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ça glisse au pays des merveilles
Ce sport aquatique est à peine plus onéreux que la course à pieds et il est meilleur pour le dos. On peut même le pratiquer sans savoir nager. Mieux encore, on utilise la seule énergie des vagues pour parcourir des centaines de mètres, presque sans effort. Pas étonnant que les Hawaiiens l?apparentent à une activité concédée par les dieux et qu?ils surfent avant même de savoir marcher : he?e nalu (wave sliding) était d?ailleurs réservé un temps aux aspirants-rois.
Presque nus, ils chevauchaient les vagues sur des planches en bois de 70 kg, ce qui valu à ce sport une totale interdiction lors de la colonisation américaine. La traduction la plus proche, en français, est « la glisse », mais ce terme est aussi désormais valable pour le ski, le windsurf et d?autres passe-temps tout aussi grisants, mais moins avouables. Restons-en donc à nos moutons?
À Maurice, il existe quelques di-zaines d?endroits pour chevaucher les vagues, dont une moitié est plus ou moins tenue secrète. Les vents dominants font de la côte sud-ouest le lieu privilégié des déferlantes, mais le Nord offre aussi quelques jardins coralliens à la houle généreuse. Les cyclones de passage peuvent former ça et là des rouleaux gris, parfois marrons tout à fait « surfables », bien qu?ils soient aussi le terrain de jeux? des requins. Oui, mais c?est réservé aux pros, aux fous et aux suicidaires, nous direz-vous? Pas seulement.
<B>Choisir l?endroit où l?on ne souffre pas</B>
Au-delà de la mode du surf et du look qui va avec, on peut se pencher sur les réelles possibilités de le pratiquer. À première vue, Maurice possède des conditions avantageu-ses : une mer chaude et de la houle. Le gros inconvénient, par rapport à nos voisins de la Réunion qui surfent à gogo durant 200 jours de l?année, ce sont quand même les récifs. Ouille ! Ra-mer jusqu?au plus proche point de déferlement demande un entraînement qui ne peut être obtenu qu?en surfant. Ceux qui s?y frottent sans préparation se retrouvent le plus souvent comme des feuilles de laitue dans le bouillon après dix minutes de patauge. Et s?ils s?approchent trop près des rouleaux, ils ont droit à un tour gratuit dans la machine à laver avec, en prime, le jouissif contact du corail de feu et ses longues brûlures purulentes. Parfois, les bras ballants, ils ne peuvent plus rentrer à terre. Pathétique première leçon qui peut dégoûter à vie? Et pourtant, on peut surfer à Maurice de trois à 70 ans.
Le secret, c?est de comprendre, une bonne fois pour toutes, qu?il ne s?agit pas d?un sport mais d?une activité, d?un mode de vie. Il faut de la dis-po-ni-bi-li-té. Pour les plus chanceux, cela signifie que votre famille, votre patron (c?est fréquent en Australie) partagent au moins en partie votre passion. Et ça démarre souvent tout petit. Le surfeur prévoit la houle, suit la météo et se lève parfois avant l?aube. L?appren-ti pourra, dans un premier temps, se contenter de choisir les endroits où il peut apprendre sans souffrir. Car le surf est avant tout un plaisir.
Descendre une vague transparente et voir filer une famille de « cateaux » verts dans un champ de coraux est une extase qui vaut bien quelques courbatures. Mais avant de visiter les récifs, il faut trouver une plage avec une bonne quantité de mousse blanche et pas trop de fond.
Tamarin, îlot-Sanchaux, Rivière-des-Galets sont les destinations les plus prisées par les débutants. Mais attention : par temps calme et faible houle seulement, c?est-à-dire un à deux pieds et demi, soit des creux d?un mètre environ. Vient ensuite le choix de la monture. Il ne s?agit pas de trouver une paire de lunettes aquatiles, mais d?évaluer ce sur quoi vous avez vraiment envie de glisser.
Le plus facile pour les enfants et les débutants, c?est la « biscotte » ou Boogie Board. Communément appelé le morey, comme on dit frigo, du nom d?une marque, il s?agit d?une planche presque carrée avec un côté en mousse tendre et une surface lisse. Relié à votre engin par un leash attaché au poignet ou au pied, vous vous allongez en attendant les vagues. Vous êtes propulsés dans la pente d?un petit coup de palmes et l?aventure commence. Certains débutent à l?âge de deux ans sur des petits moreys légers à Rs 300 et descendent douze ans après des monstres de six mètres avec la version adulte à Rs 5 000. La position allongée leur sied mieux et ils en profitent pour faire loopings, aerials et entrer dans le tube dès le take off.
La plupart des enfants commencent dans cinquante centimètres d?eau avec ce genre de planche. À deux ans, poussés par papa ou maman, ils ne se soucient pas de savoir nager. Les deux points importants à ce stade sont d?accompagner, si possible, l?enfant dans l?eau et de ne jamais lui forcer la main. Vers quatre ou cinq ans, alors qu?il apprend à nager, le petit dauphin peut prendre ses vagues tout seul et c?est là, oh malheur, qu?il attrape le virus. Si la mère n?est pas un peu sirène, il lui restera toujours les mots fléchés dans la voiture? Pour peu que son mari lui ait fait le même coup, elle connaîtra par c?ur? les heures de marées et les meilleurs endroits.
Vers six ans, la plupart des enfants choisissent entre le morey et le surfboard, c?est-à-dire entre la position couchée et debout. L?inconvénient du surf, c?est qu?il est dur, pointu et possède des ailerons tranchants. Il est toujours possible de poncer ces derniers et de mettre une nose guard en caoutchouc sur la pointe.
<B>Dans quatre-vingts centimètres d?eau</B>
Depuis quelques années, une nouvelle génération de planche a fait son apparition. Les ailerons sont souples et la texture est molle. C?est le parfait outil pour tous les débutants, adultes compris. C?est le matériel utilisé par Roger Théveneau lorsqu?il donne ses cours de surf au Tamarin Hotel, qu?il s?agisse des dames, des messieurs ou des petits. Roger vous explique les postures à terre et vous accompagne dans 80 centimètres d?eau. Il vous place ensuite devant la vague et vous pousse pour votre première expérience de surfeur. Après quelques séances, le débutant commence à être autonome et désire acheter sa propre planche.
Dans la plupart des cas, le nouveau venu acquiert un mini malibu. Il s?agit d?une planche épaisse et large, au nez arrondi qui offre une flottaison maximale et permet de prendre des vagues minuscules sans couler. L?incon-vénient, c?est le volume, mais le confort compense. Pour un modèle d?occasion, il faut compter Rs 4 000 et près de Rs 10 000 pour un neuf. Quant aux surfs classiques, les prix varient entre Rs 2 000 en occasion, et Rs 6 000 à Rs 12 000 pour du neuf. L?avantage, pour le surfeur moyen, c?est qu?il peut se contenter d?une seule planche et la garder pendant dix ans. Équipé d?un short, d?un lycra et d?une bonne couche de crème, le plus coûteux ensuite sera l?huile de coude?
Ensuite, si le courage est au rendez-vous, il rejoindra les autres sur les récifs. Là, la vague est rapide, incisive, décapante et la compétition est rude. Enfin, si la chance lui sourit, il pourra visiter son premier tube. Certains rapprochent cette expérience d?un retour à l?état f?tal, le temps d?un éclair. Alors, c?est une fille ou un garçon ?
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