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Un cadre de la MCB mis en cause
Enquête interne discrète à la Mauritius Commercial Bank (MCB). Notamment après les informations fournies par Jiawed Ruhumatally, un des suspects dans le crime commis dans cette banque, vendredi. Crime dans lequel Gérald Lagesse, Customer Service Supervisor, a trouvé la mort et Rs 51 millions ont été emportées.
Jiawed Ruhumatally allègue que le délit a été perpétré avec l?aide d?un ?contact à la MCB?. Ce dernier aurait agi en tant qu?intermédiaire entre lui et un cadre de la banque. Et la MCB se met à enquêter sur ce cadre en congé.
Agé de 29 ans et habitant Trèfles, Stanley, le suspect allègue également que le hold-up de vendredi dernier était une mise en scène afin de cacher des malversations antérieures. Cela confirmerait la thèse de la police, celle d?une complicité interne. Mais les informations seront minutieusement vérifiées avant que les enquêteurs ne procèdent à la prochaine étape : la convocation du cadre, laisse-t-on entendre aux Casernes centrales. Les enquêteurs devraient également interroger le ?contact? en question.
Mais déjà, certains éléments du Central Investigation Department de Port-Louis-Sud (C CID) et ceux de la Major Crime Investigation Team se montrent prudents face à la version de Ruhumatally. Ce dernier incrimine en effet la victime, Gérald Lagesse, qui lui aurait remis Rs 500 000.
Les enquêteurs intensifient ainsi les recherches sur le terrain pour retracer les deux fugitifs dans cette affaire, Steve Monvoisin et Satroojeetsing Sotrooghan. Cela, afin de connaître leur version.
La police est parvenue à retrouver le véhicule utilisé par les suspects. Cela, grâce à une caméra de surveillance de la Banque de Maurice. Le contenu de la cassette vidéo, après examen, a permis aux enquêteurs d?obtenir le signalement de la 2x4 ainsi que le numéro de la plaque d?immatriculation.
Un ancien planton de l?institution bancaire a également été mis en cause par le suspect Ruhumatally. La police a déposé une motion d?interdiction de quitter le pays à son encontre.
Selon Jiawed Ruhumatally, une première tentative pour commettre un hold-up au mois de janvier aurait échoué car l?ancien planton qui devait participer à l?opération n?était pas présent. Cet ancien planton avait soumis sa démission il y a une quinzaine de jours à la MCB. Il avait prévu de se rendre en Grande-Bretagne.
?Travay la inn fini fer?
Après s?être constitué prisonnier mardi, Jiawed Ruhumatally se prête hier à une reconstitution des faits. Vêtu d?un t-shirt noir et d?un jean, les mêmes vêtements que la veille, il porte également un gilet pare-balles par mesure de sécurité. Conduit aux alentours de 15 heures à l?avenue Berthaud, Trèfles, il indique aux enquêteurs un buisson en bordure de route. Là, il aurait dissimulé un sac blanc contenant la somme de Rs 500 000 qu?aurait remise Gérald Lagesse. Pour les besoins de l?exercice, le concours de plusieurs unités de police, dont celui la Special Supporting Unit, est sollicité.
Cap ensuite sur le quartier général de la MCB à la rue Royale, Port-Louis. De nombreux badauds sont agglutinés à proximité de l?institution bancaire. Il est alors 17 heures. Sous une forte escorte policière, le suspect Ruhumatally descend d?une 4 x 4 bleue de la police.
Une fois à l?intérieur, il explique aux hommes du surintendant de police Clifford Parsad de la MCIT et au CID de Port-Louis Sud comment il a réussi à pénétrer dans le bâtiment. Et à avoir accès au coffre-fort suivi de ses deux complices, Steve Monvoisin (29 ans) et Satroojeetsingh Sotrooghan (28 ans) sans être inquiété. Le numéro un du Central Criminal Investigation Department (CCID), l?adjoint au commissaire de police, Tangavel Seerungun est également présent.
Dans la chambre forte, Jiawed Ruhumatally explique, en présence de ses hommes de loi, Mes Raouf Gulbul et Khushal Lobine, que c?est là qu?ils auraient rencontré Gérald Lagesse pour la première fois.
Ce dernier avait été affecté au ?caveau? la veille pour remplacer une collègue. Et c?est à ce moment que le Customer Service Supervisor leur aurait lancé : ?Travay la finn fini fer yer, fer zot travay aster.? Gérard Lagesse lui aurait alors remis un sac contenant la somme de Rs 500 000.
Le suspect explique que c?est Gérald Lagesse qui leur aurait demandé de lui ligoter les mains et les pieds avant de le bâillonner. Et pour faire croire à un hold-up, Jiawed Ruhumatally aurait par la suite assené deux ou trois coups de poing au visage de la victime. Le suspect précise toutefois qu?il n?a, à aucun moment, enfoncé du papier dans sa bouche alors que le rapport de l?autopsie du cadavre en fait mention.
