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Ocean Tropical Fruits, l?as des fruits

7 décembre 2004, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ses yeux ont de quoi briller. A une courbe de la route Royale à Trou-d?Eau-Douce, Vikram Hurdoyal contemple son entreprise et son parcours. Disparus la modeste maison, le garage en tôle ou encore la petite chambre sombre dans laquelle il travaillait avec un simple téléphone-fax. A la place, un imposant bâtiment de 6 000 pieds carrés. Son bureau, entouré d?ouvertures en PVC, baigne aujourd?hui dans la lumière. Un ordinateur et un téléphone portables traînent sur la table, la moquette a remplacé le traditionnel parquet rouge. A côté, s?affaire sa secrétaire.

A 30 ans, Vikram Hurdoyal est l?un des plus gros exportateurs de fruits à Maurice. Il y a cinq ans, il n?était qu?un jeune homme comme les autres. Sa tête fourmillait de rêves. Il a simplement eu le culot de les réaliser. Il est aujourd?hui le roi des fruits. Cette année encore, son entreprise, Ocean Tropical Fruits (OTF), effectuera des exportations record : 200 tonnes d?ananas et 30 tonnes de letchis.

?Sur chaque cinq ananas qu?exporte Maurice, deux portent notre empreinte. Et nous vendons presque un tiers des letchis mauriciens à l?étranger?, dit fièrement Vikram Hurdoyal.

La fête des letchis vient de commencer dans les marchés et sur les trottoirs. Le jeune entrepreneur ne veut toutefois pas en entendre parler. Sa dernière cargaison de letchis, il l?a envoyée à Dubayy à la mi-novembre, soit deux semaines après l?envoi de la première vers l?Europe. Pour lui, la saison des letchis ne s?étend que sur quinze jours - période éclaire pendant laquelle tout passe ou tout casse.

?Nos letchis doivent impérativement être sur les rayons européens le plus tôt possible, avant que Madagascar n?inonde le marché avec les siens?, explique Vikram Hurdoyal.

Son visage se crispe. Cette année, les Malgaches ont surpris les Mauriciens à leur propre jeu. Les letchis de Madagascar sont arrivés sur le marché européen au début de novembre, deux semaines plus tôt que prévu, et par voie aérienne alors que les exportateurs malgaches préfèrent traditionnellement le fret maritime. Le prix du letchi a chuté dramatiquement. En quelques jours, le prix est passé de Rs 304 le kilo à Rs 114. Résultat: OTF affiche un manque à gagner de 50%.

Se démarquer de la grande concurrence

?A Maurice, nous achetons nos letchis dans les régions rurales et ils viennent essentiellement de l?arrière-cour des gens. Il existe très peu de vergers, contrairement à la Réunion?, souligne Vikram Hurdoyal.

Les agitations de la saison des letchis ayant tiré à leur fin, OTF se concentre à nouveau sur les ananas. La fin de l?année est la période de pointe pour l?exportation de ce fruit vers l?Europe. Alors que l?hiver bat son plein sur le vieux continent, les habitants optent pour les fruits tropicaux. L?ananas Victoria qu?exportent Maurice, l?Afrique du Sud et la Réunion, est très apprécié pour son goût. Il arrive tant bien que mal à se démarquer de la grande concurrence: les ananas Cayenne exportés d?Afrique et d?Amérique Latine par les puissantes sociétés américaines. Ces ananas sont plus gros, moins parfumés et aussi moins chers que les Victoria car ils sont acheminés par bateau.

Toutefois, les choses se gâchent. Une multinationale a démarré la culture d?une variété d?ananas Victoria au Ghana. Si ce projet se matérialise, le prix dégringolera à tel point qu?il pourrait remettre en question les exportations mauriciennes. Après tout, le Ghana est un producteur à grande échelle qui n?est qu?à une semaine de l?Europe par voie maritime.

En attendant, les planteurs d?ananas de Camp-de-Masque, Congomah, Les-Mariannes et Clémencia sont heureux d?approvisionner OTF. Après tout, ils bénéficient d?un prix garanti, malgré le contrôle qualité très sévère.

