Publicité

Boodhoo : la politique du ventre l?emporte sur la probité

8 décembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La conscience bon marché des politiciens, en 1979 (elle ne s?est pas améliorée depuis, hélas !), incite l?express à interviewer Harish Boodhoo, non sur la question des sales by levy, mais sur la décadence rongeant alors les rangs des partis politiques. Prophétiquement ce journal pose cette question : l?an 2000 verra-t-il une nouvelle génération de politiciens exempts des tares d?il y a 25 ans ? La réponse appartient aux lecteurs et peut-être même aux électeurs. Un sursaut de la part de ces derniers est toujours possible.

Harish Boodhoo essaie de situer la responsabilité de chaque député et de ce que doit être sa conscience (qu?est cela ?) face aux pressions et aux gains personnels que d?affreux lobbies font miroiter devant ses prunelles écarquillées.

Grippé et enroué, il n?a pu développer ses arguments, lors des débats parlementaires entourant la motion de censure. Aurait-il pu le faire que l?issue aurait été différente, estime-t-il. Il concède qu?un Mauricien sur cent pourrait ne pas souhaiter des élections législatives anticipées. Un proche d?un ministre, probablement. La situation empire au point d?échapper au contrôle des représentants du peuple.

Les Mauriciens ressentiront le centre du cyclone dévaluation en février/mars 1980. Celle-ci stigmatise l?échec tous azimuts du gouvernement travailliste, ses querelles intestines, son amateurisme, son gaspillage sur une grande échelle des fonds publics, l?institutionnalisation de la fraude et de la corruption, les experts étrangers qui perpétuent l?emprise colonialiste sur le pays, l?exode des cerveaux, la situation quasi-anarchique qui y prévaut, son incapacité notoire de contrôler le black money, le manque de confiance des investisseurs étrangers, l?échec de la diversification agricole et industrielle. A tous ces fléaux, il faut ajouter le pire d?entre eux : le communalisme.

Il faut aussi dénoncer le refus ostentatoire de mettre en pratique les recommandations des experts sollicités ou encore celles des commissions d?enquête. Boodhoo cite, en vrac, les rapports Glover (allégations de fraude et de corruption contre deux ministres et éducation), Allan (prisons), Sarathi (transport en commun), Shri Vastara (emploi), Moollan (logement), Watkins (pompes à incendie).

Il faut aussi dénoncer la politique du camouflage et du secret bien gardé in public interest.

Dieu merci ! le judiciaire conserve son indépendance (N.B.: Comment cela aurait-il pu être autrement avec un Sir Maurice Rault comme chef juge ?)

Boodhoo est catégorique : un gouvernement ne peut survivre en comptant sur les votes de députés n?ayant plus aucune crédibilité. L?électorat doit retrouver la liberté de désigner le gouvernement de son choix. Qu?importe le résultat. Ce qui compte c?est le verdict de la population. Continuer à gouverner dans les conditions de 1979 c?est souiller la dignité du Parlement.

En période de crise, tout député doit placer sa conscience au-dessus des considérations partisanes et sectaristes. C?est le moment ou jamais de voter selon sa conscience. Que dire alors des transactions douteuses et honteuses pour vendre son vote au mieux offrant ou encore pour acheter un vote. Rien ne peut compenser la perte de l?amour-propre et de la dignité.

L?île Maurice de 1979 est en quête de leaders politiques dignes de ce nom. A travers eux, les Mauriciens cherchent le courage qui place les intérêts de la nation au-dessus des autres considérations. Tout vrai leader doit avoir une vision d?une plus grande île Maurice. Il doit faire preuve de toutes les qualités. Il doit pouvoir rallier autour de lui des hommes intègres, cultivant l?esprit de sacrifice, respectant les principes de démocratie, la justice et la vérité. Si ce leader n?existe pas, il faut alors le créer. Les grandes crises produisent les grands hommes, les grands leaders, à l?instar de Churchill, de Gandhi, de De Gaulle. Des leaders de ce calibre existent à Maurice. Ils doivent simplement cesser de se cacher et accepter publiquement d?assumer les responsabilités que la nation voudrait bien leur confier.

Publicité