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Man?uvres d?échauffement
Durant la majeure partie de l?année, l?opinion a cru percevoir un chassé-croisé de démarches, toutes ayant pour but de recomposer le paysage. Il était le plus souvent question d?un rapprochement entre le Parti travailliste (PTr) et le Mouvement socialiste militant (MSM), bien qu?une alliance du PTr avec le Mouvement militant mauricien (MMM) fût également à l?agenda de certains caciques au sein des deux partis. En fin de compte, nous sommes retournés à la case départ. Le statu quo est maintenu en ce qui concerne les combinaisons électorales.
À l?origine des premiers soupçons sur les tractations PTr-MSM, une position concordante des deux partis sur la direction de l?Icac. Sir Anerood Jugnauth et Navin Ramgoolam étaient favorables au maintien des trois commissaires actuels tandis que Paul Bérenger souhaitait que l?Appointments Committee discute d?un éventuel changement. Que l?ancien leader du MSM et le leader de l?opposition partagent le même point de vue est inhabituel. Cette entente était d?autant plus intrigante que sir Anerood et Paul Bérenger étaient en désaccord sur plusieurs autres questions, dont la réforme électorale.
Sir Anerood Jugnauth pouvait avoir de bonnes raisons alors de vouloir pousser son fils Pravind dans les bras des travaillistes. Au lendemain de la sévère défaite du candidat MSM à la partielle de Rivière-du-Rempart, il était légitime de penser que l?alliance MSM-MMM ne ferait pas le poids aux prochaines élections. Le patriarche aurait un moment craint pour l?avenir de son fils et envisagé pour lui d?autres voies plutôt que de lier son sort à celui du MMM.
Les motivations du PTr, échaudé par l?expérience de septembre 2000, peuvent être tout aussi compréhensibles. Navin Ramgoolam est un politicien adepte du principe du risque zéro. Il ne rejettera pas d?emblée une option qui lui garantit une élection « facile », telle qu?une alliance entre le PTr et le MSM. Par la seule logique de l?arithmétique électorale, cette alliance s?imposerait facilement face à un MMM esseulé.
■ Des ponts entre les deux parties
Personne ne sait si un coup était effectivement préparé dans les coulisses par sir Anerood. Peut-être après tout n?était-ce que l?expression d?une volonté de l?ancien leader d?influencer une fois encore le cours des événements. Mais c?est bien Pravind Jugnauth qui tient désormais ? et solidement ? les rênes de son parti, et il l?a démontré. À chaque fois que l?occasion s?est présentée, il ne s?est pas privé pour se démarquer des positionnements de son père qui, manifestement, n?a plus d?influence au MSM. Sa répartie faite au parlement selon laquelle Navin Ramgoolam rencontrerait plus souvent son père que lui-même, restera dans les annales.
Quant à un éventuel rapprochement entre le PTr et le MMM, il serait de l?ordre théorique, puisque rien n?indique que les deux états-majors se soient engagés dans des discussions. Des intermédiaires de rang inférieur ont entrepris pendant longtemps d?ériger des ponts entre les deux partis mais en vain.
Une alliance entre les deux principaux partis nationaux aurait certainement constitué une formule gagnante. Cependant, elle est difficilement réalisable dans la mesure où elle implique la cohabitation de deux personnes ayant occupé le poste de chef de gouvernement. Paul Bérenger, le Premier ministre sortant, ne pourra accepter d?être le second de Navin Ramgoolam et vice-versa. Il y a une incompatibilité de fait entre les deux. Paul Bérenger, à sa dernière conférence de presse, et Navin Ramgoolam, à des récents meetings, ne laissent aucun doute sur cette question. Du reste, le leader du PTr aurait perdu toute cohérence s?il avait fini par conclure un arrangement avec le MMM. Car il a constamment pris Paul Bérenger pour cible, dans ses discours publics.
Du coup, le leader du Ptr a esquissé le thème de sa campagne électorale à venir. Celle-ci s?articulera autour du combat contre le « grand capital », un euphémisme qui cache tant bien que mal le sujet autour duquel il espère mobiliser les siens. La même subtilité se retrouve, par exemple, dans son message à l?occasion de la fête du Travail. Il salue d?abord la détermination des anciens tribuns du PTr à « se lancer dans un combat contre la domination coloniale et l?oligarchie » avant de préciser : « C?est le même esprit qui nous anime aujourd?hui ». Tantôt il affirme que « le débat n?est pas communal mais de classe sociale », tantôt il lance : « Sa mem mo dir ou donn mwa lokazion kas zot lerin? fer zot kone ki mazorite ki diriz sa pei la? ». Son argutie devient d?autant plus confuse quand il explique que « majorité » ne veut dire forcément « majorité communale » !
