Publicité

La fin des années 1970

29 décembre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Après la frénésie de la civilisation de consommation et la remise en cause des révoltes estudiantines des années 1960, le monde aspire à un nouvel équilibre. Il n?en sera rien. La guerre au Viêt-nam prouve aux Etats-Unis que les gendarmes du monde, qu?ils prétendent être, sont impuissants face à une volonté populaire, incarnée par l?oncle vénéré Ho Chi Minh. Le shah d?Iran se révèle le pire des canassons face à une montée irrésistible de l?intégrisme islamique, incarné par l?intraitable ayatollah Khomeiny. Les années 1970 voient le premier choc pétrolier et une hausse de 1 200 % des prix du carburant à la pompe.

L?île Maurice connaît l?Etat d?urgence (de 1971 à 1976), deux coalitions PTr-PMSD (1971-73 et 1977-1982), une richesse exceptionnelle pendant le boom sucrier de 1973-76, la dévaluation de 30 % de la roupie du 24 octobre 1979. Le MMM acquiert, en décembre 1976, une certaine légitimité électoraliste. Une nouvelle génération de politiciens fait son apparition dont il ne reste en activité que Paul Bérenger, Sylvio Michel, Madun Dulloo, Ramesh Jeewoolall, Prem Koonjoo, Kailash Purryag, James Burty David, Sheila Bappoo, Serge Clair. Comme partout ailleurs, il y a ici la part du rêve et celle des promesses, des déceptions, des regrets.

L?on parle des années 1970 comme la décennie des occasions gâchées car un irrésistible désir de réformes et de changement est contrecarré, anéanti, par une résistance aveugle à toute réforme, à tout désir de changement. La moyenne d?âge au Parlement est de 35 à 40 ans (encore plus jeune dans les conseils municipaux) mais la vieille garde n?a pas dit son dernier mot. L?octogénaire Seewoosagur Ramgoolam mate toujours Harish Boodhoo et Paul Bérenger.

Les années 1970 voient un début d?embourgeoisement des classes ouvrières. Les gratifications du boom sucrier, le paiement des Cost of Living Allowance et plus tard l?arrivée de Mammouth-Courts et la démocratisation de la vente à crédit, permettent aux familles moins aisées d?accéder aux appareils électroménagers. Le piéton pense acheter un vélomoteur et le bricoleur un véhicule d?occasion, baptisé Katiak Charly.

Il n?y a que le gouvernement ramgoolamien qui ne change pas. Il conserve ses lourdeurs administratives, ses préjugés anti-capitalistes, ses favoritismes, ses différentes formes de corruption et de laisser-aller. La classe politique de tous bords marche résolument vers un centralisme forcené. Le gouvernement responsable devient centralisateur. A tout problème, le leader du parti a sa solution, la seule acceptable même si elle est insensée. Nos partis politiques ressemblent de plus en plus à nos entreprises économiques familiales autocrates. Fils à papa du secteur privé et fils à papa politiques : mêmes combats, mêmes priorités : ?Pas laisse pouvoir zappe dans ou la main, mo garçon !? Délégation de pouvoirs ? Connais pas ! Pas mette razoir dans la main zaco !

A la violence de l?Etat, souhaitée par la droite économique, répond une violence des rues, capable de paralyser l?économie nationale. C?était compter, heureusement, sans les alliances contre-nature en politique. Les choses s?atténueront d?elles-mêmes quand chacun couchera avec les autres. Car plus ça change et plus c?est pareil.

Henri Souchon esquisse la religion des années 1980. Maurice n?est plus une île. Elle devient perméable aux grands courants fondamentalistes. La religion revient à la mode avec ses Khomeiny, ses Moon, ses Teresa, ses Jean Paul. Le Mauricien demeure croyant et religieux par nature. Naissance, mariage et mort ne peuvent se passer du rite religieux. Les musulmans s?unissent et partagent les mêmes mosquées. Pétrodollar oblige, le courant arabe risque de l?emporter sur le courant indien. Intégristes et progressistes s?affronteront dans un esprit de dialogue. Le catholicisme perd sa position privilégiée. Il s?appauvrit car la masse chrétienne devient la plus pauvre et perméable aux sectes. Le malaise créole ne saurait tarder. Grande sera alors la tentation d?enfermer la chrétienté dans la seule défense du Ti-Créole. Adieu alors au? catholicisme synonyme d?universalisme et d?esprit missionnaire. L?hindouisme demeure empêtré en ses castes et en ses langues. Son esprit de tolérance et de dialogue le sauve. Les jeunes hindous respecteront-ils encore longtemps un ritualisme qu?ils peinent parfois à comprendre ?

L?avenir des religions dépendra de leur capacité d?apporter des messages signifiants aux jeunes en quête d?idéalisme.

Publicité