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“Nous avons tous les atouts pour devenir un ‘knowledge hub’ régional”

19 janvier 2005, 00:00

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•<B>Quelles sont les grandes réformes que vous avez menées depuis que vous êtes ministre de la Formation ? </B>

Depuis notre installation au pouvoir en 2000, nous avons accordé une attention spéciale à la formation. Le ministère que je dirige a dû revoir plusieurs choses qui se faisaient dans ce domaine dans le passé. Il y a d’abord l’Industrial and Vocational Training Board (IVTB). Cette institution a joué un rôle très important depuis sa création. Mais nous avons trouvé qu’il était grand temps de revoir sa structure, son fonctionnement et les cours qu’elle dispense. Nous avons créé un nouvel encadrement à la formation. L’IVTB était jusque-là l’organisme à qui incombait le rôle de régulateur, de facilitateur et de prestataire de services de formation. Il en découlait une situation de conflits d’intérêt qu’il importait de résoudre au plus vite. J’ai séparé les rôles et institué d’autres organismes avec pour chacune des fonctions spécifiques.

Nous avons mis en place la Mauritius Qualification Authority (MQA) qui est le régulateur. Il y a aussi eu la création d’une autre agence très importante, en l’occurrence le Human Resources Development Council (HRDC) dont le rôle est de déterminer les besoins en formation et de conseiller sur les types de cours à dispenser. L’IVTB est devenu un fournisseur de formation comme n’importe quel autre centre de formation privé.

•<B> Plus d’un avancent que la MQA n’est pas entièrement opérationnelle pour remplir sa tâche convenablement…</B>

Certes, l’agence fait face en ce moment à un manque de ressources pour mener à bien ses fonctions. On devra pouvoir résoudre ce problème avec les prochains recrutements. Mais elle abat déjà un gros travail avec les moyens dont elle dispose.

La MQA est un instrument très important dans la réussite de notre politique de formation. Elle est le régulateur, et en tant que tel, elle se doit de veiller à la réglementation des centres de formation privés et de s’assurer que la qualité des cours dispensés et l’infrastructure physique répondent aux normes requises. La MQA est aussi responsable de l’accréditation des diplômes qui sont émis et du contenu des cours proposés.

Il y a justement tout un désordre au niveau des cours dispensés à gauche et à droite. Que compte faire votre ministère pour remédier au problème de reconnaissance des diplô-mes émis ? </B>

Une des priorités de la MQA est la mise en place du National Qualification Framework (NQF), qui sera la structure destinée à évaluer le niveau des diplômes et à déterminer leur équivalence par rapport aux qualifications établies. Il y a effectivement une grande nécessité de mettre de l’ordre dans le système de qualifications. Des diplômes sont obtenus en six mois et d’autres sont décrochés au terme de deux années d’études. Les niveaux ne sont naturellement pas les mêmes dans les deux cas.

Le NQF mettra en place une grille comprenant dix niveaux, du Certificate of Primary Education au doctorat. Cette échelle desservira les besoins de reconnaissance et d’équivalence des certificats octroyés par les différentes institutions locales et internationales. Dans le monde du travail, l’employeur sera plus à même d’évaluer les compétences des personnes qu’il recrute.

Nous n’avons rien inventé ici. Nous nous sommes inspiré des modèles existant en Angleterre et en Australie avant d’instituer le NQF à Maurice. Par ailleurs, nous sommes aussi tenus, aux termes du protocole de la Southern African Development Community (SADC) à avoir un cadre de qualifications en place. Nous pouvons à partir de là envisager un encadrement régional pour la reconnaissance des diplômes. Cela permettra de faciliter le mouvement de la main-d’œuvre entre les différents pays de la SADC.

•<B>L’apprentissage sur le tas sera-t-il reconnu dans ce nouveau système?</B>

Il le sera certainement. La MQA compte bien reconnaître comme il se doit la notion de prior learning, soit les compétences acquises sur le tas. Ce concept a été adopté en France, en Angleterre et en Australie. Ce projet prendra un peu de temps avant qu’il ne puisse se concrétiser à Maurice, mais nous sommes bien déterminés à tenir en ligne de compte les expériences professionnelles acquises par une personne sur son lieu de travail.

Le principe s’appliquera dans les différents corps de métiers. Ainsi, le maçon ayant exercé pendant dix ans sera évalué et ses compétences trouveront une équivalence sur l’échelle du NQF.

La reconnaissance formelle du prior learning permettra à une personne d’entrer dans le cycle pré professionnel ou même dans le cycle tertiaire dépendant du niveau de connaissances acquises.

•<B>Une des faiblesses de notre économie est que la formation ne répond pas forcément aux besoins de l’industrie. Que compte faire le ministère pour produire les cadres dont l’économie a besoin ? </B>

Le ministère veille pour qu’il y ait plus d’industry-based training pour chaque secteur de l’économie. Notre approche est de ne pas imposer des qualifications, mais de faire appel aux gens de l’industrie pour qu’ils contribuent au contenu de certains cours de formation technique. Nous avons tenté l’expérience avec l’IVTB en particulier avec l’Ecole hôtelière, l’Ecole de Fashion & Design et la School of IT. Nous voulons qu’une personne puisse effectivement mettre les connaissances qu’elle aura acquises au service de son entreprise.

