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Risque probable de guerre au Congo
Rarement , une action militaire rwandaise au Congo avait été précédée ainsi d?une annonce officielle. Pour avoir déclenché, par deux fois déjà, des guerres de plusieurs années contre l?ex-Zaïre, devenu entre-temps République démocratique du Congo (RDC), le Rwanda avait donné l?habitude d?une certaine manière de faire, pétrie de secret et de déni. La «rencontre» d?une colonne de cent soldats rwandais, mardi 30 novembre, sur le sol congolais avec une patrouille de casques bleus de la Mission de l?Onu au Congo (Monuc) et sa confirmation officielle démontrent que les «menaces» répétées d?intervention de ses troupes en RDC par le président rwandais, Paul Kagamé, au cours des dix derniers jours, sont devenues réalité.
Selon plusieurs sources, de 4 000 à 5 000 soldats rwandais se trouvent dans l?est du Congo, infiltrés depuis la semaine précédente. Les troupes de Kigali sont venues se livrer à une étonnante «frappe chirurgicale» contre les miliciens interahamwes et les FAR, anciens soldats de l?armée rwandaise impliqués dans le génocide de 1994, qui ont installé dans les forêts congolaises les bases d?une rébellion hutue forte d?une dizaine de milliers d?hommes. La neutralisation de ces groupes avait déjà été le prétexte du déclenchement de la seconde guerre du Congo par le Rwanda, qui n?avait pas anéanti beaucoup de ses ennemis mais qui avait considérablement pillé le pays pendant cinq ans.
En théorie, les troupes rwandaises ont définitivement quitté la RDC depuis deux ans. En réalité, les hommes de Kigali se livrent à des «incursions», dont le nombre s?est accru récemment. Un mécanisme conjoint de vérification de ces infiltrations demeure empêtré dans ses lourdeurs, tout comme, la plupart du temps, les patrouilles de la Monuc. «Les jours derniers, nos hélicoptères ont survolé la forêt dense. Ils n?ont rien vu, et pour cause ! Mais comment peut-on, dans ces conditions, conclure qu?il n?y a pas de soldats sous les arbres ?», s?interroge, amer, un responsable onusien.
Dans une lettre adressée, le 25 novembre, au président en exercice de l?Union africaine, le président nigérian Olusegun Obasanjo, Paul Kagamé a pris soin de détailler les raisons de sa «future» intervention. Affirmant que les activités des «forces génocidaires» venaient de se traduire, dix jours plus tôt, par «une attaque à la roquette contre le territoire rwandais»,le président rwandais dit avoir décidé de «passer à l?action, de manière ciblée, en réponse à cette menace immédiate. Notre action (...) serait destinée à être limitée. Elle ne viserait, strictement, que les ex-FAR/interahamwes. Le Rwanda ne s?attaquerait à aucun soldat congolais (...)», cela pendant une durée qui ne «devrait pas dépasser quatorze jours».
Le Rwanda tente ainsi de faire valoir, par avance, son droit à opérer sur le territoire congolais. Une telle action, avec la publicité qui lui est donnée, vise-t-elle seulement les «ex-FAR/interahamwes» ou est-elle destinée à faire la démonstration que le gouvernement de transition laborieusement mis en place à Kinshasa demeure une chimère, sans contrôle sur l?est du Congo?
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