Publicité
Un archaïsme électoral
Malgré un avantage à George W. Bush, le résultat des élections américaines est resté encore incertain, quelques heures après la fermeture des derniers bureaux de vote. Il faudra peut-être attendre que le décompte, et peut-être le recomptage des votes dans l?Ohio et l?Iowa, soit achevé, que d?éventuelles contestations judiciaires soient réglées, pour savoir quel sera le prochain président des États-Unis.
Toutefois le président sortant et candidat républicain a cette fois près de 4 millions de voix d?avance sur son rival démocrate, John Kerry. Mal élu en 2000, avec un demi-million de voix de moins que le démocrate Al Gore, à l?issue de plus d?un mois d?arguties juridiques, il a, cette fois, obtenu une majorité claire des suffrages.
Si, d?aventure, John Kerry est proclamé vainqueur ? ce qui n?est pas impossible si l?Ohio et l?Iowa devaient basculer dans son camp ? il sera, comme son prédécesseur, un président mal élu. Qui plus est, il n?aura pas le soutien du Congrès, resté républicain, pour appliquer un programme qui demeure minoritaire dans le pays.
Il est clair que la peur du terrorisme et le patriotisme suscité par la guerre en Irak ont été pour beaucoup dans le choix des électeurs. Mais, que cela nous plaise ou non, l?Amérique est devenue plus conservatrice, plus religieuse et plus unilatéraliste, et les républicains se sont mobilisés autant que les démocrates. Ce qui explique que des millions de nouveaux électeurs se soient rendus aux urnes. Et même les indicateurs économiques au rouge (emploi, déficits) n?ont pas convaincu le pays de voter massivement Kerry. L?Amérique demeure divisée en deux.
Mais, par-delà ce constat ? dont le reste du monde devra tirer les enseignements ? c?est tout un modèle politique qui se trouve remis en question. En premier lieu, les États-Unis n?ont pas su, ou voulu, réformer un système électoral qui avait déjà, il y a quatre ans, fait la démonstration de son inefficacité et de son iniquité. Le décompte en Iowa a dû être interrompu. En Floride, 3 000 personnes ayant voté par anticipation seraient mortes avant le jour du scrutin. Partout les électeurs ont dû faire la queue des heures pour accomplir leur devoir civique. Le sort de la présidence de l?unique hyperpuissance est entre les mains de ceux qui comptabilisent les bulletins dans l?Ohio et, peut-être, s?il y a contestation, des tribunaux. Voire même de la Cour suprême comme en 2000. Quelle image pour une démocratie qui se donne en exemple au monde, avec ces électeurs votant tard dans la nuit dans l?Ohio, ces votes anticipés, conditionnels, ces machines à voter déficientes, ces décomptes sans fin !
Un tel désordre, inimaginable dans la plupart des autres pays démocratiques, n?est pas à l?honneur de l?Amérique. Et il est préoccupant que le sort du monde soit suspendu à un système aussi archaïque.
<B>@ 2004 Le Monde ? AFP et AP
Distribué par The New York
Times Syndicate. </B>
Publicité
Publicité
Les plus récents