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L?OMS redoute une pandémie de grippe mortelle
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L?OMS redoute une pandémie de grippe mortelle
«Le monde est aujourd?hui exposé à un danger très grave de pandémie », a lancé, Shigeru Omi, le directeur de l?Organisation mondiale de la santé (OMS), mercredi 23 juillet, au premier jour de la conférence internationale sur la grippe aviaire, organisée au Vietnam, le pays le plus touché. Selon lui, il est « très probable » que le virus de la grippe aviaire, appelé H5 N1, qui se propage en Asie du Sud-Est depuis la fin 2003 et qui a officiellement causé la mort de 46 personnes, soit à l?origine de la prochaine pandémie mondiale de grippe humaine, si aucune action concertée n?est décidée au niveau international pour l?enrayer.
« Je crois qu?une pandémie de grippe frappe à la porte », a, de son côté, déclaré le professeur Albert Osterhaus, éminent virologue de l?hôpital universitaire Erasme de Rotterdam.
<B>Jusqu?à 100 millionsde morts</B>
Pour donner lieu à une pandémie, le virus H5 N1 devrait soit s?adapter suffisamment « de son propre chef », soit mêler une partie de son « bagage génétique » à celui d?un virus humain, ce qui le rendrait très contagieux au sein d?une population dès lors privée de toute protection. L?OMS estime qu?une pandémie pourrait faire jusqu?à 100 millions de morts si le virus H5 N1 mutait et devenait facilement transmissible entre humains.
L?infection de porcs, intermédiaires idéal entre virus humains et animaux, dont des premiers cas avaient été rendus publics en Chine en août 2004, peut favoriser l?émergence d?un virus très dangereux pour l?être humain.
La présence du virus dans plusieurs pays d?Asie fait par ailleurs redouter la rencontre de la grippe aviaire et de la grippe humaine classique chez l?être humain.
De cette rencontre pourrait émerger un nouveau virus susceptible de déclencher une épidémie planétaire, à l?instar de la grippe espagnole, qui fit de 20 à 40 millions de morts en 1918-1919.
La question demeure cependant entière sur la capacité du virus de se mêler à celui d?un virus humain.
« Nous ne savons pas si le virus H5 N1 sera finalement capable de mêler son matériel génétique à celui d?un virus de grippe humaine », a souligné M. Osterhaus.
« C?est la grande question ».
Pour Joseph Domenech, de l?Orga-nisation des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture (FAO), il appartient aux pays riches de se mobiliser. « S?ils n?en font pas davantage, le problème pourrait tôt ou tard apparaître chez eux », a-t-il lancé. « La balle est dans leur camp. »
<B>Un virus qui n?a pas fini de surprendre</B>
Lors du premier sommet sur la question, l?an dernier à Bangkok, les experts s?étaient dits confiants quant aux possibilités d?éradiquer le virus. Cette fois, la plupart s?accordent à dire que ne serait-ce que contenir la maladie pourrait prendre des années car le virus, très peu connu, a sauté la barrière des espèces en contaminant notamment des chats, des léopards et même des mouches.
« Le virus H5 N1 est celui qui a le plus de risque de s?adapter et de donner lieu à une souche de pandémie parce qu?il ne va pas être facile de l?éradiquer », a estimé Laurence Tiley, virologue de l?université de Cambridge. Mais il a nuancé les craintes de pandémie en faisant remarquer que si le virus avait tué une très grande partie des personnes infectées, il restait « pour le moment très peu contagieux » chez l?être humain.
Après avoir enquêté sur un « probable » premier cas de transmission humaine en Thaïlande, l?OMS avait annoncé, en octobre 2004, que le virus n?avait pas muté. Mais il aurait bien été transmis directement d?une fillette de onze ans à sa mère et à sa tante, selon une étude publiée dans le New England Journal of Medecine.
Le virus n?a peut-être pas fini de surprendre. Selon une équipe médicale de l?organisation caritative Wellcome Trust, le virus H5 N1 a été découvert chez un Vietnamien de quatre ans hospitalisé pour une gastro-entérite. Le garçon était porteur du virus dans les excréments, le sang, le nez et le liquide cervical, indiquant que le virus « peut attaquer toutes les parties du corps, pas seulement les poumons », indique le Wellcome Trust. La s?ur du petit garçon, âgée de 9 ans et atteinte d?encéphalite aiguë, est décédée et est soupçonnée d?avoir également été contaminée par le H N1.
« Cela pourrait être une indication que nous devons élargir le diagnostic de la grippe aviaire », a estimé Hans Troed-sson, représentant de l?OMS à Hanoï.
Jusqu?à présent les animaux essentiellement touchés ont été les oiseaux. Ainsi Près de 140 millions de volatiles de basse cour ont été éradiqués depuis le début de l?épizootie, pour un coût financier que certains estiment à 10 milliards de dollars (7,6 milliards d?euros). Selon M. Domenech, les pays touchés par la grippe aviaire vont avoir besoin de centaines de millions de dollars pour faire face à l?épidémie et éduquer les populations. « C?est une maladie rurale et les gens ont des habitudes très ancrées qui sont difficiles à modifier » souligne-t-il.
<B>@ 2 005 Le Monde ? avec AFP et Reuters
Distribué par The New York
Times Syndicate</B>
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