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Père jocelyn grégoireun homme parmi les autres
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Père jocelyn grégoireun homme parmi les autres
Au physique, Jocelyn Grégoire est à l?opposé du prêtre catholique conservateur. Même si les prêtres d?aujourd?hui ne portent plus de soutane, leur signe distinctif est la croix. Or, elle est absente dans sa tenue composée d?une chemise dans un pantalon moulant à choquer les bien-pensants.
A son annulaire gauche, un anneau d?or, cadeau de sa mère pour ses dix ans de sacerdoce. A la main droite, une bague gravée aux armoiries de l?université de Duquesne à Pittsburg aux Etats-Unis, un présent d?amis chargés de cours à l?obtention de son doctorat en psychothérapie. «Je ne fais pas toute une affaire du port de la croix. Je la porte à l?intérieur des vestes quand je sors. Quand je suis ici, je n?éprouve pas la nécessité de la porter.»
Quand il s?assied, c?est en biais, les jambes relevées sur le bras du fauteuil. Mais il se courbe en deux de passion quand il aborde les Ecritures Saintes. A la différence de ses pairs, Jocelyn Grégoire ne cherche pas, à chaque détour de phrase, à caser le nom de Dieu pour tenter de convaincre. C?est à travers le chant qu?il veut témoigner pour relier la parole divine au quotidien des gens. S?il veut toucher le plus grand nombre, sa cible privilégiée demeure toutefois le milieu ouvrier. D?où ses compositions en créole. Une démarche qui tient assurément à ses origines.
Issu d?une famille modeste de 11 enfants, Jocelyn est poussé par son père, Régis, vers les études. Cet électricien analphabète sait bien que l?éducation est le seul moyen de sortir de la misère et de s?élever socialement. A l?école de Rivière-des-Anguilles, et sans pouvoir payer des leçons particulières, Jocelyn réussit ses examens de fin de premier cycle.
Admis au Presidency College, il rêve en secret de devenir avocat ou chanteur vedette car il aime bien jouer de la guitare. Les maths le dégoûtent du fait que l?enseignant débite son cours d?une traite en classe mais d?autres enseignants le marquent au point de lui faire envisager l?enseignement comme métier.
Il réussit son School Certificate. Il est le premier «senioré» de sa famille qui en est toute fière. Il est employé dans une pharmacie de Souillac. A la fin de chaque mois, c?est tout son salaire qu?il remet à son père. Quand la pharmacie ferme au bout de trois ans, le recteur du Keats Collège qui s?apprête à ouvrir un drugstore lui propose d?y travailler. Il veut accepter mais son père lui a déjà négocié une poste de surveillant de chambres froides dans une compagnie d?élevage de poulets.
Ayant du temps libre, il souhaite absolument obtenir un certificat qui lui ouvrirait une carrière d?enseignant. Il prend des leçons particulières avant de se présenter aux examens de General Certificate of Education en français et comptabilité avec succès.
L?avocat du diable
Il démissionne alors de son emploi pour entrer au Keats College. Pour une fois, il tient tête à son père qui lui obtient un emploi de lecteur de consommation au Central Electricity Board. Il enseigne les sciences sociales, le français et l?anglais aux élèves de Form I à III .
A ce stade de sa vie, la religion est absente. Il croit dans l?existence de l?Etre suprême, point barre. Ce sont des amours contrariées qui vont le mener à Dieu.
Il tombe amoureux d?une fille engagée dans sa paroisse des Plaines-Wilhems. Dans leurs discussions sur la religion, il se fait l?avocat du diable alors que par amour, elle fait parfois des concessions. Un jour en l?attendant, il assiste à une messe. Il est tout surpris par la place accordée aux laïcs. L?Evangile du jour, texte de Saint Matthieu, le frappe car il est dit que «ce ne sont pas ceux qui invoquent le nom du Seigneur qui iront au royaume de Dieu mais ceux accomplissant sa volonté».
Afin de séduire sa copine, il devient guitariste dans la chorale de Rivière-des-Anguilles. Enfin prêt pour sa demande en mariage, il écrit aux parents pour une rencontre. Ces derniers acceptent avant de se récuser. Jocelyn, le c?ur brisé, croit que son zèle chrétien va s?estomper. Il se trompe même si fonder une famille demeure sa fixation. Mais il va connaître un deuxième rejet amoureux.
Un dimanche, au cours d?une messe axée sur la vocation religieuse, il se sent interpellé quand le prêtre émet le souhait qu?un natif de l?endroit embrasse la prêtrise. «J?ai pensé : et si c?était moi ?» Il faudra à Jocelyn une troisième déception amoureuse pour qu?il y songe sérieusement. «Je n?ai pas honte de dire que c?est suite à des déceptions que j?ai donné une chance à Dieu. Elles ont été ses portes d?entrée vers moi »
Il choisit la congrégation des Spiritains et entame ses études au séminaire des Spiritains à Paris. C?est là qu?il se découvre une passion pour les Ecritures Saintes qu?il veut partager à travers le chant. Il effectue son noviciat à la Réunion et il étudie la théologie en Grande-Bretagne car sa congrégation mise beaucoup sur le bilinguisme. Il est ordonné prêtre à Rivière-des-Anguilles le 17 août 1986.
