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L?autoroute de la croissance

26 décembre 2004, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les premières lumières apparaissent. La voie d?accès arrive à sa fin. Une dernière accélération, et Maurice se retrouvera finalement sur l?autoroute de l?information. Même si, quatre ans après la pose des premiers jalons, l?industrie des technologies de l?information et de la communication (Tic) n?est pas encore devenue le cinquième pilier économique, comme le désire l?État. Elle en prend toutefois lentement mais sûrement le chemin.

Cette année a certes été fertile en événements, mais dans les Tic, mieux vaut planifier l?avenir que de constater les progrès accomplis. Demain sera un nouveau jour. L?année prochaine se dessine déjà, avec ses occasions à saisir à bras le corps, ses défis à relever sans complexes et ses nouvelles technologies qui changeront la manière de vivre de tous.

Alors que le gouvernement s?attaque à une année électorale, les Tic se verront propulsées? sur les caisses de savon. Aux dernières législatives, l?alliance au pouvoir avait promis de transformer Maurice en cyberîle. L?objectif n?est pas encore atteint, mais les Tic ressemblent enfin à une industrie, même si elle en est à ses balbutiements. L?entrée en activité de la cybertour, au cours du premier trimestre 2004, a dynamisé le secteur. Et moins d?un an après son lancement, elle est remplie à plus de 80 %.

■ De nouveaux segments à potential

Si, il y a trois ans, le triangle d?Ébène n?était qu?un vaste champ de cannes, aujourd?hui, la cybertour domine le paysage. En 2005, un deuxième bâtiment intelligent sortira des anciennes terres d?Illovo. Il sera probablement suivi d?un troisième en 2006. Quant

au Business Park de Rose-Belle, il est déjà en chantier. Au niveau des infrastructures, le secteur des Tic connaît en outre une certaine ébullition. Et les entreprises semblent également suivre le rythme.

Ainsi, environ 70 sociétés, avec une prédominance d?investisseurs francophones, travaillent dans le Business Process Outsourcing (BPO). Presque la moitié d?entre elles est engagée dans les opérations de back-office. Les centres d?appels et le développement de logiciels constituent également un créneau important, alors que le multimédia, le développement de logiciels, le disaster-recovery, ainsi que la conception et la maintenance de pages Web, émergent comme de nouveaux segments à potentiel.

Alors que Maurice chasse ce qu?elle peut sur le marché international, il va de soi qu?elle ne peut pas concurrencer les grands du secteur, notamment l?Inde et le Maroc. Les entreprises mauriciennes réalisent également qu?elles n?auront pas de centres d?appels aussi grands que ceux de Bangalore.

Non seulement la main-d??uvre n?existe pas sur notre sol, mais elle est également plus chère qu?en Asie. Il est néanmoins essentiel de se frayer un passage dans ce nouveau monde, et une fois de plus, Maurice aura à miser sur sa créativité en s?inventant des créneaux porteurs.

Question main-d??uvre, 2 500 personnes sont employés dans les Tic, mais le chiffre aurait pu être doublé si Maurice disposait d?un personnel formé. Les limites du pool local de compétences retiennent l?accélération du secteur, et il est grand temps d?ouvrir davantage les vannes de l?importation d?employés qualifiés.

■ L?absence d?une politique cohérente

Et si le secteur des Tic n?en est qu?à ses balbutiements, les signes sont toutefois prometteurs. Selon Gartner Inc, l?Inde, qui occupe jusqu?ici 70 % du marché du BPO, verrait ses parts chuter à 55 % en 2007. Hormis Maurice, plusieurs pays tels que le Ghana, l?Afrique du Sud, les Philippines, l?Australie, la Nouvelle-Zélande et la Chine convoitent ce marché très lucratif. Selon une étude IDC, le BPO générera un chiffre d?affaires de Rs 20 475 milliards en 2008.

