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“I, Robot”
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Un robot ne doit pas faire de mal à un être humain, ou par inaction, laisser faire de mal à un être humain.
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Un robot doit obéir aux ordres donnés par un être humain, excepté dans les cas où de tels ordres seraient en contradiction avec la première loi.
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Un robot se doit de protéger sa propre existence, aussi longtemps que cette protection n’est pas en contradiction avec les deux premières lois.
<I>Isaac Asimov : I,Robot </I>
La vision du futur que nous propose I, Robot, le film d’Alex Proyas, est bien loin de celle de Blade Runner, le film de science-fiction de Ridley Scott, situé dans le Los Angeles de l’an 2019. Le Chicago que nous voyons au début de I, Robot, a tout d’une mégapole high-tech, avec de beaux immeubles futuristes, des voitures propres et silencieuses et des rues où règnent la loi et l’ordre. Rarement, ces trente dernières années, le cinéma aura été aussi optimiste.
Chicago, en l’an 2035, est un endroit où il fait bon vivre, même si le lac Michigan est asséché et que les gens s’habillent toujours comme en l’an 2004. La ville compte autant de robots que d’êtres humains et ce sont ces machines qui exécutent toutes les tâches ingrates, réservées jadis aux minorités ethniques. Avec ceci d’avantageux : les robots, eux, sont efficaces à 100 %, ne réclament jamais de salaire, ne manifestent pas pour la reconnaissance de leurs droits civiques, etc. Et surtout, ces machines sont entièrement dévouées aux êtres humains, les lois de la robotique (citées plus haut) étant incluses dans leur programmation.
“Un robot dans chaque foyer”, c’est le slogan de la compagnie USR qui fabrique ces robots et qui commence déjà à les remplacer par une autre génération de robots encore plus perfectionnés. Ce qui fait le bonheur de tout le monde, excepté celui de l’inspecteur Del Spooner – Will Smith, de la police de Chicago. Ce dernier voue une haine obsessionnelle aux robots, exactement à la manière dont les gens étaient racistes en l’an 2004. C’est donc un robot, Sonny – Alan Tudyk, qu’il arrête en tant que suspect no.1, lorsqu’il est envoyé pour enquêter sur la mort du docteur Lanning – James Cromwell, père de la nouvelle génération de robots chez USR.
Contrairement à ses congénères, même ceux de la dernière génération, Sonny est un robot “humanisé.” C’est-à-dire qu’il peut ressentir des émotions et qu’il peut crier son innocence. Pourtant, le détective persiste, malgré l’évidence des lois de la robotique, malgré les railleries de ses collègues et les réprimandes de son supérieur. Malgré aussi les heurts avec Susan Calvin – Bridget Monyham, la “psychologue” des robots.
Will Smith fait cavalier seul</B>
C’est la première fois que l’on voit Will Smith faisant cavalier seul dans un film, c’est aussi la première fois qu’on le voit jouant dans un registre qu’on pourrait qualifier de sombre par rapport à ses autres prestations. Même si çà et là, des manifestations de ses personnages précédents, plus décontractés, viennent faire intrusion dans son personnage de flic dur, obsédé dans sa quête d’une vérité qu’on lui dissimule et poussé par une rage secrète. Ce type de personnage n’est pas nouveau et d’autres avant (Clint Eastwood, Gene Hackman, pour ne citer qu’eux) l’ont fait en mieux, mais celui que joue Will Smith est, somme toute, assez réussi.
On regrettera juste que le scénario n’ait pas donné une part plus active dans l’enquête policière, à Bridget Monyham. Pas pour une intrigue amoureuse que ce film fait bien d’éviter, mais pour l’élément de la “psychologie des robots” qui aurait enrichi l’intrigue. Ce qui aurait donné un film policier futuriste, avec une enquête autour d’un suspect qui se trouve être un robot. La question de la culpabilité d’un robot, c’est-à-dire d’une machine, sur le plan strictement juridique est évoquée à un moment dans le film, cela soulève d’autres questions sur d’autres plans aussi. Et, on pourrait croire que de telles questions auraient été au centre, sinon la raison même d’une adaptation d’un roman d’Isaac Asimov.
“Les histoires de robot d’Asimov sont des petits puzzles intellectuels”, explique le scénariste Jeff Vintar. “Dans chacune des histoires de I, Robot, il expose un problème qui va défier les trois lois de la robotique. (…). Je pense que c’est ce qui fascine les lecteurs de ces récits depuis des décennies: il vous propose à chaque fois un nouveau défi, et vous en donne ensuite la résolution.”
Sont évoquées dans ce film (soit de manière directe par les personnages, soit à travers ce personnage de robot humanisé) des questions sur ce qui fait un être humain : les choix moraux, la notion qui voudrait que la personnalité soit un dysfonctionnement de nos multiples “programmes informatiques”, le concept des “ghost in the shell”, etc. On devine que ces questions sont au cœur du roman; explorées dans ce film, nous aurions été en présence d’un “blockbuster” hors norme.
<B>Un thriller réussi</B>
Or, voilà justement que ce scénariste qui semble avoir lu, compris et apprécié Isaac Asimov, prend la décision de l’écarter du devant de la scène au profit de Will Smith. Ce dernier est un gros dur, il porte des baskets de l’an 2004 et il a une grand-mère adorable. Will Smith en a gros sur la patate (pour une raison pas vraiment justifiable, à mon humble avis). Will Smith déroule les ficelles du complot et sauve le monde, etc.
Car, complot, il y a. I, Robot est un thriller high-tech et, à la différence du film avec enquête policière, les éléments qui mettent le policier sur la voie de la vérité n’ont pas besoin d’être justifiés. C’est, du moins, ce que la corporation des scénaristes de ce genre de thrillers semble avoir décrété, et celui de I, Robot s’est donc cru obligé de s’y conformer. En plus, il semble mal connaître ses classiques : Will Smith est aiguillé sur la voie du complot en étant inspiré par l’histoire de Hansel & Gretel qui laissent des morceaux de pain derrière eux pour retrouver leur chemin dans la forêt.
L’ennui, façon de parler, c’est que le thriller est réussi. Il y a les décors et accessoires qui sont bien réalisés. Les robots ont étés conçus de façon à avoir ce qu’il faut de mécanique et d’humain dans des proportions équilibrées. Leurs mouvements, surtout en groupe, ont été étudiés dans les moindres détails. Il y a surtout dans ce film, de vrais moments de bravoure, avec du suspense, comme l’attaque d’un “robot destructeur” et puis, une poursuite en voiture qui sera peut-être un moment d’anthologie. Sans compter la séquence montrant les robots de la nouvelle génération attaquant ceux de l’ancienne, ou celle les montrant prenant un immeuble d’assaut.
De telles séquences valent certainement le déplacement, plus le prix du ticket. D’ailleurs, le film lui-même est loin d’être mauvais. C’est juste qu’on regrette que ses auteurs aient choisi la voie de la facilité, optant pour la satisfaction immédiate des grandes foules plutôt que pour un film qui aurait fait date.
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