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Le Ramayana, SAJ et la laïcité
Dans son article “SAJ parlera le 30 décembre”, paru dans l’express du 10 novembre 2004, Monsieur Raj Meetarbhan nous dit que “La décision de Sir Anerood Jugnauth procède d’une volonté de respecter le principe de laïcité, auquel souscrivent les républicains.”
Par de tels propos, M. Meetarbhan nous laisse-t-il entendre qu’il a déjà lu le texte que le président mauricien, Sir Anerood Jugnauth (SAJ), a l’intention de lire le 30 décembre prochain, et que la laïcité sera mentionnée comme la raison de son choix de la date de son discours ? Comment M. Meetarbhan peut-t-il savoir que la décision de SAJ est motivée par la laïcité, le concept français qu’il explique très mal d’ailleurs ? Il prétend que les républicains souscrivent à la laïcité, mais quels républicains ? Les républicains français ont fait de la laïcité le fondement de leur république post-Révolution française. Mais les républicains iraniens ont fait de l’islam le fondement de leur république post-révolution iranienne. Je me demande si M. Meetarbhan peut nous dire où se trouve la laïcité dans la république du Congo, les républiques de la Baltique, les Républiques autonomes de la Russie (Altaï, Bachkortostan, Daghestan, Tchétchénie, Carélie, Tatarstan, Komis, etc.), la République américaine, la République de l’Inde, et la République de Maurice.
Par l’inoubliable Méthode Coué, M. Meetarbhan veut à tout prix faire croire aux Mauriciens que Maurice est un état laïque (à la française) sans expliquer comment… Mais les (…) journalistes sont “as clear as mud” dans leur politique propagandiste de la laïcité.
Maurice est un état séculier (secular en anglais), et non laïque. La laïcité est une exception française, et le mot est intraduisible en anglais propre. La laïcité est un signe d’une sécularisation de l’Etat, mais un Etat séculier n’est pas nécessairement laïque, tels l’Angleterre, l’Inde, Maurice. Un laïc est un prêtre catholique qui n’appartient pas au clergé. La laïcité est un terme emprunté à l’église catholique par les philosophes français comme Descartes, Voltaire, Montesquieu, pour combattre l’emprise de l’église catholique sur l’État français, y compris l’enseignement. Les circonstances propres à la France - sa centralisation, son catholicisme d’État, une église catholique qui continue ses procès de sorcellerie, une agriculture défaillante, son intolérance de Contre-Réforme - ont fait, dans ce pays, de la philosophie anticléricale. À ses origines, la politique de la laïcité ne concernait que le catholicisme. Ce n’est que subséquemment que le colonialisme et l’esclavagisme français essayèrent d’imposer cette politique sur d’autres pays souverains et d’autres religions. Il n’est alors pas surprenant que les journalistes des organes pro-français et francophiles veulent à tout prix imposer cette politique aux Mauriciens, surtout dans le contexte propagandiste de la “créolité” ou de la “créolisation”, termes issus de l’esclavage. L’abbé Philippe Fanchette avait tout à fait raison de dire : “Il ne se laisse ni angoisser ni constiper par une théorie de la nation républicaine et laïque importée exclusivement de France et imposée aux seuls créoles” (le Mauricien, 28 juillet 2001 - “Pardonnez-nous, l’abbé …”)
Séculier vs laïque
La laïcité n’adopte non-seulement pas de religion d’Etat, comme le catholicisme durant la pré-Révolution française, mais elle ne reconnaît nonplus, au niveau de l’Etat, aucune religion, aucun race, et aucune communauté. La laïcité est un principe intégrateur basé sur l’athéisme et présuppose un peuple homogène dit “citoyen”, dont la “citoyenneté”, qui est un des fondements de la République post-révolution française, et sans aucune pertinence pour Maurice.
De l’autre côté, séculier est aussi un principe politique qui n’adopte pas de religion d’Etat. Mais un système séculier reconnaît, au niveau de l’Etat, toutes les religions, races et communautés, cultures.
