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Une culture à régénérer

6 novembre 2004, 20:00

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Le discours est le même aux mariages, aux enterrements ou lors de manifestations culturelles : la tradition se perd. Pourquoi ? Sans doute parce que l?expression culturelle est restée très conservatrice. Les Mauriciens ne sont-ils pas souvent tenus pour être bien plus conservateurs que leurs coreligionnaires indiens ?

Si la culture indienne a survécu aux nombreuses invasions étrangères qui marquent l?histoire du pays, c?est sans doute parce qu?elle a toujours su s?ouvrir aux autres influences, s?en enrichir. Cette évolution de la culture hindoue, en revanche, ne s?est pas beaucoup manifestée à Maurice, malgré les efforts pour la disséminer.

Satteeanund Peerthum tente une explication. « L?immigrant reste attaché à sa culture ancestrale telle qu?elle existait quand il a quitté son pays. Or, la culture est un concept dynamique qui se redéfinit sans cesse au gré de son interaction avec son nouvel environnement. Et si cet environnement est hostile, comme cela a été le cas à Maurice, l?immigrant se repliera et restera attaché à son passé. »

À un moment de l?histoire, les immigrants asiatiques ont été menacés de déculturation, rappelle l?historien. La campagne a suscité un revival de la culture ancestrale sous l?impulsion des frères Bissoondoyal et du Parti travailliste. Grand-Bassin fut établi comme un lieu de pèlerinage. Toutes les fêtes religieuses furent célébrées avec ferveur et à grande échelle.

Mais le contexte a changé depuis. L?éducation a émancipé les esprits. Les conservateurs n?ont pas changé leur fusil d?épaule pour autant. Selon Satteeanund Peerthum, l?explication est classique : l?élite et les minorités vocales, qui se disent représentatives de l?ensemble de la communauté, font obstacle. Ces derniers ne peuvent continuer à exercer leur pouvoir que si la masse reste ignorante dans l?absolu?

« Pendant longtemps ensuite, la culture était vécue au quotidien. De nos jours, elle devient de plus en plus un concept intellectuel qui n?attire plus », relève Uttam Bissoondoyal, ancien directeur de l?Institut Mahatma Gandhi.

Il plaide en faveur d?une méthode moderne pour véhiculer et promouvoir la culture ancestrale. Une méthode qui, par exemple, tiendrait compte de l?influence conséquente du cinéma indien contemporain et des autres courants culturels qui cohabitent dans l?île. Ce n?est qu?à cette condition qu?on amènera les jeunes à s?y intéresser et à y adhérer.

La jeune génération a, en effet, tendance à adhérer de moins en moins à certaines valeurs traditionnelles, comme le refus du mariage mixte. Les plus conservateurs imposent même un veto sur les mariages inter-castes. L?évolution est certes lente. Mais le cloisonnement entre jeunes des différentes communautés diminuant, les mariages mixtes, à défaut de devenir courants, perdent le côté tabou qui les a entourés jusqu?ici.

Au-delà des pratiques rituelles, il y a aussi une certaine évolution spirituelle qui réclame l?attention. Les aînés ont toujours été animés d?une volonté de servir la société. C?est de ce sentiment qu?est né, par exemple, le mouvement Arya Samaj. C?est de cette dette envers la société et les générations futures qu?il est question dans les Écritures hindoues quand elles parlent des grandes étapes de la vie humaine (l?étudiant, le père de famille et le renonçant).

« À leur arrivée, les ancêtres étaient pétris de cette culture du service. Force est de constater qu?avec le temps et le progrès économique, l?individualisme s?enracine », constate Uttam Bissoondoyal.

Doit-on s?en inquiéter ? Beaucoup le pensent. Il faudra créer les conditions pour permettre à la culture hindoue de se régénérer, comme elle l?a toujours fait.

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