Publicité

La mégalomanie élitiste

15 décembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le phénomène n?est pas nouveau. Mais il mérite qu?on s?y arrête tant il traduit un mal profond de la société mauricienne. Il consiste à reprendre des éléments d?insatisfaction de certaines parties de la population pour en faire des thèmes de campagne. A défaut de projet de société, on nous sert les soupirs mélancoliques de ceux qui refusent d?évoluer avec le monde dans lequel ils vivent. Cela s?appelle la peur de l?inconnu. C?est dire aussi comment cette peur peut inspirer la proposition de certains. Pour les sujets les plus sensibles, nos dirigeants politiques choisissent souvent de s?aligner sur cette position. Le dernier exemple en date est l?éducation nationale. Les réformes bouleversent les données? Retournons à nos vieux systèmes. Réinstaurons l?élitisme. La justice sociale à l?école? Ce sera pour plus tard. Le clientélisme électoral ne s?embarrasse pas de ces enjeux !

On ne se précipitera pas à crier à la démagogie. Mais on ne se privera pas d?interroger le concept de l?élitisme. En théorie, toutes les sociétés possèdent leurs élites. En pratique, la vision du monde qu?expriment les élites différe d?une société à une autre. A Maurice, l?élite se résume à ce produit hybride que produit l?école. Soit un individu avec un savoir encyclopédique où le sens de l?analyse et de la critique est ramené à son expression la plus simple. Le parangon de l?élite mauricienne est un être de mémoire dont les références culturelles s?arrêtent souvent à quelques citations empruntées aux ?uvres de Molière et de Shakespeare.

Belle mécanique académique, il est bon fonctionnaire, bon technocrate et citoyen exemplaire qui sait faire croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Cette élite a rempli pleinement son rôle dans la société mauricienne agricole et industrielle. Elle représentait un modèle de réussite qui allait inspirer les jeunes générations. Toutefois à l?ère de la post modernité, c?est un modèle anachronique. L?esprit d?entrepreneuriat ? La mobilité au travail ? Le sens de l?initiative ? Il connaît pas vraiment.

Cette élite, qu?on veut reproduire, se signale par d?autres carences. Elle était composée d?êtres sociaux parfaits dans un monde qui récusait la contradiction mais tout aussi parfaitement inadaptés au nouveau monde qui, lui, n?avance qu?à travers le choc des idées. Cette élite, qu?on encense tant et qui rend certains si nostalgiques, sait à peine parler de sexualité aux jeunes. Elle est aussi douée pour sa capacité à fermer les yeux devant tout ce qui relève de la pauvreté. Le problème de toxicomanie n?existe pas pour elle aussi longtemps que l?un des siens ne succombe pas au fléau. Elle a effectivement l?art de savoir détourner la tête. Et elle a encore moins l?intelligence badine de ceux qui savent rire d?eux-mêmes.

Il faut quand même l?introniser de nouveau. Faire miroiter les belles écoles de réussite que sont les QEC et les collèges Royal. Des établissements qui sont loin de nous préparer pour cette autre école qu?est celle de la vie. Quant aux autres, ils pourront toujours évoluer dans l?antichambre de l?échec du moment qu?on ne les voie pas, du moment que le mythe perdure?

C?est une nouvelle déclinaison d?un programme électoral. Une autre manière de faire abstraction d?un véritable projet de société car elle permet de cristalliser les fantasmes et les appréhensions de certaines parties de la population. Celles qui aiment se croient intelligentes parce qu?elles savent masquer leurs insuffisances. Celles qui sauront nous tirer quelques belles formules et citations de Molière ou de Shakespeare qu?elles ont toujours sous la main, dans la poche de leurs vestons. Mais enfin, c?est tout un art de savoir briller bêtement avec des mots savants empruntés à d?autres.

Publicité