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Christophe Soumillon : ?Je vais mettre le feu dimanche !?

2 décembre 2004, 00:00

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<B>● Christophe Soumillon, vous allez participer, cette semaine, à votre deuxième réunion internationale à Maurice. La première remonte à 2001. Quel souvenir gardez-vous de votre première experience mauricienne ?</B>

? C?est vrai qu?au niveau de l?accueil, j?ai été agréablement surpris chez vous. En ce qui concerne le champ de course, je pensais que cela allait être difficile à l?oeil nu, mais les chevaux sont très habitués et cela s?était très bien passé. Le public est formidable. Les gens sont très passionnés par les courses. Ce qui est intéressant, c?est qu?on a pu faire un peu de ?show?. C?était très plaisant et j?aimerais revivre cela et remettre de l?ambiance pour tous ces gens formidables qui ont un grand coeur.

<B>● Depuis cette journée au Champ-de-Mars en 2001, votre carrière a connu une ascension extraordinaire. Il y a eu, entre autres, une Cravache d?Or et la victoire de Dalakhani dans l?Arc de Triomphe. À quoi attribuez-vous principalement votre explosion au plus haut niveau ? </B>

? C?est le fruit de ma motivation pendant de longues années. J?ai toujours voulu devenir le meilleur, même en sachant qu?on ne l?est pas. C?est très dur d?y arriver mais je me donnais toujours la peine de faire les choses au mieux de moi-même tout en étant entouré de gens compétents. J?ai eu la chance d?emmener en France le système d?agent-manager. J?ai aussi eu la chance de tomber dans une grosse écurie comme celle de son altesse, l?Aga Khan, et André Fabre dans la même année. En 2003 cela a vraiment été une année sensationnelle quand j?ai eu la chance de tomber sur un champion comme Dalakhani. J?ai aussi piloté plusieurs chevaux de qualité chez André Fabre, qui se valaient tous entre des ?listed? et les Groupe 1.

<B>● Y a-t-il quelqu?un qui vous a influencé dans votre carrière ? </B>

? Il y a eu André Fabre qui a fait beaucoup de choses pour m?améliorer quand j?étais jeune. J?avais énormément de défauts à cette époque. Il y a certainement mon père qui est quand même l?un de mes coaches principaux. Et, actuellement, il y a mon agent Alexis, qui m?aide quand ça va moins bien.

<B>● Justement, Christophe, le fait d?être le fils d?un ancien cavalier d?obstacle vous a été d?une aide déterminante ? </B>

? Certainement ! J?ai débuté sur des poneys de course en étant jeune et cela m?a été très bénéfique. J?avais la hargne dans les veines et j?avais déjà cette sensation de vitesse et de compétition. Cela m?a aidé pour être prêt avant tout le monde.

<B>● On dit, en France, que vous apportez une nouvelle dimension à la profession de jockey. Quel effet cela vous fait? </B>

? J?ai eu l?occasion d?être invité sur les plateaux de télé où personne avant moi n?est peut-être allé. Je pense aussi que c?est la jeunesse qui plaît, j?ai le franc-parler et j?ai aussi la facilité de m?adapter devant une caméra.

<B>● De nombreux jockeys n?ont pas connu la même réussite que vous. À 23 ans, vous comptez déjà une Cravache d?Or et une victoire dans l?Arc de Triomphe. Quels sont les principaux facteurs qui contribuent à la réussite d?un jockey au plus haut niveau? </B>

? C?est surtout le sérieux qui contribue au succès. Il faut rester stable tout le temps. Ce n?est pas une question d?ascension qui compte. Gagner l?Arc de Triomphe et ne rien faire un mois après... Non ! Il faut toujours travailler dur, se montrer régulier et compétitif. Il faut se battre pour rester au top niveau, même si les facilités, je veux dire les chevaux qu?on a à monter, ne sont plus les mêmes.

<B>● Dans certains pays, les courses sont souvent liées à du ?business?. Quel est votre avis? </B>

? Il y a effectivement des pays où les jockeys se comportent plus en ?businessmen? qu?en sportifs de haut niveau. Dans n?importe quel milieu, là où il y a de l?argent et qu?on peut truquer pour gagner plus facilement, les faibles vont tout le temps aller ouvrir ces portes-là. Quand on sent qu?on a la pointure de gagner sa vie honnêtement, on n?a pas besoin de faire des choses semblables. Préparer un coursier pour le faire gagner en condition physique, c?est une chose et le préparer pour miser, c?est une autre chose. Ces choses-là diffament notre profession et les tricheurs ne font que ternir notre image.