L?acquisition des fruits coûte de plus en plus cher: le prix du kilo a doublé en quatre ans pour atteindre Rs 20. OTF n?a plus qu?un choix : innover et miser sur un marketing agressif.

Les emballages sont spécialement importés de l?Inde. Chaque ananas dispose d?une étiquette individuelle incorporant un code-barres mais également des conseils pour l?épluchage.

?Nous opérons selon les normes européennes et nos importateurs peuvent retracer l?origine de chaque fruit à n?importe quel moment?, souligne Vikram Hurdoyal. La gestion de l?entreprise est un véritable one-man show. Le patron prend lui-même son bâton de pèlerin à plusieurs reprises pendant l?année pour aller convaincre les importateurs étrangers. Le prix, la qualité et la présentation demeurent ses principaux arguments.

?Certains grossistes ne connaissent ni Maurice ni les fruits que nous exportons. Si on arrive à les convaincre au niveau de la qualité, il faut ensuite lutter ferme pour obtenir un bon prix», déclare le jeune entrepreneur.

En quatre ans, Vikram Hurdoyal a silloné personnellement l?Europe et le Moyen-Orient à la recherche de clients. L?arrivée d?Internet lui a facilité la tâche mais il préfère toujours rencontrer personnellement les grossistes. Après tout, il est plus facile de convaincre avec le sourire mauricien. ?Je me suis perdu à maintes reprises lors de mes voyages. J?ai perdu mes affaires dans des trains, j?ai dû convaincre des gens qui ne parlaient ni l?anglais ni le francais...?, dit-il. L?aventure n?a pas été facile mais elle a été satisfaisante. Toutefois, le directeur d?OTF réclame davantage de facilités afin de transformer l?horticulture en une véritable industrie.

Manque de nouvelles variétés

?Avec le sucre qui vacille, les planteurs devraient sérieusement penser à la diversification agricole. Les fruits et légumes représentent un créneau porteur pour l?exportation, alors pourquoi ne pas en faire une priorité?? se demande Vikram Hurdoyal.

Il déplore le manque de nouvelles variétés de fruits spécialement conçues pour l?exportation. Les planteurs et les exportateurs ne bénéficient pas de grands encouragements non plus. Pour remuer le couteau dans la plaie, le Freight Rebate Scheme n?a toujours pas été revu. Ce programme rembourse aux exportateurs la moitié de leurs dépenses sur le fret, mais le prix sur lequel il est basé n?a pas changé depuis plus de dix ans. Et le coût moyen du fret est passé de Rs 30 le kilo à Rs 45 mais l?exportateur ne reçoit que Rs 15.

?Il existe des créneaux pour la mangue, la papaye ou les fruits de la passion. Le marché est là, mais nous ne produisons pas la quantité. Il faut encourager les planteurs?, ajoute Vikram Hurdoyal. L?exportation d?ananas a diminué de 300 tonnes en cinq ans. Idem pour les letchis. En attendant que les autorités mauriciennes se décident, OTF a décidé de mettre un pied a Madagascar.

A partir de l?année prochaine, l?entreprise effectuera aussi des exportations de letchis à partir de la Grande île. A Madagascar, elle compte également se lancer dans l?exportation du ramboutan ou letchis chevelu, une variété de letchi originaire de la Malaisie. Sa peau est recouverte de pointes crochues qui lui donnent l?apparence d?un petit oursin. Un marché a déjà été identifié pour ce fruit en Hollande et en Suisse.

?Nous avons beaucoup de demandes mais nous n?arrivons pas à trouver la quantité de fruits nécessaire pour maintenir une présence régulière à l?étranger?, souligne Vikram Hurdoyal. C?est ainsi qu?il a mis en suspens son désir d?exporter des ?ethnic foods? comme le brède songe, brède chouchou, le fruit à pain ou encore le ?jacques?. Il ira toutefois de l?avant avec son projet d?exporter des ananas tranchés à la mauricienne sous vide.

Vikram Hurdoyal est fier de son parcours mais ne compte pas s?arrêter en si bon chemin. A Madagascar, il aura le potentiel de devenir le roi des fruits tropicaux. Mais patience, il mûrit lentement avec son entreprise qui ne cesse d?étendre ses branches et de rapporter ses fruits.

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