites au Parlement mais il s?engage dans une discussion sur la signification du mot «fraude». Quant à nous, notre objectif était simplement d?apporter une information rigoureuse et impartiale sur une affaire qui intéresse le pays.
Néanmoins, Navin Ramgoolam a raison de penser qu?il est justifié de rendre publiques les conclusions du rapport N?Tan. Même si nous reconnaissons la nécessité de préserver la confidentialité de certains aspects des transactions bancaires, il aurait été plus simple et dans l?intérêt public de publier, ne serait-ce qu?une version expurgée du rapport.
L?affaire du détournement des dépôts du NPF ayant créé une situation exceptionnelle, il aurait été parfaitement acceptable qu?une mesure exceptionnelle soit prise pour autoriser la publication du rapport. Cela aurait eu pour mérite de mettre la MCB en demeure de s?expliquer sur les faits allégués.
Pour autant, il n?est pas souhaitable d?instaurer une nouvelle procédure obligeant la Banque centrale de publier tous ses rapports et analyses sur toutes les banques dans le cours normal de ses responsabilités de supervision.
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