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?Nous manquons de ressources pour répondre à tant de détresse?
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?Nous manquons de ressources pour répondre à tant de détresse?
<B>Un enfant de sept ans rendu handicapé, aveugle et sourd parce qu?il a été maltraité à 15 mois... Vous avez été confrontée à des horreurs. Comment émerge-t-on d?une telle année ? </B>
Certains risquent de croire que ce type d?affaires est exagéré. Mais il existe bel et bien. Ce bébé est un bébé secoué. Il a été victime de lésions irrémédiables au cerveau. C?est un phénomène peu connu à Maurice puisque le ministère de la Santé même nous a dit ne pas connaître de tels cas... Nous sommes convaincus qu?il en existe d?autres et nous comptons bien faire campagne pour sensibiliser les parents sur les dangers de lancer et de secouer leurs bébés de moins de 18 mois, pour jouer avec lui ou pour l?empêcher de crier. J?ai recueilli beaucoup de misères, oui, mais je ne me laisse pas abattre.
<B> Deux cent trente deux complaintes, presqu?une par jour. C?est beaucoup... </B>
Surtout quand on sait qu?il faudrait multiplier ce chiffre au moins par 10 pour tous les cas qui ne sont pas rapportés....
<B>Mais la plupart de ces cas ne devraient pas être traités par votre service... </B>
Il faut, de toute évidence, revoir toute la chaîne de services et renforcer les organismes qui n?arrivent pas à répondre aux besoins dans ce domaine, en tout cas en profondeur. Certaines de ces complaintes devraient être l?affaire d?autres services, la Child Development Unit, la Child Protection Unit ou la police, la Brigade des mineurs. Nous les leur référons, et faisons ensuite un suivi. Mais rien que ça, ça nous prend énormément de temps.
Nous ne sommes pas un organisme qui doit répondre à des cas d?urgence. Notre but est d?apporter des changements en profondeur en enquêtant sur des cas individuels. Mais les gens viennent de plus en plus vers nous pour chercher des solutions concrètes.
<B>Vous n?êtes pas assez équipés ? </B>
Nous sommes 16, douze administratifs et quatre enquêteurs. C?est peu deressources pour tant de détresses. Il faut plus de professionnels pour les études de cas, pour tout l?aspect psychologique. Pour le moment, je m?appuie sur des bénévoles et je consulte souvent les ong.
<B>Le rapport sur l?exploitation commerciale des enfants faisait était de plus de 2000 mineurs impliqués. Agissez-vous sur ce plan ? </B>
On enlève bien sûr l?enfant du milieu quand on rencontre des cas, mais c?est compliqué la prostitution. Le ministre a un plan d?action et nous collaborons comme nous pouvons.
<B>Avec le nombre de problèmes de garde, de foyers éclatés qui atterrissent à votre bureau, vous devriez être assistée de conseillers conjugaux... </B>
Ce sont des psychologues qu?il faut pour un travail de longue haleine. Les parents qui ne placent pas l?intérêt supérieur de leurs enfants en priorité, sont eux-mêmes souvent des victimes. J?insiste précisément, en raison du nombre de ce cas, pour qu?une Family Court avec des juges formés et des experts soit vite créée.
<B>N?y a-t-il pas de psychologues dans les services dont vous parlez plus haut ? </B>
Beaucoup de jeunes sont rentrés avec des formations très pointues, y compris en maltraitance. Mais c?est le système qui fait défaut. On ne recrute pas un psychologue comme on recrute un fonctionnaire. Il y a donc des psychologues dans le privé mais peu au niveau du CDU. En outre, ils doivent se partager entre plusieurs unités du ministère. Comment peut-on ainsi espérer qu?ils aident les victimes ? Plutôt que de recruter, je suis partisane de faire appel à une association de professionnels qui serait agréée. Celle-ci pourrait mieux répondre aux demandes. Cela est valable aussi pour les avocats.
<B>L?ombudsperson est-il habilité à faire assigner un avocat à un enfant ? </B>
Non, mais nous avons demandé au ministère de faire amender les lois pour que cela se fasse d?office. Nous avons même proposé que ça se fasse sur la base de l?aide judiciaire si les parents sont pauvres et que ces derniers contribuent aux frais s?ils ont des moyens, surtout lorsqu?ils se déchirent entre eux. Une Family Court pourrait aussi prendre cette responsabilité. Nous attendons.
<B>Enfants battus, enfants abandonnés, enfants abusés, enfants violents. Quelle est la question la plus préoccupante à Maurice aujourd?hui ? </B>
Les agressions à l?intérieur même des familles, toutes sortes de violences mais surtout les abus sexuels, sont en hausse. Quelquefois, on n?en parle pas. Les enfants pauvres sont bien évidemment plus vulnérables mais il y a des cas partout.
