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Cent minutes d?éternité avec Rabindranath Tagore

15 décembre 2004, 00:00

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Abhimanyu Unnuth a eu l?humilité de s?effacer. Auteur maintes fois récompensé, il s?est inspiré de la plume prolifique de Rabindranath Tagore pour nous donner rendez-vous avec l?éternité. C?était hier à l?avant-première de Ravi-Gaan. Cette pièce, produite sous les auspices du Mahatma Gandhi Institute (MGI), se veut un voyage expérimental à travers les prismes de la philosophie du poète de Shantiniketan.

La démarche académique d?Abhimanyu Unnuth facilite le décodage de la charge poétique de l?hindi. Diction classique, personnages figés et chansons en play-back débarrassent la langue de ses oripeaux de barrière à la compréhension. Libérée, elle devient une musique déroutante où les notes brusques de la colère suivent de près les sonorités douces de l?amour.

Déluge de grands sentiments qui s?ouvrent sur des gouttelettes égrenées au sitar. Sur la scène du Rabindranath Tagore Cultural Centre, un décor champêtre où le carton-pâte imite maladroitement une forêt. Un décor sans profondeur, avec un plan unique où se détache une balançoire. S?y rassembleront tour à tour le poète lui-même, vénérable vieillard à barbe blanche et sagesse infinie, ainsi que les personnages qu?il a créés.

Défile devant nous le mysticisme de Gitanjali. Ses vers modulés pour crier la soif de liberté, d?aventure, de force, mais aussi d?humilité. Les trois arbres en carton-pâte sont impassibles. Seules les lumières changent. Orange pour l?orage, jaune pour le soleil, obscurité pour les transitions.

Sept mois de préparation

Deux guides nous accompagnent lors de cette véritable expédition au centre de nos sentiments, au centre de nous-mêmes. Toutes froufroutantes dans des saris verts et rouille, Kavita, représentation de la poésie et Garima, modèle de la grâce, reviennent à intervalles réguliers.

L?assemblage des 14 extraits a ?nécéssité 7 mois de préparation?, précise Abhimanyu Unnuth. ?Ce n?est pas la première fois que je croise Tagore sur mon chemin de metteur en scène. En 1961 déjà, j?avais monté Post Office, à l?occasion du centenaire du poète. ? Le travail d?Unnuth se veut aussi large que possible. ?Le choix des extraits a été motivé par l?envie d?illustrer des concepts de la philosophie de Tagore, de l?éducation, du théâtre, de l?ironie politique.?

Une vision éclectique soutenue par les efforts appréciables d?une poignée de comédiens ?vétérans? et d?une majorité de débutants pétris de bonne volonté. Des comédiens qui, pour affronter efficacement le grand public, doivent éviter de tomber dans le caricatural.

Ravi-Gaan n?est pas l?unique production proposée par le MGI en cette fin d?année. Dans un autre registre, l?institut a donné les moyens à Ashish Bissoondoyal de monter The Lion and the Jewel, pièce du prix Nobel Wole Soyinka.

Autre époque, autres m?urs. Ne reste que l?universalité des sentiments. Ceux d?un ?triangle amoureux apparenté aux films bollywoodiens?. Allégé de ses références à la culture Yoruba, le metteur en scène n?en a pas moins retenu l?africanité de cette ?uvre où tabous sexuels, lois claniques et fatalité s?opposent dans un village qui, bien que Yoruba, pourrait se situer à Maurice ou ailleurs. The Lion and the Jewel aura droit à sa soirée de gala au MGI ce soir.

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