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Quand les drogués font la loi

18 décembre 2004, 00:00

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Du jamais vu. Le public est sous le choc. Et même les plus blasés des chroniqueurs de faits divers sont pris de court. Le nombre et la violence avec laquelle vols et agressions sont perpétrés en plein jour ces derniers temps sont inouïs. La liste s?allonge et on s?interroge aujourd?hui sur l?identité des auteurs. Force est de reconnaître qu?il y a un lien entre le trafic de drogue et cette forme de délinquance. Et face à cette folle escalade, la police semble peu apte à gérer la situation.

«Zot travay en ti group, ek zot finn amen enn bann zen avek zot dan sa travay ek apre zot partaz sa ki finn gagne» Ce membre de la Central Investigation Division est formel: derrière la plupart des agressions, on trouve des drogués, dont un petit nombre de récidivistes qui ont été récemment libérés. Les autorités ont du pain sur la planche en ce moment. Tous les lieux fréquentés y passent. Aux abords des marchés, dans les gares routières, à l?intérieur des toilettes publiques, dans les villages touristiques. Agissant seuls ou en bande, des individus cherchent à assouvir leur besoin quotidien de drogue. Ils sont prêts à tout pour obtenir leur dose. Souvent à quelques mètres des postes de police.

Sur les sites à risques, l?absence des forces de l?ordre se fait cruellement remarquer : presque pas de policier à la gare du Nord, à la place Victoria, au jardin de la Compagnie et aux abords des marchés et foires. Pas de képi non plus sur le petit passage qui longe l?autoroute derrière la Rogers House où bonnombre de personnes se font détrousser. Les policiers évitent ces quartiers à risques.

Ainsi, il n?est pas rare de surprendre au moins deux policiers faisant la causette des heures durant avec un gardien dans le parking souterrain du centre commercial de Rose-Hill alors même qu?ils sont supposés être en patrouille sur les points sensibles. A ces endroits «chauds», on voit rarement passer un policier. Si c?est le cas, il y est seul, dépourvu de tout moyen d?intervention sur les bandes qui rôdent. Les policiers affectés dans ces zones ne sont même pas équipés de talkies-walkies pour demander du renfort. Cela, alors que la plupart des gendarmes postés pour régler la circulation en sont équipés.

Résultat : les voleurs à la tire arrivent à détrousser les passants en plein jour avec une facilité déconcertante. Devant l?impossibilité de la police à les arrêter, les voleurs à la tire agissent avec de plus en plus d?audace et de violence, opérant presque partout. Et les victimes ne se comptent plus, alors que plusieurs ne rapportent même plus ces vols à la police. Un sentiment de fatalisme qui fait suite à des expériences traumatisantes.

Exemple, ce jeune homme de 18 ans qui s?est fait voler portable et argent dans les environs de MacDonald à Port-Louis par deux hommes armés de poignards. Le jeune homme se rend à pied au poste de police de Pope Hennessy. Il y est très mal accueilli. On lui dit sans ménagement qu?il se trompe d?adresse et que c?est au poste de police de Trou-Fanfaron qu?il doit se rapporter. Découragée, la victime rentrera tranquillement chez elle. Au passage, elle a perdu tout respect pour et toute confiance en la police. Et ils sont nombreux aujourd?hui ceux qui partagent ce sentiment face.

Deux cas nous ont été récemment relatés. Le premier concerne un homme qui se trouvait à la place Victoria. A un certain moment, il y est accosté par un homme qui lui demande dix roupies. Quand il répond qu?il n?en a pas, deux autres hommes s?approchent brandissant un cutter. Ils lui intiment alors l?ordre de « pa krie sinon nou koup twa ». Ils lui vident ensuite les poches et repartent avec son portable et tout l?argent comme si de rien n?était. Aucun uniforme de police dans les parages, ni de trace de ceux supposés y patrouiller en civil. Et aucun membre du public n?intervient.

Si aujourd?hui, plus aucune région du pays n?est sûre, il n?existe pas d?heure pour de telles agressions. Fezal Meekon en a fait l?amère expérience il y a trois jours. Quittant le bureau vers 1 heure du matin sur sa motobécane, il a la malchance de tomber en panne sur l?autoroute au niveau de la passerelle de Roche-Bois. Alors qu?il s?affaire à réparer sa moto, une voiture avec six hommes à son bord s?arrête près de lui. On lui propose alors de l?aider. Devant ces hommes d?allure louche, il refuse. La voiture repart. Mais c?est alors qu?il la voit négocier le rond-point de la localité pour revenir vers lui. Fezal arrive à remettre sa moto en marche. Il part à toute vitesse. Pas assez vite?