<B>● Outre la gloire dès votre jeune âge, qu?est-ce que les courses vous ont apporté ? </B>

? Les courses m?ont permis d?avoir une vie facile. J?ai déjà voyagé beaucoup d?une part et d?autre part, j?ai pu m?acheter des voitures dont je rêvais, avoir la maison de mes rêves. J?ai réussi à faire plaisir à ma famille et aussi aux gens qui m?entourent. Je ne suis pas le bon ?samaritain?, mais les gens que j?aime bien, j?aime les chérir. Cela m?a aussi permis de faire beaucoup de connaissances sur le plan politique et audiovisuel...

<B>● Et qu?est-ce que les courses vous ont appris ? </B>

? Les courses m?ont appris que chaque jour se suit mais ne se ressemble pas et qu?on ne doit jamais baisser les bras. J?ai aussi appris, à travers les courses, qu?il faut toujours espérer, car la roue finit par tourner et que les efforts sont toujours recompensés.

<B>● Parlez-nous de votre mémorable victoire avec Dalakhani. D?abord, lorsque vous aviez débuté votre apprentissage chez Cédric Boutin, vous attendiez- vous un jour à enlever l?Arc de Triomphe et ce, à l?âge de 22 ans ? </B>

? J?ai toujours voulu gagner cette course. C?était mon rêve de remporter l?Arc de Triomphe. C?est comme un joueur de football qui veut gagner la Coupe du Monde. Quand vous vous donnez la peine de bosser dur et que vous êtes motivé, les meilleurs viennent vous chercher, et si vous tombez sur le bon cheval, le tour est joué avec un brin de chance. Avec un élevage bien rempli comme celui de l?Aga Khan, on tombe souvent sur des phénomènes qu?on trouve très peu ailleurs. C?était vraiment une joie exceptionnelle et inexplicable quand j?ai gagné. Je me suis donné beaucoup de peine pour réussir et cette réussite est venue me récompenser. Dalakhani a été entraîné pour être une légende et il a fait ce qu?il fallait. On s?est entraidé pour se faire un nom.

<B>● Avec Dalakhani, ce ne sont pas les victoires importantes qui manquent à votre palmarès, car il n?y a pas eu que l?Arc de Triomphe? </B>

? Si je regarde la France, on a gagné toutes les grandes courses. Ce n?est pas pour cela qu?il faut baisser les rênes, bien au contraire. On a gagné deux ?Jockey Club?, un Prix de Diane, l?Arc de Triomphe sans parler des poules d?essai et autres. Il y a encore beaucoup de courses de Groupe 1 qui me manquent en France. Il ne faut pas louper une course d?objectif, c?est-à-dire, quand on a visé une course pour un cheval et qu?il est prêt, il ne faut pas la perdre. Pour moi, toutes les courses sont de la même importance. Que ce soit une course à réclamer ou une course ?Listed?.

<B>● Et la Cravache d?Or en 2003, cela signifie quoi pour vous ? </B>

? Cela a été l?accomplissement de beaucoup de travail car on a monté quasiment six- sept courses tous les jours. C?était plus simple que cette année, car j?avais les chevaux d?André Fabre à mon service. C?était beaucoup plus évident pour moi de viser cette cravache en début d?année. Je n?ai fait aucune mauvaise passe et j?ai saisi la balle au bond. Tout s?est bien passé pour moi et ce sacre restera à jamais gravé dans ma mémoire, car j?ai battu le nombre de victoires et je vivais pour cela.

<B>● Les choses ont été toutefois plus difficiles cette année... </B>

? Je suis tombé sur un très bon jockey en Mendizabal qui a piloté beaucoup de gagnants en province et cela a été difficile de rivaliser avec lui, car je n?avais pas les chevaux d?André Fabre cette année. Ce dernier avait appelé un jockey américain pour monter pour lui. Au mois de juillet, j?avais également écopé de deux semaines de mise à pied pour une chute en course. J?étais psychologiquement mal en point à ce moment-là. J?ai pris un peu de temps pour me ressaisir. Tout cela n?a pas arrangé les choses, mais je ne vais pas baisser les bras.

<B>● Une dernière question. Que promettez-vous au public mauricien dimanche ? </B>

? Je pense que je vais mettre le feu au Champ-de-Mars ! J?ai rechargé mes batteries pendant ces deux semaines de vacances et je vais essayer de réaliser quelques exploits. Je vais tout essayer pour gagner des courses à Maurice. Kieren Fallon est un cavalier très performant dans ce type de compétition et ce serait super de gagner des courses ici !

<I>(Entretien réalisé par Naseeb KOREEAWA)</I>

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