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Une littérature passéiste
En attendant que le début de l?an 2004 annonce les nouvelles perspectives de l?écriture romanesque mauricienne, sur les rayons de nos librairies étaient déjà bien étalés et connus du grand public La Parole testament d?Umar Timol, le Blue Bay Palace de Nathacha Appanah-Mouriquand, La Vie de Joséphin le fou et Le long désir d?Ananda Devi. Benjamin Moutou venait de lancer sa Rivière Noire, 400 ans d?histoire.
Il a fallu attendre le mois de février, lorsque Lilian Berthelot lance son deuxième roman, Le Désamour, pour que la création littéraire signale qu?elle reprend son élan. Symbole du renouement avec l?art, ce roman de Berthelot fixe, par son contenu au va-et-vient entre deux époques où le présent corrige le passé, le rendez-vous avec un ton particulier de la littérature mauricienne à venir : l?écriture romanesque sera passéiste en quête d?explications, peut-être pour mieux affronter l?avenir.
La Mare aux songes de Lucien Maujean, roman social paru presque en même temps que Le Désamour, confirme cette tendance en se contentant de situer l?action dans une île Maurice des années 5O. Le dernier roman mauricien d?expression française à paraître au courant de cette année-ci, Quand les mots deviennent des signes d?Elizabeth Delisse-Staub, poursuit ce besoin de remonter le temps pour mieux éclairer le présent : une mère cherche à comprendre le départ de son fils à travers l?évocation des différentes étapes de la vie, allant jusqu?à la naissance de ce dernier.
Les écrivains francophones ne sont pas les seuls à être gagnés par le virus du passé. Dans la catégorie de littérature mauricienne d?expression anglaise, deux nouveaux écrivains affichent une même tendance. Tandis que Chaya Parmessur, dans son premier roman, The Fire Giver, donne à son personnage la capacité de se propulser dans le temps à travers les mémoires de ses arrière-grand-mères, Luckeenarainsing Bucktowor, peu enclin au modernisme, affiche, dans Some stories of mauritian life, une certaine nostalgie d?une époque qui se meurt lentement.
Dans la catégorie de littérature enfantine, Jane Lagesse sort un conte pour enfant, Le plus vieux Dodo du monde, en version française et anglaise. Pour ressusciter le dodo, elle s?inspire d?un fait historique qui remonte à 1628. Dans la catégorie d?essai, Le conflit désarmé de L?abbé Philippe Goupille revient sur les faits qui remontent à partir de 1963, pour éclaircir les relations conflictuelles entre l?Eglise et l?Etat.
De son côté, mêlant le style romanesque à la recherche généalogique, Marcelle Lagesse ressuscite des hommes et femmes qui sont arrivés à Maurice il y deux siècles de cela, dans son récit historique Un peu de magie peut-être?
Enfin, la tendance à un retour au passé trouve son aboutissement dans cet ouvrage collectif qui porte bien son nom : Nostalgies ? un recueil d?histoires d?antan, présenté par le Senior Citizen Council, dans lequel une vingtaine d?auteurs mauriciens évoquent leurs souvenirs d?un temps revolu.
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