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« La grande distribution est dans une période assez difficile »

19 décembre 2004, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Comment se comportent les consommateurs en cette fin d?année ? </B>

Je crois qu?on fera un bon score. Ce sera comme l?année dernière. Les affaires se feront pendant la dernière quinzaine de décembre. Cela s?explique par le fait que Maurice est l?un des rares pays à prescrire le paiement d?un 13e mois de salaire. Les Mauriciens, par tradition, ne lésinent donc pas sur les moyens pour bien fêter.

<B>Certaines études parlent d?érosion du pouvoir d?achat et de baisse de moral. Ne les ressentez-vous pas ? </B>

Nous ressentons effectivement cette baisse. Les consommateurs achètent le plus souvent des produits de base. La compétitivité des articles importés est remise en question, surtout en ce mo-ment, à cause de l?appréciation de l?euro et du rand sud-africain. Et puis il y aussi des droits de douanes élevés. Par exemple, une petite boîte de petits pois importée de France peut coûter Rs 30. On va donc plutôt acheter une grosse boîte de ce même produit, mais fabriqué localement.

<B>Le consommateur dépense-t-il tout autant, ou a-t-il seulement changé ses habitudes ? </B>

Dans notre supermarché, les chiffres demeurent assez stables. Curepipe est un lieu très compétitif et, comme ailleurs, on constate que les gens délaissent les petites épiceries pour se tourner vers les grandes surfaces. Cela explique pourquoi nos chiffres sont stables. Cependant, il faut dire que nous ne constatons pas non plus de progression.

<B>Peut-on en déduire que la grande distribution passe par une période difficile ? </B>

Elle est en effet dans une période assez difficile. Mais nous estimons que, si tout se passe bien, en 2008, avec les baisses tarifaires dans le cadre des accords entre les pays de la Southern African Development Community (SADC), la situation s?améliorera. Aujourd?hui, il y a de très bons produits locaux, la bière par exemple. Mais il existe aussi des articles de qualité inférieure, à cause du manque de savoir-faire. On n?arrive pas à trouver sur le marché local des produits qui sont de qualité comparable aux grandes marques régionales ou internationales. Avec les baisses tarifaires de la SADC, nous aurons une invasion de bons produits d?Afrique du Sud et d?autres pays de la région.

<B>Ces baisses annonceront donc la reprise pour la grande distribution ? </B>

Certainement. Je les attends d?ailleurs avec impatience.

<B>Mais il existe aussi le mouvement « Achetez mauricien ». À quel point y êtes-vous sensible ? </B>

En tant que patriotes, nous estimons qu?il est important d?acheter des produits pays. Mais il ne faut pas non plus oublier le rapport qualité-prix.

<B>N?est-il pas difficile de vendre mauricien quand on sait que presque tous les produits fabriqués ici peuvent être importés à des prix compétitifs ? </B>

Ce n?est pas toujours le cas. Chez Sik Yuen, il y a environ 12 000 références. On ne peut pas les trouver toutes dans la région. On a, par contre, l?impression de dépendre davantage des produits asiatiques en ce moment car le facteur prix joue en leur faveur.

<B>Les supermarchés proposent toutefois les mêmes produits, avec des prix parfois similaires. Qu?est-ce qui les différencie vraiment en fin de compte ? </B>

Nous avons désormais un accord d?approvisionnement avec Intermarché qui est l?une des plus importantes centrales d?achat de France et d?Europe. Nous proposons déjà environ 500 de ses références. À partir de 2005, la marque « Intermarché » sera disponible dans tous les magasins Way, dont nous faisons partie. Le groupe Way a d?ailleurs adopté certaines valeurs d?Intermarché : les prix abordables, la proximité, des magasins à taille humaine. Grâce à ce partenariat, nous bénéficierons d?aides pour l?optimisation des points de vente, leur agencement, mais aussi pour les systèmes informatiques. C?est une plate-forme qui nous offrira ses marques de distribution et ses produits premiers prix. Grâce à cet apport, nous offrirons des promotions intéressantes. Et dans l?esprit de Way, chacun est son propre patron. De plus, notre nombre augmente notre pouvoir d?achat auprès de nos fournisseurs.

