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« Nous pouvons réduire de moitié la perte en eau dans quatre ans »

14 novembre 2004, 00:00

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Depuis des dizaines d?années, chaque ministre qui passe nous promet qu?il va éliminer les fuites d?eau, or les chiffres indiquent des pertes de l?ordre de 50 %, peut-on tolérer un tel gaspillage ?

C?est vrai que le pourcentage d?eau unaccounted for est élevé, et que c?est une de nos plus grosses inquiétudes. Sans vouloir jeter la pierre à qui que ce soit, je constate que les gouvernements successifs ont commis l?erreur de traiter le problème de manière parcellaire. Mais le gouvernement actuel entend l?attaquer dans sa globalité, et à différents niveaux.

Comment ?

D?abord de manière économique. Il n?est plus rentable de continuer à injecter de l?argent dans la recherche de ressources, il nous faut plutôt optimiser ce qui existe déjà. Malgré toutes les tentatives faites avec bonne foi, nous avons actuellement un taux de 50 % de Non Revenue Water. Ce même taux était de l?ordre de 53,8 % en 1999-2000.

Il n?y a donc pas de quoi afficher sa satisfaction?

Certainement. C?est pourquoi, nous avons sollicité et obtenu le soutien de la Banque européenne d?investissement (BEI) pour financer un vaste programme. Le projet coûtera environ Rs 1 milliard et la BEI a accepté de mettre 20 millions d?euros à notre disposition. Pour sa part, la Central Water Authority (CWA) aura à trouver Rs 500 millions. Nous avons déjà retenu les services de Severn Trent Water International Ltd. Cette entreprise de consultants va d?abord constituer une base de données, puis elle mettra au point un plan pour nous permettre de ramener le pourcentage de pertes à 25 % dans trois ou quatre ans.

Dans l?immédiat, la CWA va remplacer environ 160 000 compteurs défectueux. Elle a déjà passé une commande pour 80 000 de ces appareils, et en a reçu 25 000. Nous comptons aussi réhabiliter environ 50 km de nos conduits. La loi sera bientôt amendée pour introduire de peines plus sévères contre les resquilleurs.

Que le réseau soit vieux, admettons, mais il y a également des pertes au Midlands Dam.

C?est vrai qu?il existe une fuite d?environ 1 300 mètres cubes par jour au niveau d?un des joints du réseau partant du Midlands Dam. Mais cette perte n?a rien d?alarmant quand on sait que l?évaporation concerne environ 10 000 mètres cubes par jour. De plus, la fuite ne constitue aucun security risk. Aucun barrage n?est fully water tight. Enfin, il faut savoir que cette eau retourne ensuite dans le circuit, puisqu?elle se déverse à La Nicolière. Le barrage est doté d?un système de contrôle des plus sophistiqués. Nous sommes en présence de deux avis divergents, émanant du constructeur et du consultant respectivement, et le différend sera bientôt soumis à un arbitrage.

Il y a eu pas moins de quatre augmentations du tarif des eaux usées en quatre ans ; ne pensez-vous pas qu?il y a une limite à tout ?

Il faut d?abord savoir que, selon l?accord signé par l?ancien gouvernement auprès des bailleurs de fonds, le tarif moyen d?un mètre cube qui est actuellement à Rs 6,90 aurait dû être à Rs 9,10. Cela dit, nous sommes conscients que cet état de fait pose problème à ceux qui sont les plus démunis. C?est pourquoi le tarif n?a pas été augmenté cette année. Il faut savoir que la Waste Water Management Authority a injecté Rs 3,5 milliards dans ce secteur depuis l?an 2000.

Fallait-il investir autant dans un si court laps de temps ?

Certainement. Maurice puise 65 % de son eau des nappes phréatiques, et nous ne pouvons pas prendre le risque de polluer de telles ressources. À ce jour seules 21 % de maisons sont reliées au réseau du tout-à-l?égout. Notre objectif est d?atteindre 50 % d?ici à 2010. Pour ce faire, nous avons un programme d?investissement de Rs 8,5 milliards. C?est lourd, mais inévitable. Le pays dépend énormément du tourisme, et il nous faut préserver à tout prix notre environnement, car les dégâts sont irréversibles.

La note du Central Electricity Board pour ses importations d?huile lourde ne cesse d?augmenter, n?y a-t-il pas lieu de revoir notre mode de production d?énergie ?