Jusqu?ici, le développement des Tic s?est effectué sans véritable synchronisation. En effet, les organismes d?État sont partis à la chasse aux investisseurs sans stratégie précise en tête. Par exemple, la première cybertour a été remplie, mais force est de constater qu?une bonne partie des locataires n?utiliseront pas tout le potentiel qu?offre ce bâtiment hors-pair. L?ab-sence d?une politique cohérente sur les Tic se fait sentir depuis quatre ans, mais le gouvernement devrait lancer un plan stratégique en 2005 avec l?apport du programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

Conscient que les centres d?appels sont souvent considérés comme les nouveaux sweat shops dans plusieurs pays du monde, l?État tentera de régulariser ce secteur au cours des prochains mois. Une loi cadre est en préparation, mais le gouvernement sait fort bien que les Tic constituent un secteur sensible. Certaines grosses pointures du segment BPO affirment déjà qu?elles chercheront ailleurs si leurs coûts de production continuent à grimper, ou si la nouvelle loi est trop exigeante.

Si ces nouvelles technologies commencent à se faire une place au soleil, tout n?est pourtant pas rose. Le gros problème des opérateurs demeure le prix de la connectivité. La grande majorité utilise le câble sous-marin South Africa-Far East (Safe) car la fibre optique permet une communication ultra-rapide et plus sûre que les traditionnelles liaisons satellite.

Si la connectivité est excellente, les prix ne sont toutefois pas au goût des opérateurs. Mauritius Telecom marque un point quand elle soutient que les entreprises connaissaient les prix avant de s?installer dans ce créneau, et qu?elles veulent tout simplement baisser leurs coûts d?opération en forçant une baisse de tarifs.

Le gouvernement se targue d?avoir fait baisser les coûts. Ainsi, le prix d?une ligne de deux Megabits par seconde (2 Mbps) est passé à Rs 336 890 ($ 11 800) mensuellement. Fantastique. Sauf qu?à la Réunion, qui utilise le Safe, une liaison d?une capacité similaire vers la France ne coûte que Rs 114 420 (3 000 euros) par mois. Maurice veut, en fait, suivre l?exemple de l?Inde qui a mis fin a l?exclusivité de VSNL sur le Safe.

Si le gouvernement décide d?aller de l?avant, la lutte avec MT risque d?être dure. L?opérateur national de télécommunications a en effet investi un milliard de roupies dans ce câble. En tant que l?un des initiateurs du projet, il est membre du consortium de 40 opérateurs qui gère le câble. MT détient également une exclusivité de cinq ans sur l?accès au Safe. Aucun opérateur ne peut donc acheter de la capacité sur le câble sans l?autorisation préalable de l?opérateur national. Et comme MT veut rentabiliser son investissement, l?équation est claire.

■ Un déballage d?innovations

Si l?État, qui est majoritaire au conseil d?administration de MT, arrive à forcer l?opérateur à abandonner son exclusivité, la donne pourrait changer. Les entreprises pourraient ainsi se regrouper en consortium pour acheter de la capacité sur le câble. Il n?existe aucune garantie qu?elles auront de meilleurs prix que ceux proposés actuellement par MT, mais la concurrence devrait assainir la situation.

Et sauf imprévu, les Tic se démocratiseront l?année prochaine. La connectivité coûtera moins cher. L?Internet en dial-up est déjà offert à partir de 20 sous la minute. En 2005, cette technologie sera dépassée par une vulgarisation de l?Asymetric Digital Subscriber Line (ADSL). En cette fin d?année, il faut savoir que l?Internet rapide coûte un minimum de Rs 1 500 par mois. L?entrée de Clickpost sur ce marché au début du mois a changé la donne. Ainsi, un accès de 512 Kilobits par seconde (Kbps) est offert à Rs 1 900 mais, attachez déjà vos ceintures, le prix de l?Internet sans limite de vitesse plongera davantage durant le prochain semestre.

En outre, un vent de changement soufflera avec l?introduction de l?accès 1Mbps. Cette offre obligera les fournisseurs à réduire le prix du 128 Kbps. Toutefois, c?est l?introduction de la télévision par ADSL qui devrait « casser la baraque ». Initialement prévu pour Infotech, le lancement a été repoussé au mois de février. Les observateurs s?attendent à un prix spectaculaire qui pourrait également servir d?argument électoral.

La chute de tarif devrait aussi permettre à Broadband Mauritius de décoller. Et il n?y a pas que l?ADSL. L?an prochain, Network Plus dévoilera son réseau Internet à haut débit sans fil. Port-Louis et Réduit seront les premières régions à être arrosées dès février. Le reste suivra. Dans le même souffle, les réseaux Wire-less Fidelity (Wi-Fi) seront installés dans le pays. D?ailleurs, les endroits stratégiques de Port-Louis et les principaux hôtels du pays ont déjà leurs hotspots.

