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Pékin veut mettre un terme à l?injustice infligée aux malades du sida
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Pékin veut mettre un terme à l?injustice infligée aux malades du sida
La télévision chinoise a montré, le président Hu Jintao serrant les mains à des malades du sida dans un hôpital de Pékin. Après avoir longtemps tenté de minimiser l?ampleur de la pandémie, le gouvernement prend désormais la mesure du phénomène et entend montrer, selon l?agence de presse Chine nouvelle, qu?il faut mettre un terme à la discrimination frappant les personnes infectées. L?heure est à plus de transparence, de la part du pouvoir central en tout cas.
Les estimations officielles évaluent à 840 000 le nombre de séropositifs en 2003 - dont un dixième aurait développé la maladie - et le chiffre pourrait être de 10 millions en 2010. Les statistiques restent imprécises et la prévalence du virus mal connue dans le pays le plus peuplé du monde où, de l?aveu même des autorités, le sida continue de progresser de manière alarmante. Selon la plupart des experts, le nombre de personnes infectées serait beaucoup plus élevé : 9 séropositifs sur 10 échapperaient aux statistiques officielles. Pour l?instant, le nombre de séropositifs effectivement dépistés n?est que de 89 000 et celui des malades une vingtaine de milliers. Dans son rapport annuel publié mardi, le gouvernement promet d?accentuer ses efforts en matière de dépistage alors que le virus n?affecte plus seulement les «groupes à risque» mais se répand parmi quelque 1,3 milliard de Chinois.
SANG CONTAMINÉ
«D?ici trois ans, nous pensons pouvoir stopper grosso modo la contamination par les transfusions de sang», a ajouté, mardi, lors d?une conférence de presse le vice-ministre de la santé, Wang Longde. Une province comme le Henan (centre) a établi un triste record mondial en termes de taux de séroprévalence à la suite d?un scandale de sang contaminé qui a sans doute infecté des centaines de milliers de personnes. L?accroissement de la prostitution et le nombre toujours accru d?héroïnomanes contribuent aussi à la propagation du virus, notamment dans les provinces du Yunnan (sud) et Xinjiang (ouest), proches de zones productrices d?héroïne.
Le rapport publié mardi relève que, dans certaines régions où des enquêtes ont eu lieu, le taux de contamination par le VIH dépasse 1 % lors d?examens prénuptiaux et que 5 % des femmes enceintes sont séropositives, soit «un taux comparable à celui des pays voisins fortement contaminés».
Le vice-ministre de la santé a assuré que «des efforts en matière de dépistage ont déjà été faits dans les zones les plus touchées», admettant qu?il «faut les renforcer dans les régions moins gravement atteintes». Il a promis que le budget gouvernemental pour la prévention de la maladie, qui est passé de 390 millions de yuans (environ 39 millions d?euros) en 2003 à 810 millions cette année, va augmenter l?an prochain où une enquête de grande envergure pourrait être conduite.
A Pékin, les campagnes d?information sur le sida viennent d?être accrues avec l?apparition de panneaux publicitaires dans les quartiers de prostitution pour encourager l?usage des préservatifs. Selon Onusida, qui vient de demander à Pékin d?agir «rapidement et résolument» contre la pandémie, «peu de maisons closes ont en Chine une politique concernant le préservatif analogue à celle qui a aidé la Thaïlande et le Cambodge à tenir leurs épidémies sous contrôle».
La volonté affichée du gouvernement de s?attaquer à la pandémie se heurte à la résistance des autorités provinciales, de l?aveu même du vice-ministre de la santé, qui a évoqué ce «problème important». Wang a admis que «certains dirigeants au niveau local savent qu?il y a des difficultés chez eux mais ne veulent pas que cela se sache de crainte d?un impact négatif sur les investissements». Dans certaines des provinces les plus touchées, les activistes qui tentent d?informer sur le sida continuent d?être harcelés par les autorités.
«Le gouvernement de Pékin commence vraiment à prendre en compte l?ampleur de la diffusion du sida en Chine, commente l?un d?entre eux, Li Tan. Mais il y a un fossé entre les volontés du gouvernement central et celui des provinces, où le sang contaminé continue d?être vendu et où les banques du sang ne sont pas sous contrôle.»Il ajoute : «Le manque de subventions pour les personnes infectées est criant. Il n?existe pas de formation appropriée pour les médecins. Pékin pratique une politique habile de propagande pour montrer sa détermination. Mais, dans les provinces, ces politiques ne sont pas mises en pratique, pas suffisamment en tout cas. La lutte contre le sida en Chine relève encore du trompe-l??il.»
@ 2004 Le Monde ?
Bruno Philip Distribué par The New York Times Syndicate
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