Publicité
Mukhesswur Choonee tourne le dos au MSM
Par
Partager cet article
Mukhesswur Choonee tourne le dos au MSM
Le Mouvement socialiste militant (MSM) perd un autre de ses membres. Après Anil Bachoo, Megduth Chumroo et Jyaneshwur Jhurry, Mukhesswur Choonee a envoyé, vers 14 heures hier, sa lettre de démission au président de la République, Sir Anerood Jugnauth. Pourtant, lorsqu?il quitte l?enceinte de l?Assemblée nationale à la mi-journée, l?ex-ministre des Administrations régionales ne laisse rien transparaître de sa décision?
Une fois de plus c?est la voie que prend le MSM qui est sévèrement mise en cause. ?Le MSM a dévié complètement de sa vision et de son idéal du début?, soutient Mukhesswur Choonee dans une correspondance de trois pages adressée au leader du MSM, Pravind Jugnauth. Il va plus loin en affirmant que ?tous les efforts entrepris pour remettre le parti sur les rails ont été vains à cause de l?égoïsme de nos leaders?. D?où sa décision de quitter le MSM maintenant, au risque d?être plus tard ?traité de traître et d?opportuniste.?
?Nous sommes responsables de la présente situation, car pendant ces quatre dernières années, nous avons été bien plus concernés par le pouvoir : qui sera Premier ministre et jusqu?à quand ? Nombreux sont les problèmes, qui auraient dû être traités en considérant les enjeux nationaux, mais qui n?ont été abordés que sur une base sectaire pour accommoder l?accord de Med-Point?, écrit-il également.
?Pas de démocratie?
L?ex-ministre rappelle aussi que le MSM a été créé pour faire opposition au ?style autocratique? de Paul Bérenger, de même que pour contester ?ses tricheries et son communalisme scientifique?. Aujourd?hui, déplore-t-il, le MSM est devenu ?un simple instrument entre ses mains, un partenaire passif pour l?aider à perpétuer le pouvoir. Rester dans le MSM aurait voulu dire être complice de ce système.?
Dans sa lettre, il juge que la mission que s?était fixé le MSM en s?alliant avec le MMM, à savoir ?redresser le pays?, a été un échec. Si, dit-il, l?électorat a été fier du travail de Sir Anerood Jugnauth, il ne peut s?empêcher de se demander si les attentes de la population, en votant pour l?ex-leader du MSM, ont été comblées.
Comme les autres démissionnaires, il conteste le ?leadership et le style au MSM?. Les critiques fusent: ?pas de démocratie? dans le parti. ?La structure présente permet à une seule personne de décider. Votre destinée est entre ses mains. C?est suffocant.? La ?winning formula? leur reste aussi en travers de la gorge, dans la mesure où il ?n?y a pas de discussions sur les modalités de cet accord?.
Réagissant à cette nouvelle démission, le leader du parti, Pravind Jugnauth, déclare que si ?Choonee a choisi de s?en aller, c?est à lui d?en assumer les conséquences. Car pour moi, il s?agit là d?un autre cas de suicide politique?.
Il précise aussi qu?il a, lors de la réunion du groupe parlementaire du MSM, tenue le matin même, réitéré la ligne d?action du parti et a demandé à tous les élus d?assumer leurs responsabilités. Réunion à laquelle le député de Montagne-Blanche-Grande-Rivière-Sud-Est, ne participe pas.
Expérience ?amère?
Mukhesswur Choonee, toutefois, se rendra à l?Assemblée nationale et discutera de manière joviale avec le ministre de l?Education, Steve Obeegadoo, assis à ses côtés. Il salue avec enthousiasme le Premier ministre. Celui-là même qu?il ne manque pas de critiquer dans sa lettre : ?The present system of government has been to the disadvantage of the MSM and its electorate. I am afraid it has been a Bérenger system and a one-man show.?