L?arrivée de la troisième génération de téléphonie mobile est également venue bouleverser les choses. Le 3 G est apparu plus vite que prévu à Maurice grâce à Emtel, ce qui implique que l?utilisation d?un téléphone pour faire un appel et envoyer des sms sera bientôt révolue.

Il sera alors possible d?effectuer des appels vidéo, de surfer sur Internet et de regarder des vidéoclips sur son portable. Toutefois, le service n?est pas donné car l?appareil 3G le moins cher coûte? Rs 19 000. Mais les prix devraient chuter avec l?expansion de cette technologie à travers le monde.

Ainsi, le lancement du 3G par Cellplus et l?arrivée de Mahanagar Telephone Nigam Limited (MTNL) en 2005 devraient rendre le marché du cellulaire plus compétitif. Cette nouvelle technologie a le pouvoir de changer les habitudes des Mauriciens. Le jour viendra où on n?entendra plus les irritants « kot toi ? », car les abonnés pourront se voir grâce aux videocalls.

Avec ce déballage impressionnant d?innovations, l?Information and Commu-nication Technologies Authority (Icta) aura du pain sur la planche. Le régulateur devra oublier ses chamailleries pour se concentrer sur des affaires pressantes. Ainsi, la régularisation du Wi-Fi en est une. Un meilleur contrôle sur le 3G en est une autre.

Au cours des derniers mois, le régulateur a été sous les feux des projecteurs pour les mauvaises raisons. Le départ mouvementé d?Ashok Radhakeessoon de la présidence a levé le voile sur les relations incestueuses qui existent entre l?État et l?Icta. Ce qui a confirmé les doutes des opérateurs sur l?indépendance du régulateur. Certes, l?Icta est financé par l?État, mais ses décisions devraient être indépendantes de celles du gouvernement et des opérateurs. Ce qui n?est certainement pas le cas actuellement, bloquant ainsi les prises de décision.

■ Attention à la lenteur ou au manque d?attention

La libéralisation des télécommunications est toutefois une réalité. Elle est déjà visible avec la féroce concurrence entre opérateurs de téléphonie internationale. La fourniture d?accès Internet entrera dans la même logique avec la poussée de l?ADSL au cours des prochains mois. Mauritius Telecom, l?opérateur historique n?est guère amusé.

Ses parts de marché ne cessent de crouler, et si la tendance se poursuit, il pourrait terminer son année financière avec des profits nettement plus bas que d?habitude.

Stimulé par la libéralisation et la concurrence, le nouveau paysage des télécommunications devrait offrir une bonne plate-forme pour la transformation de Maurice en cyberîle. Or, le grand public n?arrive toujours pas à s?immerger dans le concept. La cybertour reste une très grande vitrine, mais elle n?a pas touché l?âme du Mauricien moyen.

Le Computer Proficiency Programme du National Productivity and Competitiveness Council (NPCC) a donné une formation de base en informatique à plus de 30 000 personnes. L?État offrira, quant à lui, une pléiade de services en ligne à partir de 2005. Tout est fait pour stimuler l?utilisation, mais il reste un énorme effort à faire au niveau de l?accès. L?ordinateur n?est toujours pas devenu aussi populaire qu?une télé dans les maisons mauriciennes, et l?Internet reste un luxe pour beaucoup. Ce qui rend ridicule l?imposition de la taxe à valeur ajoutée de 15 % sur Internet et sur tout matériel informatique.

La technologie n?est pas qu?une affaire d?écrans et de claviers. Son expansion touche déjà tous les secteurs, mais il faudra mettre les bouchées doubles pour garder le rythme. Rapidité, flexibilité et fluidité sont les mots magiques de l?autoroute de l?information. L?année 2005 verra Maurice se positionner sur cette voie ultra-rapide menant à une nouvelle ère qui promet croissance et développement. Attention toutefois à toute lenteur ou au manque d?attention. Cette autoroute ne pardonne pas. Et les canards boiteux sont envoyés sans pitié dans les bas- fonds.

La technologie n?est pas qu?une affaire d?écrans et de claviers. Son expansion touche déjà tous les secteurs, mais il faudra mettre les bouchées doubles pour garder le rythme.

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