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L’efficacité des produits à base de soja remise en question

25 novembre 2004, 00:00

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L’idée d’enrichir l’alimentation en soja a germé dans la tête des industriels. Les laboratoires se sont rué sur le créneau en proposant aux milliers de femmes qui passent chaque année le cap de la ménopause, des compléments alimentaires à base de “phyto-oestrogènes”.

Ceux-ci remportent un énorme succès. Ils ont même fait leur apparition à Maurice, un petit marché où les habitudes alimentaires des femmes sont différentes de celles de l’Orient.

La ménopause correspond, chez la femme, à l’arrêt définitif du fonctionnement des ovaires. Une période charnière qui provoque un certain nombre de désagréments, comme l’apparition de bouffées de chaleur, une sécheresse des muqueuses, un risque accru d’ostéoporose ou de maladies cardio-vasculaires.

En principe, le gynécologue prescrit un traitement hormonal substitutif pour combler le déficit d’hormones et diminuer ces troubles. Mais certaines femmes ne peuvent pas les prendre (il est contre-indiqué après un cancer du sein, par exemple).

Or, il a été établi qu’au Japon, les femmes ont moins de bouffées de chaleur, moins de risques d’ostéoporose ou de maladies cardio-vasculaires et développent moins de cancers du sein. Pourquoi ? Les chercheurs se sont penchés sur la question et ont constaté que l’alimentation asiatique est très riche en soja.

En étudiant ce végétal, ils se sont aperçus qu’il contenait des “isoflavones”, substances dont la composition se rapproche des œstrogènes. Ils ont donc baptisé ces molécules “phyto-oestrogènes” (œstrogènes naturels provenant de plantes).

Quelle est l’efficacité thérapeutique de ces molécules ? Suppression des bouffées de chaleur, diminution du risque d’ostéoporose, prévention des maladies cardio-vasculaires ou même du cancer du sein : en théorie seulement. Dans la pratique, la réalité se révèle beaucoup plus complexe. Les phyto-oestrogènes n’ont en effet que le statut de complément alimentaire, et non de médicament.

Ainsi, outre l’autorisation de mise sur le marché, ils sont dispensés de démonstration d’efficacité par rapport à un placebo, d’études sur leur possible toxicité, et ne sont pas soumis aux tests de pharmacovigilance.

<B>Des résultats peu convaincants</B>

Pour prétendre au statut de médicament, un produit attend en principe une quinzaine d’années avant d’être commercialisé. Malgré une profusion d’études scientifiques sur le thème, aucune ne peut aujourd’hui confirmer de façon claire et nette les arguments publicitaires des laboratoires.

Sur les bouffées de chaleur, l’efficacité des phyto-oestrogènes demeure au stade des hypothèses. En ce qui concerne l’ostéoporose (diminution de la minéralisation osseuse conduisant à des fractures), les femmes ne seront pas plus protégées au niveau du squelette. Si les Japonaises se cassent moins le col du fémur, c’est peut-être parce qu’elles sont de petite taille.

Quant à la prévention des maladies cardio-vasculaires, le mystère reste entier. Certes, les études ont prouvé que les régimes riches en soja diminuent très légèrement le taux du cholestérol. Mais cela ne veut pas dire que la prise de phyto-oestrogènes va entraîner une baisse du taux de mortalité cardio-vasculaire.

Sur Internet, toujours en référence à l’exemple japonais, certains produits en vente libre se targuent même de contribuer à la prévention du cancer du sein. Il est vrai que ce type de cancer est moins fréquent en Asie. Là encore la comparaison ne tient pas la route. Le mode de vie et l’alimentation y sont pour quelque chose.

Devant tant d’incertitudes, comment savoir si ces produits ne font pas courir de risques à leurs utilisatrices? Certes les phyto-oestrogènes sont très peu actifs. Au Japon, les femmes ingèrent des doses considérables quotidiennement, sans pour cela courir un danger.

Mais avec des arguments publicitaires efficaces et des produits en vente libre, des problèmes pourraient survenir. Par exemple, celui de se faire sa propre prescription, ou encore de ne pas faire vérifier régulièrement son état par un spécialiste.

Il existe aussi le risque de laisser de côté le traitement hormonal substitutif pour des produits dits naturels et sans efficacité démontrée. Du côté des pouvoirs publics, il serait temps d’envisager une réglementation de ce genre de produits.

BON A SAVOIR

<B>Médicaments ou compléments? </B>

■ Lorsqu’ils se trouvent au premier plan dans les rayons des pharmacies, la confusion s’installe vite dans la tête des consommatrices. Certes, les produits à base de soja ne prétendent pas supprimer les troubles de la ménopause, mais donnent des résultats scientifiques, montrant l’effet bénéfique du soja. Ils jouent sur le côté “naturel” du produit, par opposition aux ingrédients chimiques d’un vrai médicament. En Europe, une proposition de directive sur les compléments alimentaires est en gestation. Son objectif est de donner au consommateur des informations détaillées sur leur nature et leur composition. Les autorités locales gagneraient à s’inspirer de ces propositions.

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