Publicité

Maux de femmes

10 mars 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Fête des mères , Fête des grands-mères, Journée de la femme. Une certaine lassitude finit par dominer quand nous sommes conviés par le calendrier à célébrer des ?événements? obligés, au point que leur répétition d?année en année, loin de devenir un rituel attendu, s?apparente à un marronnier aux fruits creux et monotones.Ces dernières années, la concurrence bat son plein entre les journées mondiales de ceci ou les journées mondiales de cela. Une journée qui se respecte doit être mondiale sous peine de n?être rien du tout. Surenchère, inflation : on honore autant qu?on commémore. A se demander ce qui reste après dans l?esprit du public, de ces affichages où se mêlent bons sentiments et stratégies de communication, causes réelles et gadgets prétextes à commerce.

Pourtant, il y a beaucoup à dire sur les femmes, et pas seulement le jour où un mot d?ordre général et mollement consensuel nous invite à penser à elles. Comment ne pas évoquer notre cons?ur de Libération, Florence Aubenas, dont l?image fixe apparue ces jours-ci sur les écrans a stupéfié le pays, par le désarroi qu?elle exprime et par son courage de femme reporter. Courage et cran : des qualités longtemps reconnues aux seuls hommes.Dans la littérature qui accompagne la Journée de la femme, un livre est à lire. Celui consacré par Aurine Crémieu et Hélène Julien à quatorze résistantes de tous les pays. Sous le titre Femmes libres, édité par Le Cherche Midi, ces deux journalistes sont allées à la rencontre de véritables lutteuses. De ces femmes qui peuvent servir d?exemple à des centaines, à des milliers d?autres, à condition que leur expérience soit racontée. Que leur voix soit entendue.

On a plaisir à découvrir ce genre d?ouvrages où les auteurs s?effacent derrière leurs sujets. Et quels sujets. On se souvient que le Cherche Midi avait publié en son temps le témoignage du docteur Véronique Vasseur sur les conditions de détention à la prison de la Santé. Ici, le même éditeur, avec Amnesty International, nous présente Aïssata, Malienne de France, excisée, qu?un médecin français, le docteur Pierre Foldès, a ?réparée?, comme elle dit.

?Je me suis réapproprié mon corps et c?est moi qui décide.?On entend aussi la voix d?Angela Davis, souvenez-vous, elle fut l?icône du Black Power dans les années 1970, fut détenue pendant seize mois pour un meurtre qu?elle n?avait pas commis. A la question : ?Etes-vous une radicale ??, elle répond : ?Demandez donc à une mère d?arracher son bébé d?une maison en flammes avec modération.?

Au Chili, une femme se présente toujours de la même manière : ?Je m?appelle Viviane Diaz, fille de Victor Manuel Diaz Lopez, arrêté et porté disparu le 12 mai 1976.? A 54 ans, elle attend toujours. Le retour de son père ? Non. Elle attend que Pinochet soit jugé. Une citation de Neruda, extraite de J?avoue que j?ai vécu, sert d?exergue à cette confession : ?Ils avaient des arlequins et des polichinelles, des clowns à foison, des terroristes tueurs et geôliers, des frocs sans conscience et des militaires avilis.?

Depuis cette disparition, Viviane ne s?est pas mariée, n?a pas eu d?enfant. Elle s?est changée en militante acharnée. L?association des proches des détenus disparus est devenue sa famille.

<B>© 2005 Le Monde News Service Distribué par The New York Times

Publicité