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Scepticisme dans les capitales arabes

21 janvier 2005, 20:00

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A tort ou à raison, les dirigeants arabes ont été longtemps convaincus ?ou ont voulu se convaincre ? qu?un président américain réélu leur prêterait une oreille plus attentive que lors de son premier mandat. Dans la mesure où, pensaient-ils, il ne peut briguer un troisième mandat, il n?aurait plus à tenir fondamentalement compte d?une partie de l?électorat, singulièrement les groupes de pression juifs aux Etats-Unis.

En 1992, plus que jamais auparavant, ils avaient souhaité ?en vain ?la réélection de George Bush père, auquel ils savaient gré d?avoir conduit la guerre de libération du Koweït et, surtout, d?avoir mis sur les rails le premier processus de paix israélo-arabe digne de ce nom. Car, jusqu?alors, leur premier souci était l?interminable conflit avec Israël, source de déstabilisation régionale et nationale. Bien qu?ils soient, si l?on peut dire, davantage prorépublicains que favorables aux démocrates américains, ces mêmes dirigeants avaient été agréablement surpris par l?engagement personnel de Bill Clinton dans la recherche d?un règlement définitif au conflit israélo-palestinien.

La réélection, en novembre 2004, de George Bush les laisse sceptiques. A cause à la fois de la situation en Irak, de la trop grande proximité, à leurs yeux, du président américain avec le premier ministre israélien, Ariel Sharon, et du projet américain de démocratisation de la région prévu par l?initiative de «Grand Moyen-Orient». Ce projet est perçu comme une ingérence porteuse de risques de déstabilisation de régimes dont une bonne partie étaient, jusqu?à tout récemment encore, considérés comme amis de l?Occident.

Cette initiative semble, il est vrai, avoir été mise en sommeil par Washington, mais les plaies irakienne et israélo-palestinienne restent vives. Certes, écrivait récemment Abdel Wahab Badrakhane, éditorialiste du quotidien saoudien Al-Hayat, Colin Powell, secrétaire d?Etat sortant américain, avoue son «inquiétude» pour l?après-échéance électorale du 30 janvier en Irak, mais le même Colin Powell aura quitté ses fonctions à cette date. Bien sûr, ajoute l?éditorialiste, l?administration américaine veut voir dans l?accession de Mahmoud Abbas à la présidence de l?Autorité palestinienne une «chance» pour la reprise du processus de paix israélo-palestinien. Comme si, ironise-t-il, Israël et les Etats-Unis ne portaient pas une grande part de responsabilité dans la dégradation de la situation en Palestine.

Si, au niveau populaire, la politique régionale de l?administration Bush a dressé contre les Etats-Unis une écrasante majorité d?Arabes sans distinction de nationalité, les positions varient, au niveau officiel, selon les pays.

Quelques exemples : le Koweït, le Qatar et le royaume de Bahreïn filent une idylle avec Bush et accueillent sur leur territoire l?essentiel des forces militaires américaines dans la région, hors Irak. La Syrie et son pupille, le gouvernement libanais, sont à couteau tiré avec Washington. L?Egypte, pour l?instant, se contente de faire profil bas. L?Arabie saoudite semble avoir réussi à mettre un peu d?huile dans les rouages de ses relations, très endommagées, avec Washington depuis les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, dont quinze des dix-neuf auteurs étaient saoudiens. Les Palestiniens attendent, sceptiques, que soit traduite en actes la promesse américaine de contribuer activement à la recherche d?une paix avec Israël.

Mouna NAÏM

@ Le Monde News Service-Distribué par The New York Times Syndicate

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