Le CEB débourse cette année Rs 1,6 milliard pour cette facture, soit 14 % de plus qu?en 2003. La dernière cargaison a coûté 32 % plus cher pour plusieurs raisons. À ce jour, 53 % de nos besoins en électricité sont générés à partir d?huile lourde, 21 % avec le charbon, 17 % avec la bagasse et 6 % grâce aux stations hydrologiques. Comme l?eau est très demandée pour la consommation do-mestique et les autres secteurs économiques, il n?y pas moyen d?augmenter le volume généré par ces stations. Il nous faut donc nous tourner de plus en plus vers la bagasse. Avec la centralisation qui a lieu dans le secteur sucrier, nous pensons pouvoir, dans cinq ou six ans, doubler l?apport de la bagasse. Dans le cadre d?un protocole d?accord avec l?Inde, la compagnie Suzlon Energy Ltd viendra bientôt installer à Bigara des équipements servant à la production d?énergie éo-lienne. Le CEB est en principe d?accord pour acheter l?énergie qui y sera générée. Il reste maintenant à définir le prix.

Le coût de l?eau et de l?électricité ne cesse de prendre l?ascenseur ; la création de l?« Utility Regulatory Authority » ne va-t-elle pas saler davantage la note du consommateur ?

Bien au contraire, elle va veiller à ce que les droits de toutes les parties concernées soient protégés, surtout dans le domaine de l?énergie électrique. À ce jour le CEB, qui en est l?unique distributeur, est aussi producteur. Il est à la fois juge et partie lorsqu?il s?agit de négocier avec les autres producteurs, notamment les compagnies usinières. La présence du régulateur vise surtout à encourager l?investissement privé et à réduire le poids politique dans la fixation du prix des services publics.

Les syndicats rejettent certaines clauses du projet de loi devant remplacer l?« Industrial Relations Act », et qui figure au Livre blanc récemment publié par le ministre du Travail? qu?en pense l?ancien conseiller syndical que vous êtes ?

Je tiens tout d?abord à préciser que ce n?est qu?un Livre blanc. Mon collègue Showkutally Soodhun a accordé deux mois aux syndicats pour pouvoir réagir. Le gouvernement va écouter ce qu?ils ont à dire. Tout le monde s?accorde à dire que l?IRA est dépassé. J?ai l?intime conviction que le texte présenté cette fois, constitue une avancée extraordinaire après les multiples tentatives faites depuis 1982 pour le remplacer.

Nous sommes déjà à la porte des prochaines élections générales et tout semble indiquer que les principaux partis ont du mal à présenter la relève?

Permettez-moi de m?inscrire en faux à ce que vous avancez. Nous avons, lors des dernières élections, fait de la place à plusieurs jeunes et nous continuerons à faire appel à de nouveaux talents.

Il n?empêche que nous avons toujours les mêmes têtes à la direction de la plupart des partis?

Ces mêmes « têtes » comme vous les appelez ont fait leur preuve et sont investies d?une légitimité populaire. Le fait que ces dirigeants ont été élus prouve qu?ils ne sont pas encore totalement usés et continuent à inspirer du respect.

L?on parle de plus en plus d?une éventuelle grande alliance qui comprendrait le MMM, le MSM et les travaillistes. Vos commentaires?

Maurice demeure avant tout le pays des rumeurs. C?est vrai que nous assistons, depuis peu, à une décrispation dans les relations entre la majorité et l?opposition, c?est tout à fait normal dans un pays civilisé.

Vous n?êtes cependant pas sans savoir que la défaite du candidat de la majorité à la partielle de Piton-Rivière-du-Rempart a suscité certaines prises de contact.

Pas à ma connaissance. S?il est vrai que cette défaite avait affaibli certains de nos sympathisants, je pense que la situation n?est plus la même. Ce que je peux surtout vous dire, c?est que le MSM et le MMM iront aux élections ensemble. Nous avons encore un budget à présenter, et nous n?avons pas encore dévoilé nos batteries. Je fais confiance à l?électorat. Les électeurs sont bien plus avisés que vous ne le pensez. Je suis persuadé que le moment venu, et après avoir comparé les bilans, ils vont nous renouveler leur confiance. Par les temps qui courent, et compte tenu des réformes que nous avons apportées dans les différents domaines, ils sont condamnés à voter pour l?alliance MSM-MMM.

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