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Même pas libres de circuler dans nos îles
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Même pas libres de circuler dans nos îles
L’anecdote est lâchée par le ministre des Relations extérieures et de la Coopération de l’Union des Comores, Mohamed El-Amine Souef : “Il arrive parfois que certains de nos conseillers ne puissent pas assister à des séminaires de la COI parce que l’ambassade de France ne leur accorde pas de visa. Même quand la réunion a lieu à Maurice, il leur arrive d’être bloqués parce qu’ils n’ont pas de visa pour les quelques heures qu’ils passeront en transit à la Réunion”. Cet exemple suffirait à lui seul à résumer la crise profonde de cette Commission de l’océan Indien née il y a plus de vingt ans de la volonté de quelques pères fondateurs qui voulaient rapprocher les populations des différentes îles de la région : Madagascar, les Comores, Maurice, Seychelles et la Réunion.
A l’ouverture du 21e Conseil des ministres de la COI, le thème de “la crise” n’était pas à l’ordre du jour, un peu comme si on voulait préserver l’institution des critiques. Mais il apparaît dans les discours des uns et des autres que la COI n’a toujours pas réussi à se faire apprécier des populations concernées. Certes, on marque bien les thons pour éviter la surpêche. Certes, les stations météorologiques des différents pays communiquent entre elles. Certes, nos savants réfléchissent entre eux à la protection des coraux. Il n’empêche que les échanges commerciaux entre nos îles demeurent quantité négligeable par rapport aux flux commerciaux avec l’Europe, les Etats-Unis, l’Asie ou l’Afrique du Sud.
Comme a osé le demander Mohamed El-Amine Souef dans son discours de passage de présidence entre les Comores et la France : “Comment parler de développement des affaires ou du tourisme si la libre circulation n’est pas une réalité.”
“La COI doit savoir se surpasser pour dépasser ce que la presse a appelé, peut-être à tort, la vingtaine sclérosée”, a encore dit le ministre comorien. Or, en matière de politique de délivrance des visas, du seul ressort de la France, l’heure n’est visiblement pas à l’ouverture. “Je ne peux que faire une réponse classique à cette question de libre circulation des personnes, relevait dimanche, à la rupture de séance, le ministre de la Coopération, Xavier Darcos. La Réunion étant hors de l’espace Schengen, elle a son système propre en matière de délivrance de visa.
Située dans un environnement où les candidats à l’immigration sont très nombreux, il est légitime d’être vigilants. L’exemple de Mayotte, où près du quart de la population est clandestin, illustre bien cette réalité. La libre circulation des personnes est un principe honorable mais la réalité nous oblige à être vigilants. Il ne faut pas que les gens qui circulent soient des personnes en situation irrégulière.”
“M. Sarkozy n’est plus au gouvernement”
L’entourage du ministre précise d’ailleurs, en ce qui concerne les Comores, que la Commission mixte franco-comorienne vient de conduire une expertise sur la question et que des décisions sont attendues lors de la prochaine réunion en février à Paris. Il est fortement question d’assouplir les formalités de délivrance de visa. Mohamed El-Amine Souef confirme d’ailleurs que depuis six mois, la relance de la coopération française aux Comores, qui tournait “au ralenti depuis dix ans”, lui apporte toute satisfaction.
Mais les déclarations du président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, qui propose d’établir des “quotas d’immigration” ne sont pas là pour rassurer les voisins de la Réunion. “On ne peut pas travailler avec un pays qui ferme ses frontières, insiste le représentant des Comores. L’établissement de quotas va à l’encontre de la libre circulation des personnes et peut être considéré comme une offense aux droits de l’Homme, donc à l’un des actes fondateurs de la Constitution de la France. D’ailleurs, le ministre de Villepin s’est dit opposé à cette proposition.”
