Publicité

Le spectre du football raciste à Curepipe

10 mars 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Paradoxale île Maurice 1980. Certains de ses enfants distribuent à tour de bras des t-shirts patriotiques Mo 100 % Morisiê ! D?autres rassemblent un congrès politique pour faire en sorte que le 12 mars devienne une journée d?espoir national. Mais au stade George V, à Curepipe, des joueurs, appartenant à des équipes de football affichant leur appartenance ethnique et religieuse, donnent libre cours à leur colère et sont, de ce fait, la cause des sombres moments d?un bouleversant après-midi. Ils et elles (les équipes) ne méritent même qu?on les nomme ici, dans ces réminiscences des événements de l?année 1980 et de l?île Maurice d?il y a un quart de siècle. Il nous suffit de savoir que ce football raciste a existé dans notre île Maurice, qu?il était bien vu dans certains milieux plus soucieux de roupies sonnantes et trébuchantes que d?unité nationale et d?édification d?une véritable famille mauricienne, sans distinction de races, de cultures, de religions, de langues et qu?il a fallu l?avènement d?une nouvelle politique sportive pour éradiquer ce fléau.

Aux nostalgiques actuels des recettes conséquentes que pouvait rapporter ce football communaliste, il faut leur demander de tenir compte également des frais additionnels que ces matches de la honte représentaient pour la force policière et pour les compagnies de transport en commun dont les autobus étaient systématiquement vandalisés. Qu?ils tiennent aussi compte du climat d?insécurité entourant ces rencontres dites sportives et qui, entre autres, interdisaient aux paisibles usagers du transport public de prendre place à bord des autobus ainsi menacés de vandalisme et d?hooliganisme et qui contraignent les riverains curepipiens du George V de se barricader à domicile en attendant, dans l?angoisse la plus totale, la dispersion des spectateurs venus défouler leur haine raciale ou religieuse autour d?un ballon rond, pourchassé par 22 footballeurs.

En ce mois de mars 1980, à quelques heures de la Fête nationale, l?esprit même d?une rencontre sportive est bafoué au grand dam des amateurs du ballon rond en tout premier lieu. Même une bonne pluie bien curepipienne ne parvient pas à calmer les ardeurs de cette mini-guerre religieuse et raciale. Le match donne lieu à des scènes de violence indescriptibles. Des joueurs s?en prennent même à un arbitre de touche et le menacent de mort. Des policiers de service s?interposent avec une violence que d?aucuns estiment exagérée et même dangereuse. Des spectateurs s?en prennent au rideau de fil métallique, mis en place pour empêcher que les plus excités et les plus violents d?entre eux ne fassent irruption sur le terrain.

Un penalty accordé par l?arbitre à l?une des équipes met le feu aux poudres. Des joueurs de l?équipe sanctionnée s?en prennent à lui ainsi qu?à ses assistants sur la ligne de touche. L?entraîneur d?une des équipes fait irruption sur le terrain et bouscule à son tour l?arbitre, au mépris de tout esprit sportif interdisant absolument de contester l?arbitre, pendant le cours du jeu, même si l?on pense qu?il se trompe manifestement.

La partie est interrompue pendant une vingtaine de minutes. Dans un silence de mort, on reprend la partie au point de réparation. Le but est marqué. Les deux équipes sont à égalité. Non ! Un joueur a empiété la surface de réparation avant le tir. L?arbitre ordonne de recommencer le tir de pénalité, donnant de ce fait le signal à une reprise des hostilités et au vacarme dans les tribunes. Un arbitre de touche est piétiné et la police doit intervenir de nouveau avec une violence redoublée. Un des joueurs est sérieusement blessé d?un coup de matraque à l?abdomen. Il est porté, inconscient, sur une civière hors du terrain. Le calme finit par se rétablir, on ne sait comment. Second tir de pénalité que le gardien de but concerné réussit à intercepter. Son équipe parvient même à faire le break en marquant un autre but, donnant une bien triste victoire à son équipe.

Et dire que 25 ans après un si triste après-midi, certains d?entre nous entretiennent toujours la nostalgie d?une si lamentable époque. Le plus triste de l?histoire c?est que toute cette violence oppose joueurs et partisans des deux dernières équipes au classement. Un débordement de violence pour se disputer une lanterne rouge.

Publicité