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Les couleurs, son alphabet
Arnaud chemine dans la vie avec une élégante désinvolture. Mais désinvolture peut aussi rimer avec pugnacité. En fait on a du mal à lui coller une étiquette parce qu?il parle des choses sérieuses avec une grande fantaisie, parce qu?il parle de choses banales avec des mots qui sortent en mitraillette. Pourquoi sommes-nous allés à sa rencontre en fait? Arnaud Michel peint des cartes de voeu qu?il veut écouler personnellement sans consignation dans une quelconque librairie à Rs 50 pièce.
C?est un artiste-peintre qui peint aussi des tableaux (des orientales en ce moment) et qui assure, quand l?occasion se présente, la déco des bâtiments. Il a d?ailleurs bossé sur le concept couleurs de l?hôtel Coco Beach. C?est lui qui a récemment conçu la déco de Dom?s Restaurant à Port-Louis, il a aussi apporté son grain de sel au Palladium.
Ce qui intrigue chez lui, c?est ce refus de la raison, cette tendance à mettre en déroute le regard raisonnable, la pensée cartésienne. Dans ses peintures déjà, des formes hybrides envahissent le papier, surgissent de nulle part pour s?achever insolites. Le soleil devient plante, les coeurs jaillissent de la bouche, les nuages sont à portée de main, les fleurs vous font des clins d?oeil. Ce grand gamin de trente ans peint ses délires avec le plus grand sérieux. Et puis il y a surtout ces regards qui vous narguent, ces grands cils qui balaient le paysage, ses yeux mystérieux qui semblent vous dévisager. « J?aime peindre les regards », annonce l?artiste qui ne vous regarde jamais droit dans les yeux. Les couleurs pétantes sont comme des fontaines de jouvence, elles sont pour lui comme une pâte à modeler. C?est à travers des couleurs qu?il réinvente les fondamentaux de la peinture. C?est un artisan de la couleur. Il est dans le tableau et le tableau est en lui.
Un artiste à la fois détaché, dégagé mais assuré
Pourquoi ce style naÏf? « Sans doute parce que je n?ai jamais vraiment peint quand j?étais plus jeune, que je n?ai découvert la peinture qu?en standard nine (SC) en Afrique du Sud. » Arnaud n?a pourtant jamais fait les beaux arts. « Je suis autodidacte et je peux faire beaucoup de choses avec quatre murs », lâche-t-il, avant d?ajouter : ça vaut ce que ça vaut, je n?ai aucune prétention. Si les gens aiment tant mieux, sinon. » Question boulot, Arnaud refuse d?en faire tout un plat.
« Je ne pourrai pas mettre une cravate, m?enfermer dans un bureau. » Et l?avenir, comment l?envisage-t-il? « Je ne l?envisage pas. Je vis au jour le jour. Je n?aime pas prévoir parce que quand ça ne se passe pas comme je veux, ça me perturbe. »
Arnaud est un être à la fois détaché, dégagé mais assuré. Il fait partie de ces grands discrets. Il est du genre à faire un pied de nez à ces artistes qui plastifient leurs peintures pour les mettre à l?échelle commerciale, par exemple, à faire une immersion totale dans sa peinture et d?envoyer paître tout le monde à la maison, aussi. C?est le genre d?artiste qui laisse paraître sur ses cartes, des traces de crayon ou laisse un peu de peinture dégouliner de l?encadrement. Après tout, sa peinture est comme lui, on ne peut l?enfermer dans un cadre.
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