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Gare aux abus des sucriers disent les syndicats

16 décembre 2004, 00:00

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Réinventer le développement rural dans le sillage de la réforme sucrière. Tel est le message du Sugar sector action group (SSAG), un collectif de syndicats du secteur sucre. Celui-ci a fait parvenir au gouvernement un document contenant ses réflexions sur la restructuration engagée au niveau de l?industrie sucrière, dans le cadre des changements à venir en Europe et sur le marché mondial du sucre.

Jack Bizlall, porte-parole du collectif, a abordé hier, dans les grandes lignes, les principaux thèmes du document lors d?une conférence de presse. Il l?a animée au siège de l?Apostolat de la mer à Port Louis. Les syndicats revendiquent un dialogue transparent avec tous les autres partenaires du monde sucrier dans les négociations à venir, touchant à la réforme de cette industrie. Il a lancé une sévère mise en garde contre l?oligarchie sucrière qui profiterait de la restructuration pour s?enrichir au détriment des autres partenaires sociaux dont les petits planteurs et les employés. ?Elle veut s?accaparer de la compensation que l?Union européenne (UE) compte payer aux pays producteurs de sucre, en contrepartie des conséquences de la réforme sucrière qu?elle a amorcée?, allègue-t-il.

Pour éviter une situation où il y aurait des gagnants et des perdants, le regroupement syndical réclame un dialogue tripartite efficace, où tous les participants jouent cartes sur table. Le secteur sucrier corporatif devrait déclarer les bénéfices qu?il tire de l?exercice de refonte. Les organisations faisant partie du SSAG ne seront pas à la table des négociations si ces conditions ne sont pas remplies.

Outre la question de la compensation, Jack Bizlall a aussi critiqué les nombreuses requêtes des sucriers dans le sillage de la réforme. Ils veulent, selon lui, la privatisation du bulk sugar terminal et l?élimination de certaines agences dont la Farmers Service Corporation. Ces demandes, si elles sont acceptées par le gouvernement, mettront les petits planteurs dans une situation financière délicate.

Plus de transparence

Le document de réflexion du collectif explore les implications de la transformation annoncée du secteur sucre, soit le passage d?une industrie du sucre à une activité de la canne à sucre. Les syndicats se disent en faveur de cette stratégie même s?ils relèvent des incohérences dans l?approche du gouvernement.

L?éthanol intéresse beaucoup les syndicats. Il faudrait, selon eux, le traiter en tant que coproduit et non pas comme un sous-produit de la canne. Le collectif suggère qu?il soit utilisé comme carburant (dans un mélange avec l?essence) par les véhicules, pour justifier l?investissement dans les nouvelles capacités de production.

En ce qui concerne la production d?électricité à partir de la bagasse, les syndicats réclament plus de transparence dans les transactions entre les producteurs concernés et le Central Electricity Board. ?Les accords conclus avec l?oligarchie sucrière sont contraires aux intérêts du pays puisqu?ils augmentent le coût de production de nos industries, provoquent l?inflation par l?augmentation continuelle des tarifs d?électricité, et ne permettent pas une utilisation optimale de la bagasse?, note le document.

Le collectif a également un plan ambitieux pour l?agriculture non-sucre. Il faut d?abord revoir la politique de distribution des terres. Les syndicats prônent un échange de terrains afin de placer les petits agriculteurs en conglomérats sur des terres fertiles.

Le collectif évoque longuement la stratégie de lobbying de Maurice auprès de l?Organisation mondiale du commerce. Il réclame la prudence : les pays du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique doivent agir indépendamment de l?UE et surtout ne pas laisser celle-ci agir en leur nom. ?Nous avons des droits à défendre, des compensations à réclamer, un nouvel accord avec l?UE à conclure?, estime-t-il. Ce nouvel accord doit élargir l?accès aux produits agricoles non-sucre sous forme de compensation.

OMC

Délai additionnel pour l?Union européenne

■ L?Organe de règlement des différends (ORD), instance de l?Organisation mondiale du commerce (OMC), a accordé un délai d?un mois à l?Union européenne (UE) pour qu?elle fasse appel contre la décision de l?OMC en faveur des gros producteurs de sucre tels que le Brésil, l?Australie et la Thaïlande.

L?accord de procédure entre UE et ces pays, en date du 1er décembre, indique que cette demande de prorogation veut tenir ?compte de la période de fin d?année? et ?ne pas gêner la procédure d?appel?. L?ORD a donné lundi son aval pour que l?UE fasse appel le 13 janvier 2005.

Le triumvirat avait obtenu gain de cause de l?OMC sur l?illégalité des subsides de l?UE au bloc ACP et à l?Inde. Cette pratique permet à Maurice ? Etat membre du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique ? d?écouler son sucre, parfois, à un prix triple que celui du marché mondial.

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