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?Il faut prolonger la protection tarifaire pour assurer notre survie?
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?Il faut prolonger la protection tarifaire pour assurer notre survie?
● L?AMM organisera l?année prochaine un Salon de l?industrie mauricienne qui est une continuité de la campagne ?Achetez mauricien? lancée il y a un an déjà. Quel a été l?impact de cette campagne ?
Elle a été bien accueillie. Les consommateurs ont pris davantage conscience de l?existence des produits locaux. Plusieurs entreprises du secteur non zone franche ont même enregistré une augmentation des ventes. La campagne ?Achetez mauricien? va donc se poursuivre. Ce n?est que le début de nos actions pour soutenir la consommation des produits locaux.
● Le processus de libéralisation du commerce au niveau régional est déjà bien avancé et la compétition se fait déjà sentir. Comment s?en sort l?industrie locale non zone franche ?
Actuellement, c?est au niveau du Common market for Eastern and Southern Africa (Comesa) que le processus de libéralisation a le plus progressé avec la création d?une zone de libre-échange. Jusqu?ici notre secteur n?a pas beaucoup souffert car les autres pays du Comesa n?ont pas un niveau de développement économique supérieur à celui de Maurice.
Mais la principale menace est venue surtout d?Egypte, un grand pays avec un marché intérieur important. Ses entreprises produisent donc à grande échelle et sont donc très compétitives. Néanmoins, nous avons pu faire face tant bien que mal.
La zone de libre-échange du Comesa a aussi créé des opportunités. De nombreuses entreprises du pays ont pu exporter leurs produits vers les marchés des pays membres.
● Comment évolue la situation au niveau de la Southern African Development Community (SADC) ?
Nous avons plus à craindre de la SADC simplement à cause de la présence de l?Afrique du Sud dans ce bloc. Ce pays a atteint un niveau de développement largement supérieur à celui de Maurice. Les entreprises sud-africaines sont autrement plus compétitives que les nôtres car elles jouissent de conditions plus avantageuses en termes de disponibilité de matières premières, de main-d??uvre et de technologie, entre autres.
●L?Afrique du Sud est déjà le deuxième plus important fournisseur du pays. On peut penser qu?elle nous exporte déjà tout ce qu?elle peut produire?
Non, notre marché reste quand même protégé par les barrières tarifaires. Avec la mise en application graduelle du protocole commercial de la SADC, cette protection disparaîtra. À partir de 2008, les produits, dits sensibles, commenceront à être libéralisés. Cette liste de produits comprend pratiquement tout ce que nous produisons localement : conserves, détergents, bière, boissons gazeuses, cosmétiques, savonnettes, pour ne citer que ceux-là.
● Cette libéralisation était programmée. Est-ce que les entreprises hors zone franche s?y sont préparées ?
Il n?y a pas de doute que les industriels doivent entreprendre une course contre la montre pour mettre toutes les chances de leur côté. Beaucoup d?entreprises se sont modernisées et ont investi pour améliorer la productivité, l?efficience, la qualité et la présentation des produits.
Mais l?amélioration de la productivité a des limites. C?est là que la question d?économies d?échelle devient primordiale. Avec un petit marché comme le nôtre, les économies d?échelle possibles n?ont rien de comparable avec celles qui peuvent être réalisées avec un marché intérieur aussi important que celui de l?Afrique du Sud.
L?exportation est une solution pour accroître la production et donc obtenir des économies d?échelle. Les industriels n?ont de cesse d?explorer les opportunités pour pénétrer les marchés régionaux.
Mais ce n?est pas si simple. Il y a des barrières non tarifaires car tous les pays du Comesa ne jouent pas le jeu. Il y a aussi la concurrence de l?Afrique du Sud. Tout cela m?amène à la question suivante: est-ce que nos efforts seront suffisants pour assurer notre survie sans une certaine mesure de protection tarifaire ? Il y va de l?avenir de notre secteur qui contribue à 10,6 % au produit intérieur brut et qui emploie 52 000 personnes.
● L?AMM souhaite-t-elle que l?on repousse à plus tard la libéralisation des produits sensibles au sein de la SADC ?
L?Organisation mondiale du commerce (OMC) reconnaît la vulnérabilité des petites économies et estime qu?elles devraient être autorisées à ralentir le processus d?abaissement tarifaire. Cela devrait s?appliquer également au niveau régional. Nous demandons au gouvernement d?ouvrir les discussions avec l?Afrique du Sud et les autres pays de la SADC pour ralentir l?élimination des droits de douane. Nous pensons qu?il faudra renégocier le protocole commercial de la SADC. L?objectif est de nous donner plus de temps pour consolider nos assises.
L?élimination des droits de douane implique un level playing field qui est une utopie. Il n?existe pas. Il faut redéfinir ce qu?est le level playing field.
Le gouvernement est conscient des enjeux et de nos appréhensions. Le Premier ministre, Paul Bérenger, a institué un comité pour étudier les dangers qui guettent l?industrie locale non zone franche. Cela nous rend déjà un peu plus optimiste.
Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN
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