Les six hommes ont eu le temps d?arrêter la voiture et de traverser l?autoroute pour s?abattre sur lui. Et ils réussissent leur coup. Fezal doit abandonner sa moto et prendre ses jambes à son cou. Mais il fait une chute. Il est rejoint par les six hommes. L?un d?eux est armé d?un sabre. Sous la menace, ils obligent leur victime à vider ses poches, emportant son portable. « Li ena kart, nou amenn li la bank » dit l?un des malfrats faisant main basse sur sa carte de crédit. A cet instant pourtant, Fezal va peut-être éviter le pire. Réussissant à enjamber le garde-fou de l?autoroute, il sème ses agresseurs, qui partiront tout de même avec sa moto, abandonnant sur la quatre voies leur voiture. Une voiture apparemment volée. Cette histoire tristement commune ne s?arrêtera pas là. Un chauffeur, arrivé sur les lieux quelques minutes après, et voulant se lancer à la poursuite des agresseurs de Fezal devra abandonner. Sa voiture est en effet la cible de jets de pierre. Un style d?attaque fréquent dans les environs de l?autoroute. Fezal dort aujourd?hui à l?hôpital avec un bras fracturé. Plus de quinze heures après cette agression, aucun policier n?est venu l?interroger pour retracer ses agresseurs.

Si Fezal a été volé dans un endroit désert la nuit, Bertrand lui a été agressé presque sous le nez des policiers. Il est sorti de l?hôpital avec 14 points de suture. L?agression a lieu en fait à quelques pas du poste de police de Beau-Bassin, dans les toilettes. Deux hommes portant casque intégral font subitement irruption. Bertrand n?est pas en mesure d?identifier les visages de ses assaillants. Ils lui ouvrent le ventre à coup de cutter après l?avoir délesté de son portable. Pour arriver à leur but, les agresseurs n?ont pas hésité à rouer de coups leur victime, lui infligeant un coup de genou aux parties parce qu?elle refusait de divulguer le code de sa carte de crédit.

Cette criminalité est devenue monnaie courante dans les lieux les plus huppés. A Grand-Baie, les taximen ont de quoi raconter sur les auteurs d?agressions dont ils sont quelquefois victimes. «Bann droge fason zot koze ou fini koner zot droge». Un haut gradé de la localité nous explique qu?il n?y a pas le nombre de véhicules et d?hommes nécessaire pour répondre à la recrudescence des vols et cambriolages . «Si nous surveillons une zone, c?est ailleurs que les malfrats opèrent», dit-il.

Pour corser la situation, Grand-Baie reste un village très peu éclairé la nuit, ce qui facilite la tâche des délinquants, qui s?attaquent sans distinction aux Mauriciens comme aux touristes. Devant l?impossibilité de la police à intervenir promptement, certaines personnes, dont les taximen, envisagent de s?organiser pour se défendre. Les commerçants sont déjà passés à l?action. Sunil, propriétaire d?un bar du village, a un service de videur. «La police prend environ 40 minutes pour arriver sur les lieux. Alors nous avons eu recours à des videurs. Nous payons pour cela».

Ce sont d?ailleurs des videurs qui étaient intervenus en premier pour dégager les victimes des décombres après l?explosion de Grand-Baie. Bien avant l?arrivée de la police. Autrement dit, les citoyens commencent à assurer eux-mêmes leur sécurité, devant l?immobilisme des autorités. C?est ce qui arrive normalement quand l?Etat qui doit protection à ses citoyens échoue dans sa tâche. Or la prise en charge de la loi par les citoyens est toujours catastrophique à la longue. La police doit très vite montrer qu?elle a le savoir-faire pour combattre cette criminalité. Rien n?indique qu?elle ne pourrait pas le faire avec un plan d?ensemble, des équipements et des effectifs appropriés pour une protection civile digne de ce nom.

<I>«A Grand-Baie, les taximen ont de quoi raconter sur les auteurs d?agressions dont ils sont victimes. ?Bann droge fason zot koze ek ou fini koner zot droge?».

«La police prend environ 40 minutes pour arriver sur les lieux. Alors nous avons eu recours à des videurs. Nous payons pour cela».</I>

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