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Un c?ur simple
Elle a fière allure, la demeure de Satcheedanand Chetak. Longeant une petite ruelle, dans le pittoresque village de Saint Julien, noyé par des trombes d?eau, nous avons rendez-vous avec le lauréat du concours Bhojpuri Bahaar. Mais c?est Sawan, son fils cadet de cinq ans, qui nous accueille en sautillant et en nous souhaitant un beau bonjour. Pas le moins du monde intimidé, le garçonnet a sa petite s?ur Simran sur les talons. Cette dernière nous fait un grand sourire avant d?aller se poser sur le canapé du salon. Dans cette maison chaleureuse, c?est d?abord le rire des enfants qui captive l?attention. Le père arrive, quelques secondes plus tard, suivi de sa femme Sarita et de sa mère Bagwantee.
Chez les Chetak, c?est la famille d?abord. Les liens sont solides. On habite sous le même toit, partage la même passion pour le chant et la musique. Après les salutations d?usage, Satcheedanand Chetak, dit Soobiraj, s?empresse de nous offrir à boire. Ils ont le sens de l?accueil dans cette famille.
Satcheedanand Chetak, est un homme calme. Un peu intimidé. C?est vrai que depuis son sacre, les journalistes se sont empressés chez lui. Toute cette attention semble le gêner. Attentif aux questions, il a du mal à parler de lui. Qu?est-ce qui a changé depuis Bhojpuri Bahaar ? Pas grand-chose dit-il. Rien, rétorque sa femme. «Nous enkor ban dimoune simple. »
Les concours de chant, Satcheedanand Chetak les fréquente depuis 2000. « C?est enn plateforme pou nou exprim nou. MBC ine fer enn bon travay. Modern Sound, l?orchess kine acompagne nou ine extra aide nou interprète nou morco. » Compositeur du fameux Tohor ego swansh awela ego swansh jala, ce chant mi-religieux, mi-populaire, littéralement, le souffle de vie, la respiration et l?expiration, le moteur de la vie, est une composition qui date de 2004.
Depuis sa première participation en 2000, à ce concours de chant de la MBC télé, Satcheedanand Chetak n?a cessé de composer et d?écouter l?inspiration qui lui vient de son maître spirituel, Prem Rawat.
Il chante l?amour, l?homme et la vie et souhaite que les messages de paix et d?amour, traversent tous les murs de la modernité. « Nou pli grand la force, c?est l?accorité. Kan mo chanté, mo senti enn tel sérénité ki mo envi tou dimoune pataz ça avek moi. » C?est ce qui l?a porté samedi dernier, au Centre Culturel Indira Gandhi pour la culture indienne.
Un moment fort, unique. « Mo papa ti santé. Line gagné là-bas dan Phoenix, » explique en riant le petit Sawan. Un moment qui a demandé des jours de quasi-mutisme pour préparer ses cordes vocales au dépassement. Et cela a payé. En émotions d?abord. « Pas kapav explik la zwa là, » déclare Sarita, l?épouse comblée qui chante avec son mari lors des mariages et des célébrations religieuses. La récompense fait plaisir. Un chèque de Rs. 75 000 est venu solder une passion surtout pour le chant religieux, qui ponctue son quotidien depuis qu?il a seize ans. A force de pousser la voix dans les mariages et autres fêtes religieuses, Satcheedanand Chetak est aujourd?hui chanteur au même titre que son métier de planteur dans la région de Saint Julien. « Zot tou félicite moi. San zot soutien mo pa ti pou éna la force persévérer. »
Mais son premier métier, c?est planteur. C?est ce qui fait vivre sa famille. Satcheedanand Chetak se réveille aux aurores et va tout de suite aux champs, une fois les prières du matin dites. Optimiste de nature, il ne se laisse pas abattre par les trombes d?eaux qui n?arrangent pas son petit commerce de légumes. « C?est la vie, éna banne courbes. Bizin accepté li. Pa la peine ki mo stressé. »
Homme tranquille qui ne se plaint pas, Satcheedanand Chetak aime se rendre deux fois la semaine, le mercredi et le samedi, à la foire de Lallmatie, pour y vendre ses brèdes chinois, ses échalotes et ses épices. Et quand il ne travaille pas, toute son attention se concentre autour de ses trois enfants et de sa femme. Epoux attentif, il aime bien aider Sarita derrière les fourneaux. « Pou moi, tou dimoune égal. Bizin viv en l?accorité, alors si mo capav aider, mo aider. »
Son nouveau rendez-vous, c?est avec ses fans qu?il le prendra. Satcheedanand Chetak espère sortir bientôt une cassette avec ses compositions. « Banne félicitations avek soutien ki mone récévoir, donne moi envie continié. Mo envie banne messages ki éna dans mo banne santé, réussi touche tous dimoune,» insiste-t-il. Dans le village de Saint Julien, cet homme devenu un héros, malgré lui, ne voit pas sa vie autrement. « Mone touzour kiltiv la ter, mo pou continié. Aster, sa récompens mo gagné là, li fer moi plaisir, mai kass, enn zour ou éna, lot zour ou né pli éna. Ce ki bizin dan la vie, c?est l?accorité. C?est ce ki appel enn nation. » Quel beau gagnant !
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