Après un saut à l?Assemblée nationale, il se rend à son bureau. C?est l?effervescence. Ses deux colistiers au n° 10, le nouveau ministre, Ajay Gunness, et Rashad Daureeawoo, lui rendent visite. Son épouse, Devika et son père, Balmick sont aussi présents. L?émotion est si forte que sa femme ne peut retenir ses larmes pendant que les agents et autres proches circulent dans les couloirs.
Choonee, en revanche, conserve son éternel sourire. Calme et détendu, il rencontre la presse vers 15 heures. Pressé de questions, l?ex-ministre ne montre aucun signe de nervosité et dit : ?Pena narien pu fer ek PTr?. Il compte discuter avec Anil Bachoo avant de décider de la marche à suivre. Dans ses échanges avec les journalistes, il adopte un ton résolument modéré. Davantage que dans sa lettre.
Rencontrant les fonctionnaires en poste à son ministère, peu avant son départ, il relate une fois de plus l?expérience ?amère? vécue lors de son arrestation dans l?affaire des terres : ?Zame mo ti gagn enn kontravansion. Ene kou mo trouv moi derier baro. I don?t deserve it?, dit-il, leur promettant de revenir? Vers les quatre heures, il quitte le 3e étage du Registrar Building. Le sourire toujours aux lèvres?
PORTRAIT
L?inoffensif Choonee
■ Il n?a pas l?air d?un homme qui claque les portes. Il l?a pourtant fait. Depuis qu?il est entré en politique, en 1991, Mukhesswur Choonee est toujours resté discret, peu disposé à jouer de la même verve que ses collègues politiciens. S?il n?avait pas fait l?objet d?allégations dans le scandale des terres, en janvier 2003, l?ex-ministre Choonee, au sourire éternel, ne serait peut-être pas sorti de l?ombre.
C?est d?ailleurs le 23 janvier 2003, que la vie de celui qui était alors ministre du Logement et des Terres bascule. Il est arrêté par l?Independent Commission against Corruption. Le ministre est accusé provisoirement de corruption pour l?octroi d?un terrain à bail à la compagnie East Holidays Development.
Les charges sont par la suite rayées en août 2003, le magistrat estimant que l?Icac ne peut enquêter dans cette affaire vu que les faits datent d?avant la création de l?organisme. Il fera une fois de plus la une des journaux pour une deuxième arrestation, en novembre 2003, quand la police prend le relais de l?affaire. Il est accusé provisoirement d?avoir comploté avec le courtier, Habeeb Soobhany, pour vendre frauduleusement les terres de l?Etat à Palmar.
A cette époque, quand le scandale éclate, nombreux sont ceux qui disent ne pouvoir comprendre comment l?inoffensif Choonee a pu faire partie d?une telle ?combine?. Certains évoquent même sa "naïveté". En mai 2004, la cour déclare un non-lieu en sa faveur. Il clame alors avec force une innocence qu?il a toujours revendiquée.
La promesse que lui fait Sir Anerood Jugnauth est tenue : il retrouve un poste ministériel. Il est alors affecté aux Administrations régionales. D?où l?évocation ?d?ingratitude?, évoquée hier par plusieurs membres du MSM au moment de sa démission. Mais l?homme a d?autres motivations : ?J?ai écouté ce que mon c?ur m?a dit.? La pression des autres démissionnaires de même qu?un avenir politique meilleur ont fait pencher la balance.
Il fait une entrée exceptionnelle sous la bannière du MSM en politique en 1991 en faisant tomber un politicien de longue date Harish Boodhoo à Mahébourg-Plaine-Magnien. Il est élu aux côtés d?Ivan Collendaveloo. Mookhesswur Choonee occupe alors le ministère des Arts et de la Culture.
A Flacq-Bon Accueil, ce dernier mord la poussière en 1995. Il change de circonscription pour les élections de septembre 2000 et se fait élire à Montagne-Blanche-Grande-Rivière-Sud-Est. En quittant le MSM, hier, il promet de ?revenir en force?. Et pourtant, la ?force? n?a pas toujours été un de ses atouts ?
Publicité
Publicité
Les plus récents