Xavier Darcos prend lui aussi le contre-pied de Nicolas Sarkozy : “M. Sarkozy n’est plus au gouvernement, il s’exprime comme chef de parti dont le rôle est d’être un laboratoire d’idées. La théorie des quotas en est une mais ce n’est, en tout cas, pas la théorie du gouvernement.” Il fut beaucoup question lundi de “lisibilité” des actions de la COI qui cherche à se rapprocher des populations des îles par des actions plus concrètes. Ceux qui font la promotion des échanges entre les îles sont en quête d’une autre lisibilité, celle de la politique des visas accordés par l’administration française. De par ses équipements et ses “ressources de savoir”, la Réunion se trouve de fait au coeur de la plupart des actions de la COI. Encore faut-il pouvoir y venir.
<B>Franck CELLIER, </B>
Le Quotidien de La Réunion</I>
PROJETS COMMUNS
<B>Les nouvelles orientations “stratégiques”</B>
■ Les ministres de la Comission de l’océan Indien ont adopté dimanche dernier les nouvelles orientations stratégiques de l’organisation régionale. Quatre axes ont été définis : la coopération politique et diplomatique, la coopération économique et commerciale, le développement régional durable et le renforcement de l’identité culturelle régionale. 85 millions d’euros permettront de financer une vingtaine de programmes actifs en 2005 et 2006. Outre les projets en cours (coopération météorologique, marquage des thons, protection des coraux et l’éducation à la gestion de l’environnement), quatre nouveaux programmes ont été adoptés : le développement d’une autoroute maritime pour le transport des hydrocarbures,la lutte contre le sida, la gestion durable des ressources marines et côtières et la création d’un réseau d’airs marines protégées.
Par ailleurs, Madagascar accueillera les 18 et 19 mars prochains le sommet des chefs d’Etats et de gouvernement. Le thème retenu est “La valorisation de notre patrimoine commun et le renforcement de notre Solidarité pour un développement durable”.
<B>La hausse du fret entraînera des coûts plus élevés</B>
A compter du 1er février 2005, faire venir un conteneur à la Réunion coûtera 300 euros de plus (10 euros par mètre cube), soit une hausse d’environ 15 %. Les armateurs justifient cette décision par l’augmentation de leurs coûts d’exploitation et par la situation du marché de l’affrètement. Si les industriels de l’Adir (Association des industriels de la Réunion) devraient limiter la casse grâce à un accord passé avec l’armateur Maersk (compagnie danoise) la grande distribution se prépare déjà à augmenter ses tarifs. Les petits importateurs seront encore plus touchés et leurs clients avec eux.
Les armateurs desservant la Réunion au départ de l’Europe ont déjà prévenu leur clientèle. Si la hausse du cours du pétrole a joué un rôle non négligeable dans cette décision d’augmenter les tarifs, la véritable origine tient en 5 lettres : CHINE. Depuis deux ans, le pays asiatique connaît une croissance remarquable et consomme comme jamais. L’organisation d’événements planétaires, comme les Jeux Olympiques à Pékin en 2008 et l’Exposition universelle, fait que la Chine a notamment besoin de matières premières qu’elle importe par bateaux entiers. Conséquence : il ne reste quasiment plus de navires disponibles sur le marché (et chacun sait que ce qui est rare est cher).
La pénurie de minerai de fer, matière première permettant de produire de l’acier, a elle entraîné une envolée des cours de ce dernier (jusqu’à 70 % de hausse !). Et comme l’acier entre pour une proportion importante dans la fabrication des conteneurs, ces derniers ont vu leur prix (neuf) quasiment doubler. La grande distribution ne sera pas épargnée. Dans le cas de la Mediterranean Shipping Company (MSC) comme dans celui de la conférence maritime, la hausse des prix décidée dans le sens métropole-Réunion est la même : 300 euros par conteneur EVP (équivalent vingt pieds, une contenance de 28 mètres cubes pour 18,5 tonnes), soit environ 15 % de plus que précédemment.