Face à la combativité de l?opposition, le Premier ministre a choisi, le plus souvent, des rencontres avec la presse pour défendre l?action gouvernementale. Sa communication n?est pas très réussie. Elle n?a pas eu pour effet de rassurer la frange de la population la plus touchée par les hausses de prix. Ignorant les données de l?environnement international sur lesquelles reposaient souvent les arguments du gouvernement, l?électorat est resté préoccupé par la baisse de son pouvoir d?achat et les pertes d?emplois dans la zone franche. Les choses se sont un peu tassées durant la deuxième partie de l?année, mais l?incompréhension, voire la colère, atteignait des sommets au début.
Les douloureuses augmentations ont fragilisé le gouvernement mais cela aurait pu être pire si, en outre, les relations entre les partenaires sociaux s?étaient dégradées. Cela a failli être le cas au moment de l?adoption du Mauritius Revenue Authority Bill. Les syndicats de la fonction publique avaient réussi un fort battage médiatique et provoqué un climat politique délétère. La fébrilité qui régnait au plus fort de la tension laissait craindre une dégénération rapide vers une grève générale dans la fonction publique. Sans le rôle joué par Navin Ramgoolam pour régler la crise, il y a peu de choses que Paul Bérenger aurait pu faire pour sortir de l?impasse. La posture du leader de l?opposition, motivée, explique-t-il, par l?intérêt supérieur de l?État, est curieuse dans cette affaire. La stratégie de Navin Ramgoolam ne procéderait-elle pas, en vérité, d?un calcul visant à ne pas donner des ailes aux syndicats alors qu?il sent l?alternance très proche ?
À l?exception de ce problème, aucun conflit social majeur n?a marqué l?année. Ce calme relatif s?explique par le fait qu?aucune réforme fondamentale n?a été engagée contrairement aux premières années du mandat de l?alliance MSM-MMM. Il y a bien eu le premier accroc fait à l?État-providence classique à travers l?abolition de la pension universelle et la notion de ciblage pour aider les plus démunis. Mais en dépit du cafouillage administratif dans l?application de la mesure, le concept semble avoir été bien accepté. L?audace du ministre des Finances s?est révélée payante.
■ Aucun notable derrière les barreaux
Autre motif de satisfaction : la fin de la guerre des langues qui a passionné les Mauriciens pendant des décennies. Non seulement, une formule a été trouvée à la satisfaction de tous pour la prise en compte des langues orientales au CPE, mais l?État a fait un grand pas vers la reconnaissance officielle du créole avec la grafi-larmoni. Quand Paul Bérenger classe la revalorisation des langues orientales parmi les plus grands « achievements » de sa carrière, il n?exagère pas.
En revanche, il n?y a aucun espoir à l?horizon tant pour la réforme électorale que pour le concept de l?égalité des chances. Les principaux partis politiques se prononcent régulièrement en faveur de l?introduction de la proportionnelle et d?une loi pour l?égalité des chances, mais leurs discours restent de pieuses intentions. La lutte contre la corruption, non plus, n?a pas beaucoup évolué. La perception d?impunité des notables continue à exister. Aucun d?entre eux n?a encore été envoyé derrière les barreaux, sauf un repenti dans l?affaire Air Mauritius. Les scandales, qui éclatent ça et là, semblent être dans une large mesure des querelles politiciennes qui n?ont pas de suite judiciaire. L?Icac, comme l?ancien Economic Crime Office, ne parvient pas à obtenir des résultats concrets, en dépit des moyens impressionnants dont elle dispose.
Deux causes auxquelles l?opinion est sensible, la revalorisation de la femme et l?écologie, ont été mieux servies que la lutte contre la corruption. Le Premier ministre s?est offert le luxe de prendre à contre-pied son entourage immédiat en nommant une deuxième femme ministre. Il a été politiquement habile en nommant une députée du MSM, mais a surtout défendu avec opiniâtreté la place des femmes dans les instances de décision.
Au bout du compte, l?année 2004 n?aura pas été d?un cru hors du commun. L?an prochain, le climat politique sera émaillé par une campagne électorale qui s?annonce virulente. Mais il est peu probable que 2005 constituera un jalon important dans notre cheminement.
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