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La «vie de rêve» de Reza Thupsee
Chacun rêve d?une vie de? rêve. Le colporteur Reza Thupsee semble avoir réalisé le sien, dans les logements de la Special Mobile Force (SMF). Il y habite avec sa famille, et tous sont protégés par quatre soldats armés, 24 h sur 24. Normal pour un témoin à charge dont les révélations ont permis de faire condamner, à 45 ans de prison, ceux trouvés coupables de l?incendie de l?Amicale de Port-Louis.
La famille Thupsee ne bénéficie pas d?une simple protection. Nos renseignements indiquent qu?elle ne dépense rien : nourrie par la SMF, véhiculée dans une voiture de police pour toutes les sorties, école, shopping, visites aux parents, promenades... Reza Thupsee serait même payé par l?Etat. Il serait attendant dans un poste de police. Mais alors, un attendant VIP, dont les heures de travail sont peu connues, et nul ne sait s?il est toujours employé.
Interrogé sur le type de protection et les conditions d?hébergement de Reza Thupsee, le commissaire de police s?est refusé à tout commentaire, expliquant que cette affaire est sub judice.
Vers 13 heures mercredi, il était à son domicile, dans les environs du Gymkhana. Quatre soldats, dont deux armés de fusil d?assaut, montent la garde autour de l?appartement. Reza Thupsee est libre de recevoir qui il veut, mais sous le contrôle des soldats.
<B>PROTÉGÉS... EN PRISON</B>
« Qui êtes-vous ? Comment vous appelez-vous ? Pourquoi voulez-vous rencontrer Reza Thupsee ? » autant de questions d?un des soldats armés, dès qu?un étranger s?approche du vieux grillage entourant la maisonnette. S?il est satisfait des réponses, il fait appeler le témoin vedette.
Ce mercredi-là, le rideau de la porte principale s?ouvre. Reza Thupsee, de petite taille avec un mince collier de barbe, sort en tenant un jeune enfant par la main.
« Ou konn sa misie la ? » lui demande le soldat armé. « Non », répond Reza Thupsee. « Ale, rent dan la kaz », lui dit le soldat qui demande au visiteur de déguerpir. Reza Thupsee, visiblement pris de peur, rentre chez lui. « Met enn lentre de souit dan liv la » ordonne le soldat à ses collègues.
Reza Thupsee n?est pas le seul à bénéficier d?un tel traitement. La femme d?un autre témoin vedette est hébergée non loin. Et il y a risque que d?autres encore bénéficient sous peu de mêmes conditions à la SMF. Toorab Bissessur et Hatim Oozer ont tous deux témoigné contre des membres de « l?escadron de la mort ». Ils sont aujourd?hui sous protection, mais en prison. Antoine Chetty pourrait aussi faire valoir « son droit » à un tel traitement, après sa libération. Tous pourraient élire domicile à la SMF.
En fait, le « droit » à un tel traitement et à une telle protection n?est régi par aucune loi. Aucune disposition légale ne permet au commissaire de police d?accorder un tel traitement à un civil. « Il n?y a aucune loi qui permet à la police de payer des informateurs, pourtant la police les paye. C?est le même cas de figure pour la protection accordée à Reza Thupsee », déclare l?avocat Rama Valayden.
Comme lui, la plupart des membres du barreau estiment qu?une politique de protection des témoins est nécessaire. Mais le système actuel donne lieu à des abus de la part des témoins bénéficiant d?une telle protection. Plusieurs agents de la SMF, affectés aux services de ces témoins sous protection, ont souvent protesté contre le comportement de ceux qu?ils protègent à la demande de la Central Investigation Division.
<B>AUX CROCHETS DE L?ETAT</B>
Contrairement à la situation aux Etats-Unis et au Canada, qui ont un Witness Protection Program Act, Maurice suit la tradition britannique avec un Witness Protection Scheme, qui n?est pas réglementé par la loi.
Mais quel que soit le système adopté, les témoins protégés ne vivent pas éternellement aux crochets de l?Etat. Des formules sont trouvées pour leur permettre de gagner leur vie comme tout citoyen. On se demande aujourd?hui pendant combien de temps encore la police accordera à Reza Thupsee la « vie de rêve » dont il bénéficie en ce moment. On s?interroge aussi sur le nombre de personnes qui bénéficieront d?une telle protection à l?avenir. Raffick Peerbaccus, un des premiers à bénéficier d?une protection et d?un traitement VIP à la SMF dans les années 86-87, n?est aujourd?hui sous aucune protection.
<B>Protection rapprochée pour un avocat</B> Au moins deux témoins sont sous protection policière 24 heures sur 24, à leur domicile et sur leurs lieux de travail.
L?un a été témoin dans l?affaire de « l?escadron de la mort » et l?autre est l?avocat Ashley Hurhangee, relativement à l?affaire Dev Hurnam. L?avocat dit avoir fait l?objet de menaces de mort et bénéficie depuis des services d?un garde du corps.
La police semble très avare de renseignements à propos de ces protections. Il semblerait cependant que le simple citoyen menacé de mort ne bénéficiera pas d?une telle protection. Seuls les témoins à charge, dans des procès au pénal et dont la vie est en danger, bénéficient de telles mesures, sur décision des enquêteurs.
<B>Allégation d?attouchements sur une policière</B>
Le viol allégué sur une mineure dans la maisonnette occupée par Reza Thupsee est occultée en ce moment à la SMF. Des rumeurs d?attouchements sur une policière, qui y travaille, tiennent le devant de la scène.
Celle-ci n?a pas porté plainte, mais en a parlé à ses collègues et, depuis, c?est le talk of the town à la Mobile Wing.
Le coupable serait le chauffeur d?un haut gradé qui devait véhiculer la policière après une récente fête à la SMF. Grisé par quelques verres pris lors de la fête, le chauffeur aurait arrêté la voiture en chemin pour se jeter sur la policière.
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