Prix majorés pour maintenir les marges
L’an passé, le fret conteneurs avait déjà augmenté de 200 euros. Toujours à cause de la surchauffe en Chine. Dans le sens Réunion-métropolole, c’est-à-dire à l’export, la hausse au 1er février 2005 n’est “que” de 200 euros (ou 250 dollars pour les entreprises qui travaillent avec la monnaie américaine aujourd’hui bien plus faible que l’euro).
La grande distribution,qui importe le plus de conteneurs à la Réunion, ne devrait pas échapper (malgré ses volumes) à cette hausse du fret. “En 2004, nous avons déjà subi une première hausse de 8 % puis une seconde de 7 % liée à l’augmentation du pétrole”, relate Isabelle Bogdan, chargée de communication chez Vindémia (magasins Score et Jumbo Score). “Pour 2005, nous nous attendons au même type de hausse, à savoir 15 %. Jusqu’à présent, nous avons réussi à absorber ces augmentations. Mais sur certains produits, le coût du fret va devenir plus important que celui de la marchandise. Et nous serons donc obligés de répercuter ces hausses au niveau de notre clientèle afin de maintenir nos marges”. En clair : les prix vont augmenter dans le courant de l’année. Et ce dans toutes les chaînes de magasins de l’île.
Les petits importateurs, qui ne font venir que quelques conteneurs par an, doivent eux aussi s’attendre à passer à la caisse. Et avec eux leurs clients puisque compte tenu des faibles volumes , il leur sera bien évidemment impossible de ne pas répercuter la hausse du fret à l’autre bout de la chaîne. Reste le cas des industrie les membres de l’Adir. Ils estiment que les hausses de tarifs pratiqueés par les armateurs cette année ne correspondent pas à la réalité du marché d’autant que le dollar a considérablement baissé par rapport à l’euro.
La conférence maritime et MSC ne leur proposant aucun traitement de faveur, ils sont allés négocier en groupe avec Maersk, compagnie danoise qui ne dessert la Réunion que depuis1998. Pour les industriels, tout n’est pas réglé pour autant. D’abord, par ce qu’il faudra que les belles intentions de Maersk soient suivies dans les faits. Ensuite, parce que même limitée, la hausse n’en sera pas moins importante. Avec peut-être des répercussions au niveau du tarif client. Enfin, parce qu’au-delà du trafic conteneurs, les importateurs ont été confrontés à la hausse importante du coût de location des vraquiers . C’est le cas pour l’Urcoopa (une cooperative d’aliments pour animaux) qui fait venir de cette façon des céréales entrant dans la fabrication d’aliments pour animaux .
A l’export, la hausse des prix décidée par les armateurs est peut-être plus problématique. “Les 200 euros de plus représentent une augmentation de prés de 25 % pour un conteneur désormais à 900 euros”, révèle Philippe Leleu , responsable de la logistique chez Quartier Français , qui exporte principalement du sucre. “Le problème , c’est que Maersk ne nous a jamais fait de cotation à l’export.” Conséquence : impossible, même pour les adhérents de l’Adir, d’échapper à la hausse . “Pour nous, dans le contexte de la baisse du sucre sur le marché européen et de pressions de Bruxelles, ces 200 euros de hausse sont problématiques”, confie Philippe Leleu.
Chaque année, la filière canne réunionnaise exporte 3 500 conteneurs de sucre. Et aimerait bien qu’une nouvelle compagnie fasse de l’export depuis la Réunion afin de faire baisser les tarifs. A en croire Gérald Legoff, la crise actuelle prendra fin en 2006 ou en 2007 : “il y a actuellement des bateaux en construction et cela va gonfler l’offre. En fin, la Chine ne pourra pas continuer comme ça à absorber toutes les matières premières. Ses réserves ne lui permettront pas de tenir longtemps.” L’année prochaine marquera t-elle une détente mondiale, et donc une baisse du coût du fret à la Réunion ? C’est bien évidemment le souhait de tous les acteurs locaux, impuissants une fois de plus devant une situation qui les frappe de plein fouet.
<B>Cédric BOULLAND </B>
<I>Le Quotidien de la Réunion</I>
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