Publicité

S.O.S. hôpitaux en mal d?équipements

6 novembre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

« L?ouvrier qui veut bien faire son travail doit commencer par aiguiser ses instruments », disait Confu-cius. Ce dicton devrait être appliqué au service hospitalier, où la qualité et le manque d?équipements font souvent défaut?

L?express-dimanche a fait une tournée dans les différents établissements et le constat est? stupéfiant. La plupart des hôpitaux régionaux pêchent au niveau du matériel.

À l?hôpital Victoria, l?unique gastroscope, appareil utilisé pour l?examen de la cavité gastrique, a rendu l?âme depuis belle lurette. « Cela fait deux ans au moins qu?on attend qu?il soit réparé. C?est une vraie catastrophe ! », s?insurge un médecin. Il poursuit en affirmant que chaque service aurait dû avoir au moins quatre ou cinq gastroscopes. Et pour cause, les Mauriciens sont de plus en plus nombreux à souffrir de ce problème, souvent lié à une mauvaise alimentation.

« Cela nous aurait permis de connaître l?étendue de la maladie et de faire un meilleur diagnostic », affirme-t-il. Faute d?examens plus poussés, les patients en sont réduits à prendre des médicaments pour traiter le mal. Sauf ceux qui en ont les moyens, car dans le privé, une gastroscopie coûte environ Rs 2 000.

À l?hôpital SSRN, dans le Nord, c?est le lithotriteur qui fait des siennes. Cet appareil, utilisé pour l?élimination des calculs rénaux, est en panne depuis plusieurs semaines. « Les opérations ont dû être annulées. Pendant combien de temps encore, les malades devront-ils patienter ? », demande un médecin.

Et comme prévu, la liste d?attente s?allonge de jour en jour?

Au niveau des urgences (casualty), la situation n?est pas plus reluisante. Les infirmiers des différents hôpitaux affirment que les tensiomètres et les thermomètres sont obsolètes. Quant aux instruments utilisés pour des interventions mineures, ils sont usés et ne répondent plus aux normes de la médecine moderne. Dans la Minor Operating Room de l?hôpital Candos, l?absence de petits forceps se fait sentir lorsqu?il s?agit de traiter des kystes infectés ou de suturer des coupures mineures.

Pas de spray analgésique non plus. « Ce produit a toute son importance quand nous soignons des enfants qui sont déjà traumatisés par la vue du sang. » Les infirmiers doivent rivaliser d?adresse pour que les needle holders, inadaptés à cause de leur grosse taille, ne brisent pas les aiguilles. « Parfois, on se demande si c?est bien de la médecine que l?on pratique? » soupire un médecin. Et la lampe utilisée pour l?éclairage, lors des opérations mineures, est aussi en panne?

<B>Moisissure et manque de maintenance</B>

À l?hôpital Jeetoo, les murs de la Minor Operating Room sont tachés de moisissures. « C?est parce qu?il n?y a pas d?extracteurs », explique un médecin. Ici, les vapeurs qui émanent des stérilisateurs, faute d?être évacuées par un système de ventilation approprié, se déposent sur les murs. Là, les infirmiers doivent se débrouiller avec deux pinces et deux paires de ciseaux pour effectuer des sutures?

L?hôpital aurait également besoin d?un bronchoscope. « Je me souviens d?un enfant qui s?était étouffé avec une pistache. Si nous avions eu un tel appareil, nous aurions peut-être pu le sauver », souligne un médecin. Pour compléter le tableau, l?appareil de radiologie rend souvent l?âme? et les réparations se font toujours attendre.

Pas de service de maintenance régulier pour les instruments utilisés couramment à l?hôpital de Rose-Belle, affirme un infirmier. Récemment, explique-t-il, un électrocardiographe est tombé en panne. « Sa finn boulvers tout bann pasian finn ankoler e nou finn bizin galoupe al rod enn lot. Sak foi gaign problem avek sa bann laparey la parski sertin deza vie ek zot pas fonksionn a 100 % ».