C’est dans ce contexte que l’IVTB a dû revoir son fonctionnement et les cours qu’il dispense. L’institution met aujourd’hui plus d’accent sur les activités de la technologie de l’information, de l’hôtellerie et du tourisme et du textile, en particulier dans le domaine du design. Parallèlement, elle continue à proposer des cours dans les activités de plomberie et de l’électricité à un autre niveau.

Le HRDC aura un rôle extrêmement important pour déterminer dans quel secteur on aura besoin de personnes formées. Il va entreprendre des études sur le terrain pour identifier et évaluer les besoins.

Certains centres de formation sont accusés de plusieurs maux dont l’abus du système de “grant” pour la formation et une mauvaise qualité des cours dispensés. Que faites-vous pour empêcher de telles dérives ? </B>

J’ai donné des instructions strictes aux membres du conseil d’administration de la MQA pour qu’ils agissent avec fermeté à l’encontre des contrevenants. Concernant des soupçons portant sur l’abus du système de grant, nous avons référé deux cas à la police. Mais peu importe la formule qu’on mettra en place, il y aura toujours des malins qui trouveront des lacunes à exploiter. Nous veillons à ce que ces risques soient minimisés au maximum. J’ai demandé au HRDC de faire un audit exhaustif des différents déboursements effectués sous le système de “grant” existant et de relever des cas suspects s’il y en a. Je vous donne l’assurance que les cas douteux seront tous référés à la police pour enquête.

La MQA assure, avec les ressources à sa disposition, que les équipements, l’infrastructure, le niveau et le contenu des cours ainsi que le personnel enseignant des centres de formation respectent les standards requis.

•<B> Qu’est-ce que le programme de formation des chômeurs a donné jusqu’ici ? </B>

Nous avons démarré, il y a quatre ans, un programme de formation pour ceux qui ont complété le Higher School Certificate. Quelque 3 000 jeunes ont pu suivre des cours de base en informatique et en business process outsourcing. Ils seront mieux armés pour affronter le monde du travail.

Nous faisons tout pour attirer des chômeurs moins qualifiés dans des cours de formation en hôtellerie, plomberie ou menuiserie.

Nous avons aussi un programme de recyclage professionnel pour les licenciés de la zone franche et ceux de l’activité de l’extraction du sable. On leur propose des cours de formation en hôtellerie, entre autres. Mais il faut se dire que la réaction des licenciés à cette nouvelle politique est assez mitigée. Très peu parmi eux seraient vraiment disposés à prendre avantage de ces facilités.

<B> Où en êtes-vous avec le projet de faire de Maurice un “knowledge hub” pour la région ? </B>

Je dois vous dire que plusieurs initiatives vont déjà dans ce sens. Vous n’avez qu’à voir le nombre d’universités et de business schools étrangères qui viennent installer des antennes à Maurice en partenariat avec des promoteurs locaux.

Mon collègue, Steven Obeegadoo, le ministre de l’Education est responsable de ce dossier. Le plan n’est pas encore prêt à 100 %. Nous avons toutefois tous les atouts pour devenir un knowledge hub régional et attirer les étudiants africains et leur offrir une éducation tertiaire privée de grande qualité.

•<B> Vous avez aussi la responsabilité politique d’un secteur aussi névralgique que les communications extérieures. Que répondez-vous aux critiques selon lesquelles les services portuaires ne sont pas efficients ? </B>

Le secteur portuaire a connu beaucoup de progrès ces dernières années. Mais ce qui nous inquiète le plus c’est le service clientèle qui risque de souffrir en raison d’une mauvaise planification dans le port. Des navires attendaient quatre à cinq jours avant de pouvoir débarquer leurs marchandises. Cet état des choses les décourageait de venir à Port-Louis parce qu’ils perdaient de l’argent.

Nous avons pu réduire ce temps d’attente à quatre à cinq heures seulement avec l’introduction d’un nouveau système, le Window Berthing Scheme. Cette technologie permet de mieux prévoir l’arrivée des navires à Port-Louis, donc une meilleure planification du trafic portuaire.

Le port fait aussi face à un manque d’équipements. Nous comptons augmenter les capacités de stockage des conteneurs. Des procédures pour l’achat de deux nouveaux portiques seront bientôt entamées par le Central Tender Board. Ces équipements pourront être opérationnels vers juin 2006.

Les autorités portuaires entreprennent aussi des travaux d’approfondissement et d’élargissement des postes de mouillage pour permettre aux plus gros navires de desservir le pays.

•<B>Dans quelle mesure le récent “Airport Transportation Master Plan” viendra-t-il aider à l’élaboration d’une nouvelle politique aérienne ? </B>

Ce plan directeur fait une analyse des différents moyens que nous pouvons adopter pour faire une politique d’accès aérien en prenant en considération, entre autres, notre politique touristique. La tendance mondiale est d’aller vers une open sky policy. Nous serons obligés tôt ou tard d’ouvrir notre ciel dans le contexte de la globalisation.

Mais nous procédons par étape. En accordant les droits de la cinquième liberté à l’Inde et à l’Australie nous avons fait un grand pas en avant. Il faut maintenant que ces dispositions puissent être exploitées commercialement. Les autorités indiennes ont demandé l’ouverture des discussions à ce sujet au niveau bilatéral.

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