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Pour Karen et les autres?
Elle s?appelle Karen et a 17 ans. Mais elle aurait pu tout aussi bien se prénommer Fadia, Ahmoy, Suchita ou Géraldine. Et être de sexe masculin. C?est une enfant de la République de Maurice. Elle n?est toutefois pas tout à fait comme les autres car elle est trisomique. Il s?agit d?un trouble chromosomique retardant le développement mental. Ce n?est pas la faute à Karen. Ce n?est la faute à personne. Seulement à pas de chance.
Au début, Karen ne se savait pas différente des autres. Ce sont ces derniers ? des esprits malveillants ? qui n?ont pas manqué de le lui faire remarquer, que ce soit en la traitant de ?mongole?, raccourci péjoratif de mongolienne, de retardée ou en évitant de la regarder ou de la toucher, à croire qu?elle est une pestiférée. Pour se donner bonne conscience, beaucoup de ceux-là donnent de l?argent aux associations s?activant à rendre ces enfants autonomes. La pionnière en la matière est l?Association de parents d?enfants inadaptés de l?île Maurice (Apeim), où Karen est scolarisée.
Ces mesquineries importaient peu à Karen puisqu?elle se savait aimée de ses parents et de ses enseignants à l?Apeim. Or, depuis lundi, la vie a pour elle perdu la moitié de son charme : son école et sept autres de l?association sont fermées en raison de difficultés financières. Karen ignore quand elle pourra y retourner et cela lui fend le c?ur.
Elle réalise aujourd?hui qu?il n?y pas qu?aux yeux de la société qu?elle est différente. Elle l?est aussi aux yeux de l?Etat qui ne rechigne pas, depuis maintenant 28 ans, à payer la scolarité des enfants non handicapés mais qui hésite à augmenter les subventions versées aux associations oeuvrant pour son autonomie et celle de ses semblables.
Et la différence de traitement est de taille ! Selon des responsables de collèges, la moyenne des allocations versées par l?Etat aux écoles secondaires est d?environ Rs 12 000 par an par enfant fréquentant un collège privé non payant et au moins le double annuellement par enfant fréquentant une école publique.
En 2004-2005, le budget des associations engagées dans l?éducation spécialisée est de?Rs 4 millions. Pour l?Apeim, cela représente Rs 6 600 par an par enfant et seuls 182 sont concernés. Cet argent est versé jusqu?à ce que l?enfant handicapé mental ait 15 ans alors que l?enfant non handicapé est subventionné jusqu?à la fin de sa scolarité !
L?Etat pourrait arguer que, passé cet âge, l?adolescent handicapé mental perçoit une allocation d?invalidité du ministère de la Sécurité sociale équivalant à Rs 1 900. C?est un fait. Mais pour être qualifié, il doit être examiné par un comité et les critères pour son éligibilité demeurent opaques ! Ensuite, dans bien des cas ? si ce n?est la majorité d?entre eux ? ces enfants handicapés mentaux sont issus de familles modestes. Obliger ces parents à injecter cet argent dans la scolarité de leur enfant handicapé mental, c?est fort probablement priver toute la famille de commodités de base.
Un des arguments gouvernementaux avancé depuis la fermeture des écoles de l?Apeim est qu?il est celui qui a fait le plus pour l?enfant handicapé. Nous n?en disconvenons pas. Mais là n?est pas le fond du débat. La vraie question est : comment peut-on demander à la société d?accepter pleinement un enfant handicapé mental alors que l?Etat lui-même le traite différemment d?un enfant non handicapé ?
L?argument des restrictions budgétaires ne tient également pas. Si l?Etat peut dépenser Rs 150 millions pour l?organisation d?une conférence internationale ou Rs 420 millions pour subventionner le riz et la farine, ne peut-il trouver huit malheureux millions de roupies supplémentaires pour le budget de l?éducation spécialisée ? Somme qui ne représenterait que 0,15 % du colossal budget de l?Education, qui se monte pour l?exercice courant à Rs 6 000 millions de roupies !
On dit souvent qu?une démocratie se juge à sa capacité de traiter comme il se doit ses citoyens les plus vulnérables. En poursuivant dans la voie du statu quo, l?Etat donne l?image d?une démocratie du plus fort qui est toujours la meilleure. L?Histoire saura s?en souvenir?
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