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Eminem le provocateur est de retour
La sortie d'Encore, quatrième album d'Eminem, était très attendue, vendredi 12 novembre, aux Etats-Unis, l'impatience des fans du rappeur le plaçant comme favori du hit-parade. D'autant qu'elle a été précédée d'une controverse déclenchée par deux titres, Just Lose It, qui ridiculise Michael Jackson, et Mosh, une chanson engagée contre George W. Bush. Du pain béni pour la maison de disques Interscope Records, qui a avancé de quatre jours la date de parution d'Encore, officiellement pour lutter contre le piratage sur Internet, où la plupart des vingt morceaux sont facilement accessibles.
A la veille des fêtes, Encore devrait doper l'industrie du disque, dont le chiffre d'affaires a enregistré une amélioration d'environ 4 % aux Etats-Unis, au cours du premier semestre 2004, la première bonne nouvelle pour ce secteur depuis 2000. En langue anglaise, l'"encore" signifie un rappel enthousiaste du public.
A 32 ans, Marshall Bruce Mathers III, soit M & M - donc Eminem -, a vendu 50 millions de disques dans le monde, a reçu des Grammy Awards, dont ceux du meilleur album de rap pour The Slim Shady LP et The Marshall Mathers LP) et un Oscar pour la meilleure chanson originale (Lose Yourself). Son histoire a inspiré le film 8 Mile, dans lequel il joue.
Il a su surprendre son public en interprétant Stan en duo avec Elton John. Mais, aujourd'hui, c'est en réglant méchamment son compte à une autre star de la pop, Michael Jackson, qu'il fait parler de lui. Dans la vidéo de Just Lose It, le chanteur est dépeint en vedette déchue ayant perdu son nez.
Encore reçoit un accueil mitigé de la presse américaine, presque unanime à reprocher à l'album sa longueur (77 minutes) et visiblement déroutée par ce rappeur qui révèle un aspect différent de sa personnalité. Et notamment par Mockingbird, un rap doux écrit pour sa fille de huit ans, Hailie, de l'aveu de l'auteur, "sa chanson la plus émotive". Il tente d'y expliquer pourquoi sa relation avec la mère de l'enfant s'est conclue sur un échec.
C'est surtout Mosh, le titre attaquant George W. Bush, qui cristallise l'attention après avoir filtré prématurément. Le Washington Post se moque de la "nouvelle conscience sociale" d'un Eminem luttant contre l'injustice, mais d'autres critiques n'hésitent pas à évoquer l'hymne protestataire de Bob Dylan, The Times They Are A-Changin'. Dans le vidéoclip d'animation, on voit Eminem en meneur d'hommes entraînant une foule de manifestants, blancs et noirs.
"Que le président réponde à l'anarchie suprême/Donnez-lui un AK-47 pour combattre sa propre guerre/Et pour impressionner son père", scande-t-il, avant d'inviter la "génération future" à s'exprimer en votant.
<B>Claudine MULARD Le Monde 2004 distribué par The N. Y. Times Syndicate</B>
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