<B>Des démonstrations techniques nécessaires</B>

Par ailleurs, il déplore le manque d?information concernant les nouveaux appareils. « Le service est doté d?un nouveau défibrillateur. Mais, nombreux sont les médecins et les infirmiers à ne pas savoir l?utiliser ! » Pour optimiser ce défibrillateur, des démonstrations techniques seraient les bienvenues. « C?est à cause d?une mauvaise utilisation que les appareils se cassent? »

Beaucoup trouve que l?utilisation de l?oxygène dans les urgences est dangereuse. « Ce gaz peut exploser si jamais il y a le feu. Il faudrait plutôt mettre en place un système centralisé. » Seules les salles d?opération et le service des soins intensifs sont pourvus d?un central supply.

Et que dire des brancards ? On a pu constater, à l?hôpital de Rose-Belle, qu?ils ne sont pas équipés de freins, ce qui peut constituer un risque pour la sécurité du patient. Les dossiers ne sont pas inclinables. Or, ceux qui souffrent d?insuffisance respiratoire, doivent impérativement être maintenus dans une position inclinée.

Au ministère de la Santé, les responsables sont au courant de l?état défectueux des équipements. Le Chief Medical Officer explique que les procédures sont déjà enclenchées pour réparer les machines en panne. L?unité de Medical Engineering est là pour ça, et en ce qui concerne certains appareils coûteux, le ministère a un servicing agreement avec les compagnies importatrices, dit-il.

« Le temps que cela prendra dépend des pièces de rechange qu?il nous faudra acheter. Certaines doivent être commandées de l?étranger. » Il est d?avis que certains instruments de chirurgie mineure utilisés au service des urgences doivent être remplacés. « Mais il est faux de dire que nous en manquons. »

<B>Infirmiers agressés : et rebelote ! </B>

On croyait que c?était la fin de la série noire? Mais c?était mal connaître la nature humaine. Un visiteur a, encore une fois, cédé à la colère et agressé, mardi dernier, un infirmier de 30 ans alors qu?il se trouvait dans la Rest Room de l?hôpital de Rose-Belle. L?incident, qui s?est produit vers 13 h 30, a eu l?effet d?une bombe auprès des blouses blanches qui réclament plus de sécurité dans l?exercice de leurs fonctions.

<B>Mettre en place des outils légaux</B>

Selon les informations recueillies, le visiteur en est venu aux mains parce qu?il accusait l?infirmier de lui avoir parlé d?une manière brutale. Ce dernier s?en est sorti avec quelques bleus, mais il est « psychologiquement affecté », aux dires de ses collègues. « Heureusement que les policiers sont intervenus rapidement », affirme un autre. L?assaillant a été appréhendé, puis libéré sous caution. De plus, une objection to departure pèse sur lui.

Cette énième attaque a tôt fait de rameuter les syndicats des infirmiers. « Nous condamnons cette attitude barbare », lance, éc?uré, Govindass Nathoo, le secrétaire de la Nursing Association.

« Si cette personne avait un reproche à formuler par rapport au comportement de l?infirmier, elle aurait pu porter plainte auprès des instances existantes. »

Les attaques contre le personnel médical et paramédical continuent, même si elles ont sensiblement diminué, observe le syndicat des infirmiers. Il s?agit maintenant de mettre en place des outils légaux pour réduire à néant ces agressions physiques et verbales. « Cela va décourager les agresseurs potentiels, qui sont souvent sous l?influence de l?alcool, à passer à l?acte. Tant qu?il n?y aura pas de loi sévère ce phénomène va continuer. »

Pour les infirmiers en salle, le problème est beaucoup plus complexe, depuis qu?une loi interne impose que seules deux personnes à la fois peuvent rendre visite à leurs proches. « Nous avons pour ordre de contrôler l?accès aux salles. Mais les visiteurs vexés nous prennent régulièrement à partie. Et là, on a droit aux coups et aux insultes? » L?administration recommande aux infirmiers d?alerter la sécurité au moindre pépin. « Letan li arive ou finn fini gaign bate ! »

Publicité