Les suspects prennent aussitôt la fuite et se dirigent, à leur sortie de la banque, vers la 2x4 de la marque Chevrolet, relate Jiawed Ruhumatally.
Ce dernier dit aussi s?être rendu à pied à la rue Sir William-Newton, à proximité de Moorgate House. Conduits sur les lieux, il explique aux enquêteurs l?endroit où la 2x4 était garée, dans un premier temps, avant que les complices ne se rendent à la banque.
Le tout n?aurait pris, selon les dires de Jiawed Ruhumattally, que cinq à six minutes. Les complices prennent ensuite la direction des Plaines-Wilhems et apprennent quelques minutes plus tard, par le biais de la radio, que le corps de Gérald Lagesse a été retrouvé dans la chambre forte.
Pris de panique, ils décident de mettre le cap sur Trèfles pour y dissimuler le butin. Dans sa version des faits, Jiawed Ruhumatally explique qu?ils se sont par la suite rendus à Stanley où ils ont abandonné le véhicule avant de se séparer. Depuis, dit-il, il n?a pas été en contact ses complices.
<B>Malaise</B>
Les étapes de cette reconstitution des faits sont fixées sur pellicules par le sub-inspector, Gaëtan Anthony, assisté du constable Ravi Sreekissoon tandis que le sergent Roodranath Ramoo, dessinateur de la police, fait un plan des lieux.
Peu avant la reconstitution des faits, à l?avenue Berthaud, Trèfles, le suspect Ruhumatally a été examiné par le Dr Sudesh Kumar Gungadin, médecin légiste. Le suspect se plaignait de malaise et ne voulait pas quitter sa cellule.
Le corps de Gérald Lagesse a été découvert peu avant dix heures par le planton Ashad Boodhoo, un des sept employés ayant accès à la salle des coffres de la MCB. Il est un des trois plantons détenus par la police.
La victime a été bâillonnée à l?aide d?une chemise bleue à carreaux, les mains et les pieds liés par une bande adhésive. Son cadavre était dissimulé sous des sacs contenant des pièces de monnaie. Le tout pesant cent cinquante kilos.
L?autopsie a été pratiquée par le Dr Amah Charya Gujjalu, assisté du Dr Gungadin, tous deux médecins légistes. La cause du décès a été attribuée à l?asphyxie.
Famille, proches, collègues et amis ont rendu un dernier hommage à Gérald Lagesse hier. Des adieux stoïques. De la MCB à la cathédrale St-Louis, un cortège d?employés de la banque ont gardé la dignité d?un deuil récent. Même retenue lors de la messe cocélébrée par les pères Jean-Maurice Labour et Gérard Sullivan. Frédérique et Bénédicte, l?épouse et la fille du défunt n?ont montré aucun signe d?émotion. Recueillement. Interrogations sans doute. Sur celui qui s?en est allé de façon aussi dramatique...
RÉACTIONS
<B>La presse prise à partie</B>
■ Le vicaire général du diocèse de Port-Louis a tenu à relayer les questions ?du public? lors de son homélie. Reprenant la posture adoptée par Mgr Maurice Piat, évêque de Port-Louis, qui a prié pour ?le courage nécessaire pour vaincre le mal par le bien?, Jean-Maurice Labour devait sortir de sa réserve ecclésiastique pour ?dénoncer l?immédiateté avec laquelle les déclarations à la police sont publiées par la presse et largement diffusées sur les radios.? Il est insurgé devant ce qu?il a qualifié de non-respect du secret de l?instruction. ?Ces allégations de personnes interrogées au cours d?enquêtes policières d?une gravité extrême n?ont pas le temps d?être vérifiées.?
Citant nommément le cas du ?hold-up de la MCB?, Jean-Maurice Labour devait réclamer des explications quant à la marge de man?uvre de ?l?un des auteurs présumés qui se permet d?annoncer sur les ondes par l?intermédiaire de son frère, qu?il va se constituer prisonnier?.
Invoquant le ?gagging order?, le prêtre a souligné que l?essentiel du contenu de l?interrogatoire a été publié avec l?assentiment de la police. ?Et s?il s?agissait d?une man?uvre de digression comme celle qui a été tentée par le même gang lorsqu?ils ont fait téléphoner à la police pour attirer la police dans d?autres succursales de la MCB pendant que le forfait était commis.?
Toujours dans sa quête de réponses, Jean-Maurice Labour a tenté d?établir un lien entre le risque que les ?gens des médias se laissent aller à la tentation de la production de scoops? et leur impact sur ?quantité de crimes restés non élucidés, donc impunis?.
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