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Des Mauriciens sous l?emprise de la terreur

14 novembre 2004, 00:00

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Les coups de feu résonnent tout au long de la journée dans la région nord d?Abidjan, ville où Oodarao Apajee vit depuis 25 ans. Voilà six jours que ce Mauricien, directeur commercial dans une société de construction mécanique, vit cloîtré dans sa maison avec son épouse et sa fille. « Nous vivons un vrai cauchemar. Il n?y a pas de mots suffisamment forts pour décrire la peur dans laquelle nous vivons ces jours-ci. Cela fait six jours que nous sommes cloîtrés chez nous? »

Dans cette ville fantôme, où tous les bureaux administratifs et usines ont été saccagés et les quatre écoles françaises brûlées, les Apajee vivent dans la crainte d?être pillés et tués. C?est le sort réservé aux étrangers dans ce pays miné par la violence. Les rebelles écument les rues de la capitale, armés de machettes, de barres de fer et de gourdins, à l?affût de mauvais coups.

Il y a quelques jours, dans la nuit du 7 novembre, les Apajee étaient sur le point de subir le même sort. Ils se sentent plus vulnérables la nuit lorsque les militaires français se retirent dans leurs casernes.

« Nous avons failli y passer. Les pillards sont arrivés vers ma maison, en hurlant qu?il y avait des étrangers ici et qu?il fallait qu?ils les pillent. Heureusement des amis à moi, des Ivoiriens, ont réussi à les dissuader en leur disant qu?il n?y avait pas d?étrangers ici », raconte-t-il apparemment encore sous le choc.

Depuis, le moindre bruit suspect les affole. « De ce fait, on ne dort plus que d?un ?il. Ma fille de 15 ans est traumatisée. Les médecins recommandent qu?elle soit évacuée le plus vite possible? »

Tous n?ont pas eu la même chance. Deux familles mauriciennes ont déjà été victimes de ces violences. « Les maisons de ces Mauriciens, qui habitaient dans le quartier de Cocody, ont été pillées. Ils ont dû se réfugier dans un camp militaire français près de l?aéroport. Les employés des compagnies sucrières ont déjà été évacués vers le Ghana voisin », confie avec émotion Claudette Théodore-Brenon, une Mauricienne, institutrice de profession, mariée à un ressortissant français.

Dans le quartier sud d?Abidjan à Marcory, la situation est beaucoup plus calme. « Nous avons eu de la chance. Mais nous restons vigilants et nous craignons une détérioration à tout moment. Nous évitons de sortir. » Pourtant avec son époux, Jean, elle n?envisage pas de partir de sitôt. « C?est difficile, surtout que je suis ici depuis 1977. On ne pense pas à partir d?Abidjan surtout dans ces conditions difficiles. » L?évacuation prioritaire, ajoute-t-elle, ne concerne que les volontaires et les cas désespérés, les malades, les blessés, les femmes et les enfants.

« L?État ne se soucie pas de notre sort? »

En attendant, les scènes de pillage se poursuivent, les morts civils et étrangers se comptent par dizaines.

Pour les Mauriciens, il n?y a plus beaucoup d?espoir, alors il vaut mieux tout laisser et fuir. C?est ce que compte faire Oodarao Apajee. Sa femme Shirin et leur fille Fariba seront rapatriées par la Royal Air Force jusqu?au Ghana où elles devront rallier Johannesbourg avant d?arriver enfin à Maurice. Elles seront rejointes par Oodarao, plus tard, le temps pour lui de sauver quelques biens qui peuvent l?être encore.

« Malheureusement nous n?avons pas le choix. Ce pays ne se remettra jamais, la politique a tout gâché. À Maurice, vous vivez dans un paradis, qu?il en soit toujours ainsi. »

Il en profite pour donner des nouvelles d?une vingtaine de Mauriciens éparpillés dans le complexe sucrier appartenant à Sucreivoire, compagnie gérée par Harel Frères. « Que leurs familles se rassurent : ils sont sains et saufs. Là où ils se trouvent, dans la région Nord, Ouest et centre, il n?y a pas de scènes de pillage. »

Dans un si grand pays miné par la violence et la guerre, l?absence de communication est ressentie comme un abandon de l?État mauricien. Oodaroa Apajee se montre assez critique. « Je suis désolé de dire que l?État ne se soucie pas de notre sort? » Mais pas plus tard que vendredi, le gouvernement a passé en revue la situation au Zimbabwe et en Côte-d?Ivoire et a pris note des mesures prises pour accorder l?assistance voulue aux citoyens Mauriciens en cas de besoin.

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