Publicité
La vie, c'est une peau de banane
L'Entre-deux rêves de Pitagaba conté sur le trottoir radio a été présentée, mercredi au Théâtre de Port Louis à l?initiative du Centre Charles Baudelaire. La pièce est un bijou tragique, perdu entre deux rêves. C'était le jour du Carnaval. C'était le jour des événements. Lequel des deux. Entre deux rêves. La vérité saute pourtant aux yeux lorsque l'on se réveille.
L'Entre-deux rêves de Pitagaba conté sur le trottoir radio est un rêve théâtral. Du genre merveilleux, du genre qu'on ne veut pas oublier. Mais heureusement, ce n'était pas qu'un rêve.
Ils étaient là, devant nous, Bouffon Parasol (Kristof Langromme) et Bouffon Parapluie (Robin Frédéric), excentriques à souhait, perdus, l'un dans les hautes herbes, l'autre dans la mer qui a peur. Ils sont fous, mais pas plus que nous. Pas plus que le monde, celui de 19? ou d'aujourd'hui. Pitagaba, gant rouge et gant noir, où est-il? Dans le coma.
Depuis le Carnaval, depuis les événements. Recherché par La Mère (Anisia Uzeyman, mais pas de prières pour la fille mère. "Si je t'aime, je tue. Et si je tue, je gagne", lui disait-il. Les mots s'envolent. la lumière les ramène. La tragédie est poème, évasion, entre-deux rêves, avant de redescendre sur Terre. Silence crie le Capitaine Radio ( Bertrand Binet).
Sur le trottoir, l'histoire se redessine. "Il est une question que la tragédie laisse derrière elle dans l'histoire: comment
dire?", écrit l'auteur de la pièce, le dramaturge togolais Kossi Efoui. Un texte d'une grande force et une judicieuse mise en scène, signée Françoise Lepoix.
Rien n'est formel. Rien n?est définissable, comme ces masques si étranges, d?une couleur peau, si gênante.
On est ailleurs. Le rideau est déjà levé. La radio déjà en marche. On est loin du "narcissisme" occidental, dit Françoise Lepoix.
On est exactement entre-deux rêves. Peut-être dans un cauchemar que l'humour ne peut dissimuler éternellement. On passe du rire aux larmes.
Les comédiens, sont formidables, volent dans un espace fait des poussières qu'ils remuent en racontant ce qui s'est passé dans le quartier du port. Ce jour de Carnaval. Ce jour des événements.
Ce conte africain moderne raconte le silence. Symbolise ces peuples qui se meurent sous des balles que personne n'entend siffler.
A cause des pluies? A cause du soleil? A cause de la mer déchaînée? Rien de tout ça. Bouffon Parasol a bien raison, "la vie, c'est une peau de banane". Mieux vaut ne pas tomber.
Publicité
Publicité
Les plus récents