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Pinochet inculpé pour le plan Condor

19 décembre 2004, 00:00

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Le juge Juan Guzman estime que l?ancien dictateur, âgé de 89 ans, est mentalement apte à faire face à un procès. Il est accusé d?un assassinat et de neuf enlèvements dans le cadre de l?opération conjointe des dictatures sud-américaines.

Le juge Juan Guzman a ordonné, à Santiago du Chili, la mise en résidence surveillée et l?inculpation d?Augusto Pinochet pour un homicide et neuf enlèvements dans le cadre du plan Condor, l?opération conjointe des dictatures sud-américaines pour éliminer leurs opposants dans les années 1970 et 1980. La détention domiciliaire a été suspendue par un recours de ses avocats.

Le juge Guzman a estimé que le caudillo, âgé de 89 ans, dispose de ses facultés mentales pour affronter un procès. En juillet 2002, l?ancien homme fort du Chili avait échappé à un premier jugement pour violations des droits de l?homme, en raison de son état de santé. La Cour suprême avait estimé qu?il était inapte à se défendre pour cause de « démence légère ».

En août 2004, la Cour suprême a accepté de lever l?immunité du général Pinochet dans le cadre de l?enquête sur le plan Condor, qui fait l?objet d?enquêtes en Argentine et en Espagne. L?opération Condor avait été menée dans plusieurs pays sud-américains : Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Uruguay et Paraguay.

La décision du juge Juan Guzman a été accueillie avec satisfaction par les familles de victimes de la dictature et par les défenseurs des droits de l?homme, qui ont toujours soutenu que le général Pinochet était en bonne forme pour son âge. L?ex-dictateur peut faire appel pour tenter d?obtenir la révocation de la résolution du magistrat l?inculpant et le déclarant mentalement apte à affronter un procès.

Pour prendre sa décision, le juge s?est fondé sur les interventions publiques de M. Pinochet. « On y note qu?il s?exprime avec logique, cohérence, défendant son point de vue et distinguant parfaitement entre le bien et le mal, le principal et l?accessoire », a précisé M. Guzman, 65 ans, ancien étudiant à la Sorbonne et fils d?un écrivain. Après avoir étudié les rapports médicaux et interrogé personnellement le général, le magistrat a également pu constater que, malgré « une grande détérioration physique », le vieux caudillo « comprend bien toutes les questions et y répond de façon adéquate ».

Un symbole de la dictature vient d?être détruit

Celui qui gouverna le Chili d?une main de fer pendant dix-sept ans et fut pendant vingt-cinq ans le commandant de l?armée, fait l?objet d?autres enquêtes judiciaires pour les exactions d?un régime qui fit 3 000 morts et disparus. La publication, fin novembre, du rapport sur le recours systématique à la torture par la dictature militaire a eu un effet boule de neige. La cour d?appel de Santiago a levé l?immunité de l?ancien dictateur dans l?enquête sur l?assassinat du général Carlos Prats, ex-commandant de l?armée chilienne, dans un attentat à la voiture piégée à Buenos Aires (1974). Cette décision doit être ratifiée par la Cour suprême.

Quelques semaines après avoir admis la responsabilité de l?armée dans les crimes de la dictature, le général Juan Emilio Cheyre, le commandant de l?armée, a exhorté les militaires à collaborer avec les tribunaux. Il a annoncé la mise en chantier d?un code de conduite pour les militaires.

Au centre de Santiago, un symbole de la dictature vient d?être détruit : la « flamme de la liberté », plantée face au palais présidentiel de la Moneda. Cette flamme restait allumée jour et nuit depuis le 11 septembre 1975, lorsque le général Pinochet l?avait inaugurée deux ans après son coup d?état, pour célébrer la libération du Chili d?un « régime communiste ». Dès le retour de la démocratie, les familles de victimes de la dictature se mobilisèrent pour que le monument soit détruit. Il y a un an, le gouvernement du président socialiste Ricardo Lagos avait coupé les crédits d?entretien de la flamme.

2 004 Le Monde ? Christine LEGRAND Distribué par The New York Times Syndicate

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