Comme les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Inde, Maurice a un système politique séculier mais non laïque comme le prétendent certains journalistes fanatiques et extrémistes (…) de Maurice.
M. Meetarbhan doit absolument s’expliquer plus en détails sur cette prétendue “volonté” du président SAJ “de respecter le principe de laïcité” auquel souscrivent les dits “républicains”, surtout, étant donné que le président de la République mauricienne n’est que symbolique, n’étant pas élu au suffrage universel. La présidence mauricienne actuelle n’est qu’un jeu politique dans le partage “non-démocratique” du pouvoir. Si SAJ est président depuis septembre 2003, c’est bien par arrangement (magouille, diraient les mauvaises langues) politique avec M. Paul Bérenger dans l’alliance MSM-MMM pour que M. Bérenger puisse devenir Premier ministre, forçant ainsi la démission du willing ex-Président Offman après seulement une année de présidence, en dépit du fait qu’il ait prêté serment pour cinq ans. Sacrilège, diraient d’autres ! Dans le contexte mauricien, où sont-elles ces valeurs républicaines que nous ressassent sans cesse nos journalistes politiciens ?
Où peut-on nous renseigner sur cette fameuse “pensée républicaine” de M. Meetarbhan? Est-ce vraiment une affaire d’Etat si SAJ s’adresse à la population le jour de Noël, la veille ou le lendemain, le jour du réveillon ou 24 heures avant (soit le 30 décembre) le nouvel an chrétien de l’ère chrétienne ? Dans la logique de M. Meetarbhan, le président SAJ ne devrait-il pas s’adresser à la population de même, par exemple, 24 heures avant le nouvel an de l’ère islamique pour démontrer sa “volonté de respecter le principe de laïcité” ? Il est évident que M. Meetarbhan est très mal informé sur le concept de la laïcité et qu’il devrait se renseigner davantage avant d’écrire sur un sujet aussi complexe. Bien que la France se prétende laïque, il y a tellement de dérogations à cette laïcité française qu’on ne peut objectivement dire que la France soit un pays laïque.
Le Ramayana, SAJ et la laïcité
Il est fort instructif de constater l’indélicatesse de certains journalistes politiciens qui ne reculent devant rien, et déforment en toute impunité la vérité dans le but de manipuler l’esprit et l’ignorance des Mauriciens et leur faire croire n’importe quelles divagations journalistiques. La déclaration de SAJ selon laquelle il aurait toujours gouverné Maurice selon les principes et valeurs du Ramayana est de notoriété publique. Selon l’hebdomadaire Mauritius Times du 23 août 2002, “SAJ and values of Ramayana: From then to now and beyond” , Dilip Laxman écrit que SAJ “understood and appreciated the full meaning of what he had said” en déclarant que “in running the affairs of the state he had always been guided by and followed the values enshrined in the Ramayana, considering them as the ideal: Rajneeti me Ramayana mera sabse bara adarsh rahi hai.
De la gestion économique de SAJ selon les principes de “bhakti and shakti”, à ses “sacrifices” “tyaag ka raasta”, en passant par le “samaj ko jagaya”, “social awakening” de Maurice et de son “rajneeti, based on the precepts of Bhagwan Ram: maine hamesha apna vachan nibhaya aur janta ke soukh aur sammridhi ke liye kam kiya”, tout respire le communalisme (“communautarisme”) et en aucun cas un quelconque esprit de laïcité comme le prétend Raj Meetarbhan !
Finalement, pour conclure, l’État français, de son côté, se sert dangereusement d’une mauvaise définition de ce concept de laïcité afin de justifier ses propres préjugés et sa politique fascisante envers certaines langues, races, cultures et une religion en particulier, l’islam. Le faux débat sur le port du hijaab (foulard porté par certaines musulmanes) et son interdiction est en violation flagrante des droits de l’homme (de la femme musulmane).
Article 9 - Liberté de pensée, de conscience et de religion (1)
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Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.
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La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.
COUNCIL OF EUROPE - The European Convention on Human Rights - ROME 4 November 1950
L’Etat mauricien est séculier, Dieu merci, et non laïque.
Rafic SOORMALLY
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