Muté à la paroisse de Ste.-Croix, il y officie deux ans il réalisant qu?il apporte des réponses inadéquates à ses fidèles qui souffrent. Il a le même sentiment quand il est en Papouasie-Nouvelle Guinée pour sept ans. «Je ne pouvais que leur dire : ayez foi en Dieu ou Dieu vous aidera. C?est bien beau mais ça n?aide pas dans le concret. Mes réponses étaient désincarnées, répondant à la spiritualité de la personne et non pas à son quotidien alors que la parole de Dieu est enracinée dans la vie de l?Homme et qu?il ne doit pas y avoir de divorce entre la spiritualité et le quotidien de l?Homme.»
Il décide alors d?étudier la psychothérapie à l?université Duquesne, celle des Spiritains à Pittsburg aux Etats-Unis. Il se rend vraiment compte de l?étendue de ses capacités quand il se classe parmi les meilleurs élèves de maîtrise et de doctorat. «Cela montre comment le système d?éducation à Maurice ne permet pas le dépassement de son potentiel.»
Il est si brillant que l?université lui propose d?enseigner la psychothérapie. L?occasion est trop belle. L?université négocie avec sa congrégation pour qu?il passe six mois à Maurice et six mois aux Etats-Unis. Jocelyn est ravi de ce modus operandi car les Etats-Unis lui procurent le recul nécessaire pour gérer son ministère à Maurice. De même que ses passages ici l?aident dans son enseignement aux Etats-Unis.
Jocelyn se dit un homme prêtre comblé car la prêtrise lui a permis de vivre ses rêves à fond. Il voulait devenir avocat, le diocèse de Pittsburg lui a confié la tâche d?instruire des dossiers en vue d?obtenir la nullité du mariage des catholiques divorcés qui désirent se remarier religieusement.
Etrange mission pour un prêtre censé ne pas séparer ce que Dieu a uni? «Pas du tout. L?enquête est basée sur les preuves que c?était un oui forcé. Je préfère libérer des gens pour qu?ils soient proches de l?Eucharistie plutôt que de rester ensemble mais de se haïr au nom d?un sacrement qui n?a pas reposé sur la liberté de choix».
Jocelyn a pu continuer l?enseignement en tant que chargé de cours en psychothérapie au niveau de la maîtrise et du doctorat à l?université Duquesne de Pittsburg. Il a d?ailleurs co-publié trois articles sur la sexualité. Etonnant pour un homme voué au célibat. «Si j?avais des problèmes avec ma sexualité, je n?aurais pu en parler. Un prêtre célibataire n?est pas forcément homosexuel ou pédophile. Je suis même très hétérosexuel», confie-t-il en riant.
La souffrance de l?intérieur
Jocelyn pense d?ailleurs _que le célibat est un choix et qu?il ne faut pas forcément être prêtre pour l?embrasser. Il considère aussi que c?est justement pour vivre leurs déviances sexuelles en toute quiétude que certains hommes optent pour la prêtrise. Finalement, il soulève un point qui dérangera assurément. Soit l?absence d?éducation sexuelle et des sciences humaines dont la psychologie et la psychanalyse dans la formation des séminaristes.
«Notre formation met trop l?accent sur la finalité qui est celle d?avoir de bons prêtres d?année en année. On pense plus à former des prêtres hommes que des hommes prêtres. L?éducation sexuelle doit être enseignée au séminaire. Le futur séminariste doit connaître ses émotions pour mieux les gérer. Par exemple, il doit comprendre pourquoi il a une érection après avoir été au contact d?une femme attirante. Le séminaire doit être un lieu de discernement pour voir si le futur séminariste peut faire un bon prêtre ou pas. Et si c?est non, autant laisser le gars s?en aller. La formation doit tenir compte de la personnalité de l?homme. Tant qu?on ne verra que la finalité, on ne formera que des prêtres incomplets.»
Si Jocelyn s?est lancé dans la composition de chants en créole, c?est pour enseigner les Ecritures Saintes de façon simple aux gens de conditions modestes, comme demandé par le Christ à ses apôtres. «Je veux libérer les gens de leurs peurs et leur montrer que le Christ est incarné et non pas désincarné.»
Jocelyn lance demain son douzième album de chants, intitulé To invit moi dan to festin, sous forme de disque laser. Les fonds habituellement recueillis de la vente de ses albums vont à sa congrégation mais cette fois ils seront partagés entre sa congrégation et une association qui lutte contre le cancer du sein.
Il en a souffert mais il en est aujourd?hui complètement guéri. Si au départ, il a tempêté contre son Dieu pour le lui avoir infligé, sa lecture est, à présent, tout autre. «Avant ma maladie, je comprenais la souffrance avec ma tête. Aujourd?hui, je la vois de l?intérieur.»
La finalité de Jocelyn Grégoire est non seulement de rester vrai et humble malgré sa popularité mais aussi de montrer un visage épanouissant de la prêtrise. «Un saint triste, dit-on, est un triste saint. Je ne veux pas être un prêtre triste. Ce n?est pas attirant. Je veux montrer que la prêtrise n?est pas un poids, que je suis un homme- prêtre heureux.» C?est l?évidence même?
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