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Un crash économique et social

2 décembre 2004, 00:00

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La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Air Bourbon a été contrainte de cesser ses activités. La compagnie aérienne a déposé lundi le bilan sur un passif estimé à plus de 7 millions d’euros : 3 millions de dettes aux fournisseurs et 4 millions de dettes sociales et fiscales. Le plan de redressement de la compagnie indique d’ailleurs qu’au 31 décembre 2003, les charges d’exploitation étaient de l’ordre de 22,8 millions d’euros pour un chiffre d’affaires n’excédant pas 23 millions d’euros. Idem pour l’année 2004, la compagnie s’étant retrouvée dans l’incapacité d’améliorer ses finances.

Pour les autorités locales, il s’agit de redorer très vite le blason de la Réunion afin que l’île, qui mise beaucoup sur son activité touristique, ne soit pas perçue comme une destination incertaine et à problème. Cette faillite a des conséquences économiques désastreuses, mais aussi sociales. 165 employés – 140 personnels navigants ou non de la métropole et une vingtaine de la Réunion – se retrouvent sans emploi du jour au lendemain. Le dépôt de bilan est effectif et leur salaire n’a pas encore été versé.

Autre drame. Des passagers sont coincés à la Réunion et en métropole. Et le pire, c’est qu’ils doivent débourser un supplément de 300, ou plutôt 346 euros, en tenant compte des taxes pour être recasés dans d’autres avions, à condition également qu’il y ait de la place.

À bout de nerfs, épuisés, désespérés, hystériques, ces passagers “naufragés”, dont plusieurs enfants, dorment à l’aéroport de Gillot depuis samedi. Dimanche dernier, excédés, ils ont bouleversé les opérations d’enregistrement sur les vols d’autres compagnies, ce qui a nécessité l’intervention des forces de l’ordre.

Lundi dernier, le conseil général a mis sur pied une cellule de crise pour leur venir en aide. Celle-ci a permis selon des critères sociaux le rapatriement d’urgence de certains passagers. Le conseil général finance à cet effet les 300 euros, requis pour leur permettre de rentrer chez eux. Néanmoins, cette mesure n’est appliquée qu’après examen de chaque cas.

L’Etat, le conseil général et les compagnies aériennes desservant la Réunion se sont par ailleurs mis d’accord pour financer deux vols charters, qui permettront de rapatrier ce jeudi et vendredi, les passagers d’Air Bourbon bloqués à l’aéroport de Gillot et en métropole.

Erick Lazarus, a démenti jusqu’au dernier moment les rumeurs de faillite. Ensuite, il a affirmé que plusieurs investisseurs, notamment un groupe mauricien, étaient prêts à redresser la situation de la compagnie. Il déclare à présent qu’Air Bourbon aurait pu survivre si les autorités lui avaient accordé un prêt de 3 millions d’euros. Propos que récuse vivement Ibrahim Dindar, vice-président du conseil général. Il déplore “la mauvaise” foi d’Erick Lazarus, qui selon lui, tente de faire endosser la faillite de son entreprise aux collectivités alors que son “business plan montre des signes de sous-capitalisation.” Une situation qui relève selon lui d’un “irréalisme économique.”

Des investisseurs mauriciens en vue

Il souligne que le conseil général ne pouvait accéder à la demande d’aide financière de la compagnie aérienne car cette démarche ne relève pas des compétences de la collectivité. “On ne peut en outre débourser de l’argent public sur un dossier qui n’est pas argumenté. La pente avait été prise vers une fin inéluctable plutôt que vers un redressement financier”, ajoute-t-il.

En ce qui concerne le personnel d’Air Bourbon, celui-ci sera reclassé dans la mesure du possible au travers de la Sématra (société d’économie mixte). Une demande de reclassement a également été effectuée auprès d’Air France.

Au total, 24 000 billets (dont la majorité a déjà été payée) ont été réservés sur Air Bourbon d’ici mai 2005. Les quelque 2500 clients qui ont déjà réglé leur billet d’avion ne seront probablement pas remboursés. C’est le remboursement des créanciers qui s’avère prioritaire à celui des billets d’avion. Néanmoins, la chambre syndicale régionale et le syndicat national des agences de voyages (Snav) se concertent pour trouver une solution et envisager dans quelle mesure quelques clients pourraient être dédommagés. Le Snav a engagé une procédure en référé auprès du Tribunal de grande instances de Paris à l’encontre d’Air Bourbon et de l’IATA. Et sur

les conseils d’un avocat, les clients d’Air Bourbon se sont regroupés en collectif. Ils comptent porter plainte au pénal contre la compagnie.

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