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Gaëtan Benoît, interviewe Alfred North-Coombes

16 décembre 2004, 20:00

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Gaëtan Benoît, frère de Norbert, bibliothécaire de la municipalité de Port-Louis, trouve Alfred North-Coombes trop modeste. L?évidence même. Ce Mauricien exceptionnel est pourtant l?auteur de plusieurs livres faisant référence, dont une histoire de Rodrigues, heureusement rééditée par les soins de ses enfants, Monica Maurel comprise. Cet agronome naît le 30 mai 1907 à Britannia. Il passe son enfance sur plusieurs établissements sucriers, dont Beau-Vallon, Tamarin, Le Val, Réunion. En dépit d?une scolarité aléatoire, pour dire le moins, il sera lauréat du collège d?Agriculture, cet ancêtre de l?université de Maurice. Admis à l?université de Reading, il obtient sans peine son diplôme d?agronome. Son île natale, comme le reste du monde, subit les contrecoups du krach du 24 octobre 1929. La tonne de sucre se vend alors à Rs 129 (soit à treize sous le kilo). A son retour à Maurice, il se retrouve au chômage car personne n?embauche, pas même la fonction publique pourtant en quête de diplômés et de scientifiques. Le gouvernement déduit même une taxe de 5 à 10% des salaires des fonctionnaires. On finit par lui offrir un poste de professeur au collège d?Agriculture à Rs 95 par mois. De là, il passe à la station de recherches agricoles voisine, au Réduit, avant d?être employé comme agronome à l?Agriculture.

Sa carrière d?historien commence à cette époque. Il recueille des documents concernant l?histoire de l?industrie sucrière. Il en sort un livre, publié, en 1937, à 900 exemplaires. Il reçoit les félicitations d?un spécialiste de l?histoire du sucre à travers le monde, Noël Deerr : ?Votre livre aurait-il été publié deux ans plut tôt, qu?il m?aurait épargné bien des recherches fastidieuses.? Il attrape alors le virus de Rodrigues. Il est au service de l?industrie du tabac quand on l?envoie en mission de prospection à Rodrigues. L?île l?ensorcelle. Il soumet un rapport dépassant largement ses termes de référence. Du tabac, il passe au thé et recommande, à bon escient, un quota sur les importations théières. La guerre de 1939-45 remet tout en question. Il est mobilisé et envoyé à Rodrigues. Il y reste neuf mois de plus que prévu car le seul transporteur de troupes disponibles, le Zambezia, n?est plus réparable, faute de feuilles d?acier disponible. L?envie lui prend alors d?écrire l?histoire de Rodrigues. Il se met à lire les documents officiels disponibles ainsi que la correspondance entre cette île et Maurice.

De retour à Maurice, il doit préparer, avec Octave Wiehe, l?historique de la production vivrière à Maurice pendant la guerre. Ils mettent aussi l?accent sur les failles et les causes d?échec de cette entreprise, ce qui déplaît à certains. Le gouvernement veut expurger le rapport de certaines parties compromettantes. Les auteurs refusent de signer cette version ad delphinis. Le rapport paraît sous le couvert de l?anonymat.

Sa documentation sur l?histoire des cultures agricoles augmente sans cesse et s?étend désormais aux fibres et à la pomme de terre. Il se sent d?attaque pour un travail plus ambitieux : une histoire agricole de Maurice. Des obstacles politiques ne tardent pas à contrecarrer la réalisation de son projet. Les gouverneurs successifs préfèrent sacquer les techniciens compétents plutôt que de résister comme il convient aux pressions politiques et éviter au pays des échecs aussi retentissants que celui d?une tentative de production d?huile de tournesol. Il se console comme il peut avec la rédaction de La Revue Agricole, la réorganisation du collège d?Agriculture. Sa femme et lui décident, en 1963, de suivre leurs fils, émigrés en Australie. Il se consacre alors à son histoire de Rodrigues qui est enfin prête pour la publication en 1971. En 1973, se précise son intérêt pour François Leguat. De passage à Johannesburg, il y découvre l?ouvrage de Percy Guy Adams, professeur d?anglais à l?université de Californie, intitulé Travellers and Liars. Reprenant la thèse de Geoffroy Atkinson, Adams range Leguat parmi les ?fieffés menteurs?de l?histoire. L?université Mouash d?Australie accepte sa candidature à un PhD sur la foi de son projet de réhabiliter la mémoire de Leguat. Ce sera chose faite avec la publication de son The Vindication of François Leguat. De ce dernier aux précisions à apporter aux dates de découverte des différentes îles des Mascareignes, il n?y a qu?un pas qu?Alfred North-Coombes franchit en 1979.

Laissons le rêver après Auguste Toussaint à l?aménagement d?un centre de documentation Mauritiana, regroupant tous les documents disponbiles, confié à un personnel qualifié et permanent, ouvert sept jours sur sept jusqu?à 21 heures et travaillant en liaison avec les autres îles indocéaniques.

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