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Airbus et Boeing retiennent leur souffle

15 décembre 2004, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Boeing et Airbus se crispent en salle d?attente. Ils n?auront pas le cadeau de Noël qu?ils espéraient tant d?Air Mauritius : un contrat de Rs 15 milliards pour l?achat de deux biréacteurs. Ce n?est que partie remise car le conseil d?administration de la compagnie nationale se réunira vers la fin de janvier pour mettre fin au suspense.

La tension est palpable car un seul constructeur sera choisi. L?autre aura à repasser. La décision d?Air Mauritius était initialement prévue pour ce mois-ci, même si aucune date n?avait été fixée. Elle a maintenant été repoussée à janvier.

La compagnie nationale ne veut pas se précipiter sur un choix qui aura un impact majeur sur son avenir. Les hauts cadres planchent sur ce dossier depuis des mois et devraient arriver à une décision d?ici janvier. Entre-temps, Megh Pillay, directeur général d?Air Mauritius, aura visité Toulouse et Seattle, sièges d?Airbus et de Boeing respectivement.

Toutefois, le temps presse. Les nouveaux appareils remplaceront les deux Boeing 767 dans la flotte d?Air Mauritius. Après 17 ans de service, leurs niveaux de rentabilité et de confort ne répondent plus aux besoins d?un transporteur moderne.

La construction des nouveaux avions prendra toutefois un an et demi. Les Boeing 767 auront alors presque 19 ans. Ils sembleront encore plus inconfortables par rapport aux appareils de la concurrence mais consommeront davantage de carburant. Un argument de taille car le cours du pétrole sur le marché mondial donne encore des sueurs froides à Air Mauritius.

En janvier, la compagnie aérienne fera un choix entre l?Airbus 330-200 et le Boeing 777-200ER. Les deux constructeurs ont bouclé leur exercice de marketing avec un face-à-face devant les membres du conseil d?administration en novembre. Cette réunion aura duré une journée entière, mais n?était que le départ d?une série d?analyses sur les points forts et les faiblesses de chaque appareil.

Moins nuisible à l?environnement

Airbus propose à la compagnie nationale l?acquisition de deux A330-200. Ces appareils font partie de la même famille que les A340 qui se trouvent déjà dans la flotte d?Air Mauritius.

Les A330 sont des biréacteurs mais sont très similaires à leurs frères aînés. Les deux partagent, entre autres, le même cockpit. Ce qui implique que le personnel habitué aux A340 n?aura pas à recevoir de formation spéciale pour manier un A330.

La version 200 transporte une moyenne de 253 passagers en configuration de trois classes (première, affaires et économie) et 136 mètres cubes de fret sur un rayon allant jusqu?a 12 500 kilomètres. Les cabines de l?A330 ont bénéficié des avancées technologiques de l?A 340. Elles sont équipées de facilités qui améliorent le confort du passager et la rentabilité du transporteur. A ce jour, 166 A330-200 ont été livrés alors que 265 autres ont été commandés chez Airbus.

Boeing estime qu?Air Mauritius ferait une meilleure affaire en achetant des B 777-200ER. Cet appareil est plus gros que les biréacteurs traditionnels mais moins imposant que le 747, véritable référence du constructeur américain.

Le triple 7 transporte jusqu?à 301 passagers dans une configuration à trois classes et 150 mètres cubes de fret. Son rayon d?action en non-stop est de 14 316 kilomètres. Grâce à une nouvelle aile, un moteur plus efficace et une structure plus légère que les anciens Boeing, le 777 utilise le carburant de manière optimale, ce qui est moins nuisible à l?environnement.

Dans la cabine, la nouvelle architecture Boeing a également tout pour plaire. Les sièges sont plus spacieux que les 747. L?éclairage et les facilités de rangement de bagages ont été améliorés. A ce jour, 306 Boeing 777-200ER ont été livrés, alors que 406 autres figurent dans le carnet de commandes à Seattle. Le B 777 et l?A 330 ont beaucoup plus de points communs que de différences.

Ce sont deux biréacteurs dont le contrôle est assumé par l?informatique et qui sont vendus avec des options presque similaires. Parmi celles-ci, on retrouve la possibilité de réaménager les sièges afin de mieux répondre aux exigences de la concurrence.

Il y a aussi le Mood Lighting, un éclairage qui change en cours de route pour améliorer le confort tout en réduisant la fatigue due au décalage horaire.

Les ingénieurs d?Air Mauritius affirment que le choix entre l?A330 et le B777 ressemble à sélectionner entre une Mercedes et une BMW. La qualité et le prix sont similaires. Seuls les petits détails départageront les constructeurs.

La compagnie nationale évalue les appareils selon les critères techniques et commerciaux. Il n?est plus seulement question d?aller plus loin, plus vite et avec beaucoup plus de passagers mais aussi à moindres coûts.

Air Mauritius se penchera également sur la fourniture de pièces de rechange et la formation des équipages avant d?effectuer son choix. Le gouvernement aura aussi son mot à dire sur la décision finale. Il insiste qu?il ne s?ingérera pas dans les affaires de la compagnie aérienne mais n?empêche que l?acquisition des avions se fera à travers un offset deal.

Afin de minimiser la sortie de devises étrangères, les constructeurs proposent à l?Etat des débouchés relatifs au commerce, l?investissement, le transfert technologie et la création de joint-ventures.

Conversion en tankers volants

Airbus et Boeing ont toutefois confirmé qu?aucune firme mauricienne n?a les produits ou l?expertise requise pour devenir un de leurs fournisseurs.

Le constructeur qui décrochera le contrat en janvier aura gagné la bataille mais pas la guerre. Le remplacement des Boeings 767 marque le coup d?envoi du renouvellement graduel de toute la flotte d?Air Mauritius.

Au fil des prochaines années, tous les avions de la compagnie nationale seront remplacés par des appareils flambant neufs. Un vaste programme qui coûtera des milliards de roupies.

Le lobbying ne se relâchera pas après janvier. Air Mauritius a trois choix : n?acheter que chez Boeing, n?acquérir que des Airbus ou effectuer un mélange des deux. Si la compagnie aérienne achète les A330, elle aura alors une flotte entièrement composée d?Airbus en 2006. Ce qui ne l?empêcherait

toutefois pas de remplacer ensuite les A340-300 par des Boeing 777-300ER au lieu d?une version améliorée de l?A340.

Les deux constructeurs font pression pour qu?Air Mauritius ne fasse plus de mix and match. Selon eux, une telle stratégie occasionnerait des pertes importantes sur le moyen terme. Le transporteur insiste qu?elle effectuera ses choix par rapport à ses besoins et son business plan.

Entre-temps, le sort des Boeing 767 est moins problématique. Ils pourraient même quitter la flotte avant la livraison des nouveaux appareils. Un marché international existe pour la conversion des 767 en tankers volants pour les forces militaires ou avions cargo.

Si la compagnie nationale obtient un bon deal, elle vendra les Boeing 767 et louera deux avions jusqu?à la livraison des nouveaux appareils. La tension en salle d?attente est insignifiante en comparaison avec celle des techniciens et hauts cadres d?Air Mauritius.

Leur décision sera d?une importance capitale pour l?avenir de la compagnie. Le Paille-en- Queue n?a aucune intention d?y laisser des plumes.

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