<B>Et comment les consommateurs en bénéficient-ils ? </B>

Nous achetons à moins cher. Dès le lancement de Way, nous avons fait plus de 500 promotions chez Sik Yuen. Nous obtenons de nos fournisseurs des baisses de prix, et nous égratignons des points de marge pour le groupe.

<B>Comment passe-t-on d?une entreprise familiale à un groupement de supermarchés comme « Way » ? </B>

Il n?y a pas de problème à ce niveau. En tant qu?indépendants, au sein du groupement Way, la solidarité prime. Une décision, quand elle est prise, ne pénalise personne au sein du groupe. Nous ne sommes pas une multinationale dont les hautes instances décident de ce qui va se faire dans les petites filiales. Les décisions sont prises dans un esprit collégial. Et jusqu?ici, nous n?avons eu aucun conflit.

<B>Pourtant, le regroupement n?a pas toujours réussi aux supermarchés locaux, on ne peut pas dire que l?initiative « Grandes Surfaces Réunies » (GSR) ait été un franc succès?</B>

Les deux premières années de GSR ont été extraordinaires, mais après le mouvement s?est essoufflé, principalement à cause d?une incompréhension entre les petites et les grandes surfaces. Il y a également eu un manque d?intérêt et pas mal de conflits qui ont vu le jour.

<B>Est-il facile de se faire une place au soleil sur un marché dominé par quelques grosses enseignes ? </B>

Notre but est d?obtenir des prix intéressants pour augmenter notre clientèle ainsi que nos parts de marché. Way organise en ce moment une loterie avec des lots très importants. En tant qu?indépendant isolé, personne n?aurait pu organiser quelque chose d?une telle envergure. C?est également le cas pour la communication et la publicité. Nous gagnons et nous réalisons des économies d?échelle.

<B>On s?interroge sur le développement de la grande distribution à Maurice. Va-t-on assister à la naissance de supermarchés « hard-discount » qui vendent des produits démarqués à très bas prix ? </B>

Je ne le crois pas. Cela ne va pas marcher. Le Mauricien préfère son Coca ou son Kraft, il ne va pas si facilement changer de marque. Cela peut toutefois se faire sur des produits spécifiques. Certaines marques discount et « premiers prix » sont déjà disponibles dans les supermarchés. Intermarché en a lui-même un certain nombre, avec tout de même des garanties de qualité. Nous disposerons également des produits Netto qui sont assimilables au hard discount car ils peuvent être jusqu?à 50 % moins cher.

<B>La grande distribution a-t-elle atteint un point de saturation à Maurice ? </B>

Je crois que d?autres enseignes peuvent toujours s?implanter. Way encourage ses membres à ouvrir de nouveaux supermarchés et petits magasins dans l?île. Toutefois, dans certaines régions, il va falloir attendre encore un peu car ces marchés ne sont pas encore prêts.

<B>Quelles sont les difficultés administratives qui existent dans votre domaine ? </B>

L?obtention des permis d?importation pose problème. Il y a beaucoup de bureaucratie. Lors qu?on commande une cargaison de saumon pour un hôtel par exemple, qu?on fasse venir deux saumons ou une tonne, on paie Rs 2 000 pour chaque permis d?importation. Il faudrait mettre en place des permis à l?année, cela éviterait les tracasseries administratives. Pour les permis vétérinaires, avec la vache folle et les autres maladies contagieuses, les conditions sont devenues draconiennes. Bien qu?il existe des outils de traçabilité, en France par exemple, on est forcé d?abandonner certaines commandes parce qu?on ne peut pas satisfaire des garanties aussi strictes. Un de mes partenaires en Australie m?a même expliqué que Maurice est l?un des pays où il est le plus difficile de traiter.

<B>Que ressentez-vous quand vous passez devant une « laboutik sinoi » ?</B>

À chaque fois quand je vais dans le Sud, je me fais un devoir de passer devant une boutique à Baie-du-Cap. Mon grand-père a débuté là-bas. Je deviens très nostalgique quand j?y vais. Je crois qu?avec l?évolution, le site va rester le même, mais qu?il sera peut-être transformé en une supérette à l?avenir. Mais dans l?immédiat c?est encore très typique. Et ce serait dommage que ça disparaisse d?un coup.

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