<B>La prise en charge de l?enfant abusé est inexistante. C?est scandaleux qu?un enfant victime puisse être examiné 16 heures après une agression. Nos services de police, de santé manquent d?humanisme. Qu?est-ce qui vous donne des raisons d?espérer que cela changera ? </B>
Je crois au changement, mais je reconnais que le changement est long. S?il y a une volonté politique, on peut obtenir des lois nouvelles, des mécanismes. Il ne faut pas baisser les bras. J?ai déjà obtenu quelques résultats. Il y a des décideurs qui écoutent.... et qui entendent !
<B>Les cas d?enfants maltraités à l?école sont nombreux. Comment prévenir cela? </B>
Oui, Je reçois de plus en plus d?enfants victimes de punitions corporelles, d?humiliation, de maltraitance en tout genre dans les écoles. Il faut en étudier les causes. Trop d?enfants par classe, trop de pression sur les enseignants, quelquefois un manque d?engagement... Pendant notre prochaine campagne, nous essaierons d?impliquer les enseignants, les élèves, et leurs parents.
<B> Un enfant est décédé à Roche-Bois en début d?année faute de soins. Nous n?avons pas d?assistantes sociales qui feraient le tour des foyers à risque, et qui seraient en mesure d?agiter un drapeau rouge quand un enfant est maltraité ou mal nourri. Comment faire respecter les droits sociaux et économiques de l?enfant en absence d?un réseau de surveillance ? </B>
On peut commencer par formaliser un réseau de mentors, des parrains et marraines qui aideraient les enfants de familles vulnérables sans les remplacer. Un mini sondage auprès de 500 personnes nous permet de croire qu?il y a beaucoup de Mauriciens qui seraient disposés à jouer ce rôle. Il faut maintenant que le ministère concrétise le projet.
<B>Mais le concept de famille d?accueil ? </B>
Un enfant est confié à une famille d?accueil quand sa propre famille représente un risque pour lui. Les mentors iront voir des enfants dans les familles qui ne sont pas dangereuses pour leur enfant mais socialement incompétentes.
<B>Nos éducateurs sont-ils suffisamment sensibles aux signes dedétresse ? </B>
Il faut former le personnel scolaire à la reconnaissance de ces signes. Depuis longtemps, on réclame des psychologues scolaires ou des conseillers formés. Je suppose que les moyens manquent. Il faudra trouver une solution.
<B>N?y a-t-il pas davantage de parents qui abdiquent devant leursresponsabilités que d?enfants réellement incontrôlables ? </B>
Il y a beaucoup de parents qui veulent se libérer pour mener leur vie, souvent avec un nouveaupartenaire, et qui vont voir les magistrats pour déclarer leurs enfants incontrôlables. Ces derniers sont placés au Rehabilitation Youth Centre et peuvent y rester plusieurs années sans espoir d?un retour dans la société. Il est grand temps de revoir cette pratique, de même que la notion d?abandon. Beaucoup de gens veulent adopter et beaucoup d?enfants sont abandonnés mais rien ne se passe parce que nous n?avons pas d?organisme qui s?occupe de l?adoption sauf lorsqu?il s?agit d?étrangers. On peut pourtant avoir recours au Code civil qui permet à l?Etat de destituer un parent de l?autoritéparentale s?il a abandonné son enfant.
<B>Plusieurs enfants sont décédés cette année par manque d?attention parentale. Noyé dans un canal,noyée dans une baignoire, mort dans un incendie. Comment cela vous interpelle-t-il ? </B>
La question est à l?ordre du jour d?une réunion que nous avons avec le ministère demain. Je ne veux pas jeter lapierre et chaque cas est peut-être différent. En tout cas, il fautsensibiliser les gens continuellement sur leurs devoirs.
<B>Quelle est votre évaluation de nos ?shelters? et des gens qui y travaillent ? </B>
Les ?shelters? doivent demeurer temporaires. Je suis en train de travailler sur des normes pour toutes les institutions où se trouvent les enfants. Je me prononcerais plus tard là-dessus...
<B> A quoi servira le Prime minister Children?s Fund ? </B>
Les ONG qui prennent en charge les enfants méritent une aide plus importante. Elles ont des idées et des projets mais passent énormément de temps à chercher des fonds. Un tel fonds peut être plus facile à renflouer que celui d?une ONG. Nous sommes en train de finaliser les critères.
<B>Les enfants font-ils la démarche de venir demander de l?aide ? </B>
Ca commence. Ils sont souvent aidés par des parents, des amis, des enseignants. Mais je vais vers eux.
« Les enfants dits incontrôlables, c?est souvent des enfants dont on ne veut plus?
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